1. Jade
Je suis assise sur ma chaise, les yeux éblouis par la lumière des lustres. Je déguste mon caviar, ou plutôt, je me force à le manger, je n’aime pas ça .
Faites que je sorte de cet enfer le plus vite possible, je suis dans un endroit que je n’aime pas, avec des gens que je n’apprécient pas et où je mange des trucs qui me donnent la nausée.
Pourquoi mettre autant d’argent dans des mini billes noires ? Je ne comprend toujours pas l’intérêt mais je commence à m’habituer, car ici on dépense beaucoup d’argent pour pas grand chose.
Par exemple une cafetière. Vous allez me dire “c’est quoi cet exemple pourri ?! “
Mais vous, lorsque vous voulez une cafetière, vous allez au magasin, et vous l’achetez, le fait qu’elle marche est le plus important !
Sauf qu’ici, il faut la dernière cafetière, avec torréfaction et broyage des grains inclus ainsi que plusieurs modes avec cappuccino, americano, espresso, ristretto et j’en passe. Ensuite, lorsque vous aurez votre cafetière, vous allez acheter le café au centre commercial par exemple et choisir différentes origines comme l’Ethiopie ou Arabicas.
Et bien dans ce monde, ils font venir les grains de café directement du pays, tout ça pour qu’au final ce ne soit même pas eux qui utilisent la fameuse cafetière dernier cri, puisque ça c’est le role de la femme de maison.
Voilà, tout est extrême, d’ailleurs les seuls sujets de conversation ce soir ce sont les investissements en bourses, les achats de manoir ou de yacht et les nouvelles voitures en construction qu’ils sont impatients de recevoir.
La soirée risque d’être longue…
Je me demande encore comment et surtout pourquoi je me retrouve à manger avec des milliardaires.
Il a encore quelque temps je vivais sobrement, comme une jeune fille absolument normale, aujourd’hui, je vis dans la démesure et ça me dépasse, ce n’est pas moi.
Ce n’est clairement pas comme ça que j’imaginais ma vie à Paris, tout a changé pour moi et quand je repense à ma vie d’avant, je dois avouer que ça me rend nostalgique, tous mes souvenirs sont restés aux Etats Unis.
Je sens mon téléphone vibrer dans mon sac à main, me sortant de mes pensées, je regarde furtivement, c’est un message de Chiara.
Je me retiens de lui répondre : règle n°1 pas de téléphone à table, gros manque de respect, surtout en présence des “amis” fortunés de mon père.
Voilà pourquoi je me demande ce que je fais là. Ce ne sont pas des amis, ce sont juste des profiteurs.
Mon père lui aussi l’est, en fait dans cet univers, tout le monde profite de tout le monde et personne n’est sincère .
Quand j’y pense, tout ce que je veux c’est rentrer à Miami, là où j’ai vraiment ma place, retrouver ma petite vie tranquille, avec ma mère, mon lycée, mes amis, mes soirées sur la plage… J’ai tellement de souvenirs qui me reviennent. Là j’étais heureuse.
Paris pour moi est une ville qui porte la poisse, j’y ai trop de mauvais souvenirs et je n’arrive pas à m’intégrer.
Ça me saoule de passer mes journées dans des magasins de luxe, à acheter des sacs Chanel et des écharpes Hermès et mes soirées dans des rallyes mondains qui coûtent la peau des fesses.
C’est pas moi tout ça, ça ne me correspond pas .
Heureusement, ce comité touche à sa fin, nous saluons les personnes présentes à notre table ce soir et sortons enfin de cet établissement lumineux ou chaque morceau de lumière se reflète sur le cristal des lustres qui ont le dont de me donner mal a la tête.
Gabriel, notre chauffeur, nous escorte jusqu’à notre hôtel particulier.
Mais, à peine arrivée, je fonce dans ma chambre qui elle, n’a rien de luxueux mis à part ses moulures au plafond.
Heureusement, mon père m’a laissé la décorer comme je le souhaitais, j’en ai donc fait la copie conforme de ma chambre en Floride : affiches de mes groupes préférés, photos avec mes amis pendant des soirées inoubliables, des photos de la plage et de ses incroyables couchers de soleils tous plus époustouflants les uns que les autres... A Paris, c’est le seul endroit où je me sens bien et à ma place.
Avant, je ne venais que parfois pour les vacances, ça me faisait plaisir, j’aime la France, c’est beau, c’est sympa, mais y vivre c’est pas la même chose. C’est tellement différent de Miami.
Là bas, les gens sont détendus, souriants et on trouve toujours un vendeur de beignet lorsqu’on se balade sur la digue.
Ici, le seul truc qu’on croise, c’est une crotte de chien dans laquelle on marche malencontreusement ou une poubelle qui déborde. Sans compter les grincheux qui hurlent dans le centre à 9h du matin parce qu’il y a des bouchons.
A Paris, l’unique personne qui arrive à me décrocher un sourire, c’est Candice. Elle fait partie des gens que je ne suis pas censée fréquenter mais mon père s’en fiche un peu, il m’a juste demandé d’être la plus discrète possible au cas où des voisins la verraient, parce que les rumeurs, ça se répand vite.
Je m’assois sur mon lit, défait mes talons, pose mon sac à main et lit le fameux message de Chiara, même si en fait, c’est plutôt une vidéo. Elle à l’air de bien s’amuser, elle est en soirée avec Noah, Béa et Isaac.
Tous les quatre on formait un groupe d’amis, on a partagé tellement de souvenirs ensemble. Avec Chiara on se connaît depuis petites , nos mères sont meilleures amies, avec Béa et Isaac c’était au collège et on a rencontré Noah, l’année dernière, mais j’ai l’impression que je les connais tous depuis aussi longtemps que Chiara.
Je regarde plus attentivement la vidéo, et je remarque une autre fille avec eux, j’ai l’impression de la connaître.
Je mets sur pause et analyse ce que je vois. C’est en fait Mia, Chiara m’en avait parlé, elle va de plus en plus en soirée avec eux ces temps ci, à vrai dire, j’ai un peu l’impression qu’ils me remplacent…
Mais peu importe, ça fait seulement 1mois et demie que je suis là, ils ne peuvent pas me remplacer en si peu de temps j’imagine…
Je me mets donc en pyjama, un pyjama tout simple, en satin, couleure crème. Je me démaquille à l’aide d’un coton, mes yeux deviennent légèrement rouges à cause du liquide et des frottements entre la muqueuse et la matière.
Quelques minutes plus tard, comme je l’avais prévu, j’appelle Chiara, mais elle ne répond qu’après trois essais :
-Salut !
-Ho ! coucou ma belle ça va ? Désolée de ne pas t’avoir répondu avant, j’avais pas entendu, j’étais un peu…occupée dit-elle en criant pour que je l’entende correctement. On entend la forte musique derrière qui couvre parfois le son de sa voix.
- Ne t’inquiètes pas ! Comment vont les autres ?
- Coucouuuuuu !
Je vois Noah apparaître sur l’écran complètement arraché, ce qui me fait rire.
- Rigole pas on va devoir le traîner jusque chez lui ! me crie Isaac.
-Et où est Béa ? je demande.
-Ho ! Heuuu... Ne t’inquiète pas ! Elle s’amuse super bien et elle pense fort à toi !
Bizarre, d’habitude c’est la première à sauter sur le téléphone pour me parler, je ne sais pas pourquoi mais j’ai un mauvais pressentiment, j’ai l’impression qu’ils sont tous étranges avec moi ce soir, surtout Chiara, mais je ne vois pas a quel sujet je devrais m’inquiéter.
Tout à coup, je vois la tête de Noah en gros plan, j’ai l’impression qu’il court.
-Rends moi mon téléphone ! lui cris Chiara
-Regarde Béa, c’est Jade !
Il me montre une brune, en train d’embrasser un garçon, je ne comprend pas tout de suite, puis lorsque mon cerveau intègre la situation, je reste scotchéẹ, les larmes montent instantanément.
C’est pas n’importe quel garçon, c’est Dyan …
Je ne sais pas quoi dire. Les paroles restent comme coincées dans ma gorge, je suis à la fois déçue et profondément triste.
C’est comme si on venait de m’asséner un coup en pleine poitrine sans que je m’y attende, il y en a pas un pour rattraper l’autre…
Quand je pense à ce que Dyan me promettait hier encore, que tout allait redevenir comme avant, qu’il voulait qu’on se remette ensemble et qu’il m’aimait plus que tout. Je me rends compte que ce n’était en fait que des belles paroles sans aucune sincérité.
Lui et moi, on est restés un peu plus d’un an ensemble, on a décidé de se séparer parce que je partais, mais la vérité, c’est qu’on a continué à se parler. Je ne vais pas mentir, je l’aime encore. Lorsque l’on aime quelqu’un comme j’ai aimé Dyan ça ne s’oublie pas en un peu plus d’un mois. J’ai eu beaucoup de mal à me remettre de cette séparation et je pensais que lui aussi mais je me rends compte qu’il a vite tourné la page et j’en viens à me demander si les sentiments éprouvés pour moi étaient aussi sincères que ses mots.
Voir tous mes espoirs avec Dyan s’envoler mais en plus me rendre compte que ma meilleure amie n’a même pas une once de respect envers moi, ça me fait terriblement mal…
Je suis écoeurée, je reste à fixer le téléphone, sans rien dire, j’ai perdu tout mes moyens, je n’arrive plus à déglutir, j’ai la gorge sèche.
Je vois finalement la tête de Chiara réapparaître sur l’écran.
- Je suis vraiment désolé je ne voulais pas te montrer ça pour ne pas te faire de mal, mais tu la connais, elle a beaucoup bu et demain elle regrettera.
J’espère bien qu’elle regrettera un minimum et puis même, alcool ou non, ils n’avaient pas à me faire faire ça, ils n’ont aucune excuse.
- Oui ! Ne t’inquiète pas, de toute façon on est même plus ensemble !
-T’es sûr que ça ne te dérange pas ?
-OUI !
-Bon Ok ma puce ! Aller bisous ! On se rappelle demain !
Elle finit par raccrocher
Putain, j’ai jamais dit quelque chose d’aussi hypocrite. J’essaye de me convaincre que je ne ressens rien, que cette situation ne m’atteint pas, que je suis ici pour tourner la page et peut-être me construire une nouvelle vie mais je n’y arrive pas .
Ce soir j’ai été doublement trahie.








