Prologue
Alixia
Il était une fois un rêve étrange, récurrent et oppressant…
“À l’horizon, le soleil est toujours visible par-delà les montagnes. Depuis toute petite, j’aime venir songer à ce que pourrait être ma vie dans un Univers imaginaire. Je serais libre de mes choix, libre d’explorer le monde afin de découvrir la beauté qu’il recèle. Confortablement installée dans l’herbe haute, la tête posée sur mon châle en boule, je clos les paupières un instant. Je focalise mon attention sur le chant des oiseaux virevoltant au-dessus de moi dans le feuillage touffu. Le clapotis de l’eau résultant de la petite cascade me transporte vers un lieu magique, où mes pensées ne sont pas parasitées par la vie quotidienne. Il ne reste que
la quiétude environnante et moi.
Une horrible sensation de tomber me parcourt l’échine, le vent fouette mon visage. Il fait nuit noire lorsque j’ouvre les yeux. Je dois m’être assoupie depuis un moment, je tends l’oreille, à l’affût de la voix de ma mère hurlant mon prénom, celle-ci ravagée par la colère. Il m’est formellement interdit de rentrer après que le soleil se soit couché. Mes muscles ankylosés m’obligent à m’étirer tel un chat avant de me lever. Le calme me frappe, d’habitude même lorsqu’il fait sombre, les villageois travaillent encore dans les champs, ici ce n’est pas le cas. Le silence est écrasant, presque terrifiant. Je fais quelques pas puis mes pieds se prennent dans une racine, me faisant chuter de toute ma hauteur. Le froid m’engourdit progressivement, tout me semble étrange autour de moi, c’est comme si je ne reconnaissais pas les lieux. La boule au ventre, j’avance avant de trébucher à nouveau. Des ronces griffent mes bras dénudés et mes jambes arrachant un morceau de ma jupe bleue au passage.
— Maman ? crié-je en me recroquevillant contre un tronc d’arbre.
Seule une bourrasque me répond, faisant craquer les branches des très nombreux conifères aux alentours. Paniquée, je me mets à courir sans me retourner. Il fait si noir que je perds l’équilibre à plusieurs reprises, je peux sentir la végétation m’entailler l’épiderme. Épuisée, je finis par m’accroupir contre un sapin, les épines jonchant le sol me piquent, mais il m’est impossible de faire un pas de plus.
J’enserre mes genoux à l’aide de mes bras, terrifiée de ne pas retrouver mon chemin.”