Prologue
La Maison trônait fièrement sur la colline. Symbole éternel de la gloire passée des Cracker, elle surplombait la petite ville de Black River, telle une reine sur son piédestal.
Comme pour défier les ravages du temps elle se dressait, intacte, à la vue de tous. Parée de ses plus beaux atours, elle gardait ses allures de jeune fille, se moquant bien des prétendants qui se pressaient à ses portes afin d’en déjouer les secrets.
Hommes, femmes et enfants se succédaient ainsi, au long des années, dans l’espoir de gagner les faveurs de la Dame, vestige d’une époque aujourd’hui révolue.
Malgré les innombrables tentatives visant à percer ses défenses, la Belle restait inviolée.
Sa clôture en fer finement forgé gardait à distance les rares importuns qui se risquaient encore à la séduire. Saisis d’un mal-être soudain, les conquérants, malgré leur farouche détermination, n’avaient qu’une envie sitôt le pied posé dans l’immense jardin : fuir ce lieu au plus vite, même si les malheureux étaient bien en peine d’en expliquer la raison.
Qu’ils soient poussés par la curiosité ou par un pari stupide, cela se terminait toujours ainsi : ils décampaient sans demander leur reste pour ne plus jamais revenir.
Même Dame Nature avait tenté de lui faire la cour en la drapant de verdure pour l’amadouer. Peine perdue, la végétation abondante, pleine de ronces et de mauvaises herbes, s’arrêtait nette devant les grilles du domaine.
Une fois passé le grand portail grinçant sous la rouille, un terrain nu, stérile, vierge de toute vie s’offrait au regard. C’était un lieu de mort et d’immobilisme, où le temps paraissait figé. Si la ville se transformait au fil des saisons, du froid, de la chaleur ou des intempéries, la Maison restait toujours la même.
Beaucoup ont essayé de résoudre les mystères de Cracker Hall au cours des quatre-vingts dernières années, mais personne n’y est encore parvenu.
Les choses, cependant, sont peut-être sur le point de changer.
Car, voyez-vous, vous ne décidez pas de vous rendre à Cracker Hall. C’est elle qui fixe le rendez-vous.









Quelle belle narration ! J'apprécie beaucoup l'ambiance gothique qu'émane ton manuscrit.