Prologue
8 ans plutot Elena
Je fixe la fenêtre depuis quelques minutes, le regard perdu dans les rues de Santander. Le soleil commence à descendre derrière les bâtiments, projetant des ombres longues sur le trottoir. Le bruit lointain des voitures et des passants résonne dans mes oreilles, mais je n’y fais pas attention. Mon cœur bat un peu plus fort, impatient, car je sais qu’il ne devrait plus tarder.
Je regarde à nouveau mon téléphone, où le message de Logan s’affiche toujours à l’écran.
« Je viens te chercher. Prépare-toi, on va faire une balade. »
Je souris. Logan a ce pouvoir étrange de me faire sentir légère, libre de tout ce qui m’entoure. Quand je suis avec lui, rien d’autre n’existe.
Je pose mon téléphone sur le bord de la fenêtre et laisse mes doigts glisser sur le cadre en bois. Mon souffle s’accélère un peu à l’idée de le voir arriver, comme chaque fois que je le vois. Depuis quelques semaines, nos balades sont devenues notre rituel, un moment volé au monde où tout semble plus simple.
Mon regard balaye à nouveau la rue, et je l’aperçois. Son vélo, avec cette allure si familière, ces gestes décontractés, sa casquette à l’envers… Logan. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Il est là, comme toujours, fidèle à sa promesse. Même à cette distance, je peux voir son sourire, cette expression un peu espiègle qu’il prend quand il m’attend, les bras croisés, comme s’il était là depuis des heures.
Je me détourne rapidement de la fenêtre et attrape ma veste. J’attrape aussi mon téléphone, puis mes chaussures avant de courir jusqu’à la porte. À l’intérieur, tout est flou, le reste du monde s’efface lentement. Il n’y a plus que nous, Logan et moi, et cette petite échappée que nous allons vivre ensemble.
Je sors de l’appartement en trombe, la tête baissée, espérant que l’air frais apaise la chaleur sur mon visage. Mais je sais que, dès que je le rejoindrai, il ne me laissera pas m’en sortir sans un de ses sourires complices et une petite pique bien placée.
Pourtant, je ne changerais ça pour rien au monde. Chaque instant avec lui est précieux, et peu importe où il m’emmène aujourd’hui, je sais que ce sera encore un de ces moments que je garderai longtemps au fond de moi.
Je dévale les escaliers de l’immeuble, mon cœur battant à tout rompre. Chaque fois que je le vois, c’est la même chose. Je n’arrive pas à contrôler cette rougeur ni cette excitation qui me traverse. J’ouvre la porte d’entrée et sors enfin dans la rue. L’air frais du soir me fait du bien, mais mes joues brûlent encore sous l’effet de son regard.
Je le retrouve adossé à son vélo, les bras croisés, un sourire en coin. Son regard espiègle me scrute avec cette même intensité, et avant même que je n’arrive à sa hauteur, je sais qu’il a remarqué ma gêne. Comme à son habitude, Logan ne dit rien tout de suite. Il attend que je vienne vers lui, me laissant suffoquer intérieurement sous le poids de ses yeux vert émeraude.
– Je t’ai fait attendre ? dis-je en tentant de paraître détachée, mais ma voix trahit ma nervosité.
Il hausse un sourcil et secoue légèrement la tête, un sourire plus large se dresse sur ses lèvres.
– Non, j’ai tout mon temps pour toi, répond-il d’une voix douce, pleine de sous-entendus. Et puis… je constate que tu étais bien occupée à rougir.
Je baisse la tête, mordillant ma lèvre inférieure pour cacher mon sourire.
Je lève les yeux vers lui, et, malgré moi, je ne peux m’empêcher de garder les lèvres remontées. Sa bonne humeur est contagieuse.
Il pédale jusqu’à moi. Ses doigts frôlent ma main, et mon cœur rate à nouveau un battement.
– Allez, monte, dit-il, en posant sa main sur mon bras avec douceur.
Je me hisse sur le guidon, et me laisse tomber sur son torse. Il commence à pédaler, et je me détends, fermant les yeux pour apprécier la brise qui souffle sur mon visage.
C’est à ce moment exact que tout disparaît. Les notes, les cours, tout semble s’effacer. Il n’y a que lui et moi, et ce mouvement fluide de ses jambes qui nous emmène loin, comme si nous étions les seuls au monde.
Mon cœur bat vite, si vite que je sais qu’il l’entend parce que, souvent, il me répète qu’il aime l’entendre battre aussi fort.
– Tu sais… commence-t-il doucement, sa voix à peine audible derrière moi, un jour, je te volerai ton petit cœur…
Je sens mon souffle se couper. Ses mots flottent dans l’air, comme une promesse qui me comprit la poitrine. Je ne réponds pas tout de suite, incapable de parler. Mais dans mon esprit, une pensée claire surgit : il l’a déjà fait.
Je me retourne, juste assez pour croiser son regard un bref instant. Logan me sourit, comme si tout cela n’était qu’une simple boutade. Mais je sens au fond de moi que c’est bien plus que cela, même si je ne suis qu’une ado de 16 ans.
Il continue de pédaler, le sourire aux lèvres, me laissant seule avec mes pensées. La balade se poursuit dans un silence confortable, seul le bruit de ses roues sur le pavé remplit l’air. Un instant suspendu dans le temps, où tout semble parfait.
Si seulement je savais que ce moment serait le dernier avant que tout ne change…