Chapitre 1
On me reproche d’écrire des absurdités, d’être incapable que je le veuille ou non de voir clair, coloré même, j’aurais tant aimé voir beau comme le sont mes yeux,mais...mon ciel est gris et mes étoiles sont toutes éteintes...
Pas aussi loin que ça, je disais d’avoir les yeux rouges comme un serpent, que je ne voyais qu’en noir et blanc, aujourd’hui j’ai les yeux d’un cadavre, cadavérique serons nous tous, sauf qu’il y en a qui le sont Avant temps...
Combien j’aimerais qu’on puisse passer un brin de temps dans ma tête, voir ce que je vois, et peut-être faire bon ménage avec mes démons, faudrait être exorciste de haut rang pour réussir cette quête, ou bien une bonne personne de Dieu, pour la deuxième option je ne puis vous garantir une issue favorable...
Mais permettez-moi de vous faire un petit aperçu de ce qui ce trame dans ma tête de ghoul, j’en aurais même l’amabilité de vous démontrer le seul et unique azimut coloré qu’il y ait.
Ma tête est un géant trou noir où s’alignent toutes les dimensions spatio-temporelles, le passé, l’instant et le Futur ne font qu’un, je ferme les yeux et j’y vois des créatures mollusques , avec un seul œil sur le front, j’ai appris qu’ils représentaient l’unilatéralité de la vie ,ce qui me paraît jusqu’alors logique car ma vie n’allait que dans un sens, je vois un peu plus loin et je mate d’autres silhouettes fantomatiques ressemblant à Vishnu, on dirait des octopodes à huis bras et que chacun représente un chemin raté ou une vie gâchée,plus profond ou aussi loin que mes yeux d’humain puissent voir, j’aperçois un être humain assis sur un trône bâti de pierres colorées, je m’approche de lui en titubant,forte est mon hésitation mais plus encore le sont ma détermination et ma curiosité, alors je marche vers lui et plus je m’approche plus il se dessine à moi : je découvre que cet être c’est moi, ces pierres colorées portent des noms ; opportunités, sacrifices,joies... Il me regarde droit dans les yeux et d’un regard glacial il me fait signe de m’asseoir....
Une trouille bleue m’a saisit, imaginez votre reflet dans le miroir vous parle ! J’ai toujours frôlé l’invisible, taquiné les morts, invoqué les démons d’antan, mais jamais je n’ai pensé voir mon incarnation sardonique devant moi, j’avoue Encore que j’ai déjà soliloquer avec l’autre moi,Samsa ou Le horla comme je l’ai nommé, peut-être qu’enfin j’ai dépassé le seuil des humains..
J’ai froid dans le dos, j’ai la nausée, j’ai peur...
Me reconnais tu ? Amine ! Ou préfères-tu que je t’appelle James ! - Objecta cette créature funèbre.
- qui es-tu ? Et pourquoi suis-je ici ? - récriminais-je.
- Ah ! Tu ne sais pas ! Eh bien James, tu as enfin réussi à me voir, ce que tu as fait est impressionnant, pour passer à l’autre dimension,celle des démons il t’aurais fallu des rituels sataniques, maîtriser les techniques de la projection stellaire,mais ceci est pour les gens normaux, tu es différent.
- Je suis humain, tu es monstre, j’ai répliqué ...
- voyons voir. Nous sommes jumeaux séparé l’un de l’autre par un mur dimensionnel, mais tout ça n’importe guère. Veux-tu savoir pourquoi tu es là ? Et si c’est le cas, serais-tu prêt d’aller plus loin dans ta tête, te perdre dans ses labyrinthes ? Car Ceci n’est que le début...
- Advienne que pourra... J’ignore si c’est moi qui répondis ou l’autre moi qui me contrôle...
Il quitta son fauteuil pour se diriger vers moi en changeant de forme, je ne pouvais que regarder sans rien dire,ou faire, il s’approcha de moi et m’enfila un tétradrachme tellement usé que j’hésitais à le prendre et que j’ai fini par tenir entre les mains : sur ce morceau de tissu c’était écrit des talismans. - j’ignorais l’utilité de tout ça , je voulais en savoir plus,alors j’allais demander ce que c’était et en quoi me serait-il utile... Mais comme ce farfadet lisait dans mes pensées,il esquissa un sourire malicieux avant de tenir le tétradrachme et le glisser dans ma poche...
" Tout ce que tu vois et entends ici n’est que le produit de ton imagination, y compris moi et toutes ces créatures qu’on dirait venues de l’enfer, alors Amine, avant de se faufiler dans les abysses de ton âme, il t’est recommandé d’oublier d’où tu viens, car y retourner n’est pas certain, tu dois forcément penser à ta mère après ce temps que tu as passé ici, rassure-toi, ton corps est encore chaud dans l’autre monde,au pire, on le retrouvera inerte dans d’ici quelques heures”
- D’innombrables idées me vinrent à l’esprit, des passages en revue de toutes une vie se défilaient devant moi, Je voyais des souvenirs de mon enfance jusqu’à la veille du décès de mon père, celà ressemblait au moment d’évidence, cet instant où se mêlent crainte et espoir, la crainte de ce qui nous attend dans l’au-delà et l’espoir de vivre un peu plus longtemps.
- Bref. J’ai saisi mon cœur entre deux mains, faisant appel à toute mes facultés mentales et physiques avant de nous plonger, moi et l’autre moi,dans les gouffres de mon âme.
Nous avons entrepris un chemin à moitié éclairé, barbelé d’épines sur les deux côtés, et qui s effaçait derrière nous, dévoré par une gigantesque Time-loop, ainsi, l’idée d’esquiver à ce cauchemar s’évapora . le sol sous mes pieds refroidit, se densifie, il devient moins gazeux et plus liquide, suis-je en phase d’initiation? mais à quoi? parce que ce sont des rituels propres à une initiation d’un nouveau candidat satanique , faire le pacte avec Lucifer n’est pas aussi simple, le candidat risque de se donner la mort dans le processus d’activer l’oeil pinéal. j’étais initié en Tunisie, dans une pièce (scène) pastorale ou on m’a fait voir une horrible figure à cornes , livide et macabre , c’etait un long serpent d’une beauté diabolique qui s’introduisit dans le cosmos. - Un acte ésotérique qui m’a marqué depuis ce maudit jour.
- Je savais que mon compagnon n’était autre que celui qu’on appelle el-qarin en Islam, une créature apart, mi-humain mi-démon, ayant pour seule et unique mission de corrompre les esprits et de les délivrer à son grand maître Satan, cette vérité choquante pour certains fût l’une des raisons pour lesquelles j’ai tourné mon dos à l’islam, comment un Dieu proclamé juste ose faire ça à ses serviteurs, à sa création plus précisément ? Un tas de questions du genre peuplait ma conscience d’enfant révolté.
- j’étais l’aveugle qu’on fait marcher sur des chemins qu’il ignore, conduit par des sentiers qu’il n’a jamais connu, à force d’avancer avec mon hôte,( je me rêve en messie dans la voie de purification) trop de références bibliques me reviennent à l’esprit, de Esaïe à Luc, je marchais dans l’espoir de voir ses ténèbres changer en lumière, et les endroits tumultueux en plaines.
...Amen...
J’avais la tête ailleurs c’est pourquoi j’ai, heureusement, raté certains détails concernant ce parcours qui semble sans fin, j’aurais aimé que ça dure longtemps, je voulais à tout prix regagner le monde des humains, une autre idée contradictoire me rappela mon vulnérabilité, n’as-tu pas voulu quitter ce monde ? N’en as tu imploré Dieu pour y mettre fin ? Bref... Je continue vers l’inconnu...
J’aperçois une rivière rouge sang, j’y vois flotter des petites bulles sur quoi est écrit des combines numériques ressemblant à des dates, seule une bulle a capté mon attention, et sur quoi c’était gravé : 04.08.2003
“C’était un lundi, ou peut-être dimanche soir, - Meursault sors de ce corps - une journée qui s’annonçait mal dès le début”
Je voulais coûte que coûte faire semblant de ne pas m’y intéresser, était-ce nécessaire ? Y réfléchir est ma peine, je suis Sisyphe des temps modernes, il n’est plus lourd fardeau qu’un mauvais souvenir.
En tant qu’être humain faillible qui n’a connu que des souffrances,je sais au plus profond de ma chair et de mes os que je suis pas censé supporter seul le poids de ces souvenirs, si Dieu ne me donne que ce que je peux supporter, j’aurais donc nul besoin d’un sauveteur autre que moi-même, le poids de ce souvenir en particulier repose simplement sur ma conscience lorsque je lutte pour l’oublier.
Alors il s’est avancé vers moi, d’un pas assez lourd qu’on dirait enchaîné à une pierre,sa voix convaincante, passionnée, il s’est avancé vers moi,et il avait cette fois,des yeux d’émeraude, je pouvais voir le reflet de mon visage dans ses yeux, une mine toute barbouillée des malédictions que j’ai accumulées.
Halte là ! Pas un mot ! M’ordonna t-il quand je me précipitais vers ce que je croyais une issue,une vortex ou portail vers je ne sais quelle autre maudite dimension, je voulais m’en sortir...
Je sentis se frissoner le sang dans mes veines, ma langue était nouée, celà avait le goût de l’agonie...
Je voulais communiquer avec toi,si tu savais m’écouter, nulle besoin n’aurions nous à cette initiation, tu étais né initié comme un enfant prodige,mais tu t’es laissé convertir dans le monde des humains, le jour de ton accident j’étais en permanence à tes côtés, j’ai convaincu ta mère de t’emmener chez ce charlatan liseur dans les entrailles des animaux, c’était un initié tout comme toi, et puis il m’a repris d’un ton placide : je sais que tu as une foule de questions à me poser, comme je sais à quel point tu cherches à savoir quel vent t’a ramené vers moi . Hein ! Première règle pour tout être en voie d’initiation ; abandonner le pourquoi et le comment, car définir c’est limiter, chercher c’est déjà ne pas avoir compris. Je suis conscient de ton activité cérébrale, que ton cerveau est en permanente éruption, mais est-ce vraiment nécessaire ? Te tourmenter pour des bribes de réponses ? A quoi bon chercher des réponses absolues quand tout est relatif ? Je dirais que ce brin d’idiotie l’emporte sur la raison .
-Je pensais à ce que me disait mon spectre, je châssis les paradoxes de mon esprit, le cul entre deux chaises, et l’âme scindée en deux,une part de moi languit de retourner parmi les mortels quand l’autre part s’émancipe dans l’inconnu motivée par une curiosité dévorante de tout savoir...
Je refermais les paupières pour me replonger dans les ténèbres, dans mon enfer intérieur, car,pour chasser cette malédiction qui m’habitait,il fallait faire la paix avec moi-même.
- Nous continuâmes de marcher vers une lumière lointaine tandis que tout s’effaça derrière nous, mon hôte m’a fermement interdit de regarder en dessus de nous, à ce qu’il paraissait, même lui en avait peur ; mais de qui ou de quoi !! Un unième soucis dont j’avais nullement besoin...
Je ne voyais rien au passage, la lumière qui jaillissait du fond de ce tunnel fût tellement forte que Dieu, s’il existait, aurait du mal à y voir clair !! Mais je sentais des mains sur mes épaules, glaciales et opaque, n’ayez crainte - me chuchota mon hôte, ce que tu ressens et entends est le souffle des âmes torturées voulant s’échapper à leurs sort, l nature humaine est trop complexe à comprendre, tous ceux que tu as pu voir jusqu’ici ont une seule chose en commun,ni religion,ni dieu, mais le remord, Ils regrettent leurs choix de vie étant vivant,malheur à eux d’avoir oublié qu’ils étaient mortels...
Cette lumière qui pourrait te crever les yeux émane de l’une des sept portes de l’enfer, derrière chacune se trouve un démon, un concierge si tu veux! Un gardien du royaume des ténèbres, ils sont immortels, pâles comme des cimetières, leur seul langage est la violence, rancuniers depuis leur descente aux enfers après avoir été expédié par Dieu, je sais que tu as encore du mal à reconnaître Dieu,mais serais-tu choqué de savoir que cet endroit est son œuvre ?
Je restais figé, mes pensées se bousculant, incapable de discerner le réel du délire. Mon hôte, toujours derrière moi, murmura d’une voix qui semblait provenir des profondeurs mêmes du néant :
— Oui, cet endroit, ces âmes, ces démons, tout cela découle de Sa volonté. Dieu n’est pas seulement lumière et pardon, il est aussi l’architecte de la justice, une justice implacable. Ces portes... elles ne sont pas seulement des punitions, mais aussi des leçons gravées dans l’éternité.
Je me retournai, cherchant son regard, mais je ne vis qu’une silhouette floue, noyée dans l’obscurité mouvante.
— Si tu es là, ce n’est pas par hasard. Tu portes en toi un poids, une histoire que seul cet endroit peut révéler. Veux-tu connaître la vérité, celle que même les vivants refusent d’entendre ? Ou préfères-tu fuir, comme tant d’autres avant toi, condamné à errer dans l’ignorance de ta propre nature ?
Le silence retomba, oppressant, brisé seulement par les murmures distants des âmes en peine. Je déglutis difficilement, le souffle court.
— Et si je refuse de choisir ? lâchai-je, ma voix tremblante.
Un rictus sembla se dessiner sur son visage, invisible mais terriblement présent.
— Refuser ? Dans ce royaume, refuser est déjà un choix. Le choix de rester aveugle. Et ici, l’aveuglement a un prix.
Il tendit un bras vers la lumière éblouissante.
— Alors, humain, quel est ton choix ?
L’ombre de l’hôte se déplaça lentement, ses gestes aussi lents et calculés que le passage du temps lui-même dans cet endroit sinistre. La lumière, venant des sept portes de l’enfer, clignotait, comme si chaque faisceau voulait m’aspirer dans son tourbillon.
— Regarde bien, me dit-il d’une voix de plus en plus lointaine, mais si glacée qu’elle semblait pénétrer mes os. Chaque porte, chaque démon derrière elles, a une histoire à raconter, une leçon à transmettre. Mais chaque leçon a un prix, une douleur nécessaire pour comprendre.
Je fixai les portes une par une, cherchant des signes, des indices qui me guideraient. Mais il n’y avait rien. Pas de mots, pas d’images, juste cette lumière aveuglante qui me forçait à détourner les yeux. Je voulais comprendre, mais il me semblait que ma compréhension se heurtait à un mur de ténèbres.
L’air autour de nous se faisait plus lourd à chaque pas. Les murs semblaient se rapprocher, comme si l’enfer lui-même voulait m’englober. L’hôte ouvrit lentement la première porte. Un souffle glacé s’échappa, suivi d’un râle lointain, presque inhumain. De l’autre côté, une vision de souffrance indescriptible se dévoila. Des âmes tourmentées, emprisonnées dans une mer de flammes noires, hurlaient dans une langue inconnue, leurs corps se tordant dans une danse de douleur éternelle.
— Voilà, dit-il calmement, ce que tu vois, c’est la colère de ceux qui ont vécu dans l’illusion du pouvoir. Ils ont cru que leur domination était leur droit, qu’ils pouvaient jouer avec la vie des autres sans conséquences. Ils sont ici, enfermés dans leur rage, incapable de se libérer.
Je reculai instinctivement, horrifié par la scène. Je pouvais sentir la chaleur intense, le désespoir qui émanait de cette porte. Je voulais fuir, mais l’hôte m’arrêta d’un geste de la main.
— Tu dois comprendre, me dit-il d’une voix grave. Chaque souffrance a une cause, un choix. Ceux qui sont ici ont oublié que leur pouvoir n’était qu’éphémère. Ils ont ignoré la fragilité de la vie, la souffrance qu’ils infligeaient aux autres.
Il ferma lentement la porte derrière lui, mais le bruit des hurlements me restait dans l’esprit, m’enveloppant comme un voile étouffant. Je sentais mes mains trembler, mais je n’avais pas le temps de réfléchir davantage. L’hôte avançait déjà vers la deuxième porte.
— Ce n’est que le début, dit-il en ouvrant la porte suivante. Regarde, et vois ce que la négligence de l’âme peut entraîner.
Un frisson d’angoisse me parcourut. Que découvrirais-je derrière cette porte ? Ce que j’avais vu m’avait déjà marqué à vie, mais l’hôte avait raison : c’était seulement le début.
...jamais, et pourtant, une part de moi voulait continuer. Peut-être étais-je déjà perdu. Peut-être que la seule manière de m’en sortir était d’aller jusqu’au bout.
L’hôte ouvrit la deuxième porte. Cette fois, ce ne furent ni cris ni flammes qui m’accueillirent, mais un silence pesant, presque absolu. Une vaste plaine désertique s’étendait devant moi, balayée par un vent glacial. Je distinguai des formes indistinctes, immobiles, assises sur le sol comme des statues abandonnées.
— Ceux-là, murmura l’hôte, sont les âmes des indifférents. Ceux qui ont traversé la vie sans jamais choisir, sans jamais se battre, sans jamais aimer. Ils ont laissé le monde les façonner sans jamais essayer de le façonner eux-mêmes.
Je m’avançai prudemment, observant ces figures figées dans l’oubli. Leurs visages étaient vides, effacés, comme si leur identité s’était dissoute dans le néant.
— Et moi ? demandai-je d’une voix tremblante. Suis-je comme eux ?
L’hôte sourit.
— Pas encore. Mais chaque hésitation, chaque moment où tu refuses de voir, t’en rapproche.
Je frissonnai. L’idée de devenir une de ces âmes perdues, piégées dans un éternel néant, m’effrayait plus encore que les flammes de la première porte.
— Alors que dois-je faire ?
L’hôte referma la porte et me fixa, ses yeux brillants d’une lueur que je ne savais déchiffrer.
— Continuer. Jusqu’à ce que tu trouves ta réponse.
Et ainsi, nous avancions vers la troisième porte...