Orangewood Coyotes by Rionagh Fitzgerald at Inkitt
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Orangewood Coyotes

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Summary

2010, Nevada. Après avoir obtenu sa liberté conditionnelle, Shotgun, sergent d'armes des Orangewood Coyotes, sort enfin de la prison de Goodspring. Mais le retour à la vie normale ne s’annonce pas simple. Il doit retrouver ses marques au sein du garage Gilmer-McBride ainsi que du club et prouver qu’il est toujours digne de son patch.

Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue



J’OBSERVE LA SCÈNE avec un mélange d’agacement et de lassitude. La journée commence mal, très mal. Torse nu, mon corps affiche une mosaïque de tatouages, chacun gravé comme une cicatrice, chacun racontant une part de mon histoire. Ancien fabricant de meth’, c’est sous le nom de Top-Chef qu’on me connaît à la prison de Goodspring, dans le Sud du Nevada. D’un geste machinal, mes doigts effleurent la citation latine tatouée sur ma poitrine, juste sous mes clavicules, comme un collier.

Veritas odium parit, ou la vérité crée des ennemis, murmuré-je, presque pour moi-même.

L’alarme retentit soudain dans tout le bloc, stridente, implacable. Quelque chose cloche dans la cellule 23. Ma cellule. Et ce n’est pas une broutille. Non, c’est un problème de taille.

Le silence inhabituel de cet endroit d’ordinaire bruyant est bientôt brisé par les pas précipités des gardiens. L’agent pénitentiaire Davis arrive en tête, suivi de près par Moss, nouvelle recrue du Quartier de Haute Sécurité, et deux autres matons. Impassible, je m’agenouille au fond de ma cellule, face au mur. Mes doigts s’entrelacent sur mon crâne rasé, adoptant la posture de soumission habituelle.

— Ce connard s’est pendu, annonce l’un des gardiens en entrant.

— Sully comptait balancer en échange d’une remise de peine, ajoute Moss, visiblement contrarié.

Suspendu à un drap, mon codétenu, Patrick Sullivan — Sully pour les intimes — balance doucement dans le vide. Son visage blême, malgré sa peau couleur charbon, ses yeux injectés de sang fixant le vide, et sa langue gonflée ne laissent aucun doute : il a dû se pendre dans la nuit pendant que je dormais.

— Top-Chef, tu m’expliques ça ? demande Willey, les sourcils froncés.

— L’isolement brise certaines personnes, monsieur, réponds-je d’un ton neutre.

— Prends-moi pour un con, Top-Chef, réplique Willey, agacé.

— Je dis la vérité, rétorqué-je, toujours aussi froid.

Willey plisse davantage les yeux, intimant le silence à ses hommes pour réfléchir. Moss, lui, fulmine intérieurement. Ça fait des semaines que Moss pressait Sully pour obtenir des informations, et voilà que le détenu se balançait au bout d’un drap. La mort de Sully va compliquer bien des choses, notamment mes projets de libération pour bonne conduite.

Veritas odium parit, répété-je à voix basse, presque comme une prière.

— Foutez-moi Top-Chef au trou, ordonne Willey. Prenez des photos avant de décrocher le macchabée.

Sur un signe de Moss, je me relève lentement et me tourne vers la porte. Je tends mes mains dans la lucarne pour qu’il puisse me menotter. Les deux autres gardiens m’escortent ensuite jusqu’au mitard.

La pendaison de Sully mobilise une bonne partie du personnel pénitentiaire pour la journée. L’équipe de Willey m’enferme dans une pièce pour m’interroger, rédigeant au passage les rapports nécessaires à un tel incident.

Sur la table, mon dossier est étalé, chaque page racontant une version officielle de ma vie.

Adam Wescott, alias Top-Chef. Né le 5 mars 1955 dans un trou perdu du Nebraska. Anciennement domicilié dans l’Iowa. Célibataire, sans enfant. Une vie banale, sans éclat. Quelques contraventions pour stationnement gênant et excès de vitesse. Rien de notable.

Un sourire moqueur effleure mes lèvres en voyant la photo de mon permis de conduire. Quelle tête de loser ! Ça fait bien longtemps que j’ai troqué mes cheveux contre une coupe « boule de billard ».

— Comment un plombier sans histoire d’un bled perdu dans le Nebraska devient-il le meilleur fabricant de meth’ de tout le Sud du Nevada ? me demande Moss, incrédule.

Je hausse les épaules, feignant l’indifférence.

— Je ne pige pas, insiste Moss.

— Il n’y a rien à comprendre, coupe Willey. Ce n’est pas notre affaire.

— La crise économique, peut-être, réponds-je avec ironie. Ou bien la crise de la cinquantaine. Une envie de grand frisson. Les raisons peuvent être nombreuses.

Pendant ce temps, Moss examine les photos du suicide présumé. Aucune trace de lutte. Tout semble indiquer que le détenu s’est bel et bien pendu de son propre chef. Pourtant, Moss semble hésite à tirer des conclusions hâtives.

— Comment un type sans histoire comme vous a-t-il pu vriller à ce point ? La meth’ détruit des milliers de vies chaque jour dans le monde, lâche Moss.

Je reste silencieux, impassible.

— Top-Chef a purgé la moitié de sa peine, son comportement est irréprochable, intervient Willey.

— Tous les consommateurs de meth’ de Las Vegas attendent ce gars comme le messie, ajoute Moss.

— La commission des remises de peine a statué sur sa libération, déclare Willey.

Je ne suis pas surpris. Mais je sais que l’Animal, lui, ne prendra pas bien cette histoire. La nouvelle de la mort de Sully va se répandre comme une traînée de poudre dans le QHS.

Plus tard, Willey prétexte une visite médicale pour m’extraire de mon isolement. Escorté à l’extérieur, je remarque les cages d’exercice, offrant une vue morne sur le désert.

— Où allons-nous ? demandai-je, le regard perdu dans l’horizon désertique, mes pensées aussi sèches que le sable autour de moi.

— Faire de l’exercice, répond Willey, sans un regard pour moi.

Je ne peux m’empêcher de jeter un coup d’œil à la cage la plus à gauche. L’Animal est là, comme toujours, concentré. Ses mouvements sont lents, mesurés, mais la force qui émane de lui est palpable. C’est comme si chaque geste, chaque coup qu’il porte contre son sac de frappe, était une extension de la violence qui bouillonne en lui. Un prédateur en attente.

— C’est quoi ce traquenard ? pesté-je, une pointe de méfiance perçant ma voix. Cette situation m’a l’air bien trop arrangée, comme si je me dirigeais tout droit dans un piège.

— Il veut te parler, rétorque Willey, son ton aussi dénué d’émotion que le désert.

— Me parler ? Mon œil, il veut me faire la morale, je parie.

Je sens une pression dans ma gorge, comme si l’air ici était plus lourd que d’habitude. Ma patience commence à se réduire comme peau de chagrin. Sans un mot de plus, Willey ouvre la grille avec un bruit métallique qui fait écho dans la pièce. Il me pousse dedans.

Je n’ai même pas besoin de bouger. Je connais cette cage, je connais ce regard.

— L’Animal, dis-je d’un ton neutre, presque désinvolte, mais l’adrénaline pulse sous ma peau. Pas besoin de plus pour qu’il me reconnaisse. Je sais qu’il n’a pas oublié. Lui et moi, c’est une vieille histoire.

L’Animal ne réagit pas tout de suite. Ses poings sont serrés, ses muscles tendus. Lorsqu’il parle, ce n’est pas juste avec sa voix, c’est tout lui qui crache des reproches.

— Il paraît que tu as dézingué ton codétenu, gronde-t-il, sa voix basse tonnant comme un orage qui menace.

Un sourire imperceptible effleure mes lèvres. Malgré la tension palpable, la situation m’amuse presque. L’Animal est comme un lion dans une cage, incapable de dévorer sa proie.

— Cet imbécile s’est pendu tout seul, répliqué-je, d’un ton sec.

L’Animal serre les poings. Les bruits de ses phalanges qui se crispent résonnent dans le silence de la cage. Une colère bouillonne sous sa peau. Je le vois, je le sens.

— Alors qu’est-ce qui t’a pris, bordel ? rugit-il, ses yeux me transperçant, sa voix éclatant dans l’espace clos de la cage. Il fait quelques pas vers moi, mais je ne bouge pas, l’odeur de sa rage presque insupportable.

Je reste là, figé, mon regard toujours aussi froid. Ce n’est pas la première fois qu’on me pose cette question. Tout a toujours un prix. Tout a toujours une raison.

— Je te le répète : cet abruti s’est pendu tout seul, répété-je.

D’un geste brusque, l’Animal frappe la grille. Le bruit du métal contre le métal fait écho, vibré dans les parois de ma cage. Il tremble de colère, mais je ne flanche pas. Il cherche une faille, un signe de culpabilité, mais je ne lui en donnerai pas. Pas aujourd’hui. Pas encore.

Il fait une pause, l’air furieux mais concentré, et puis, après quelques secondes d’un silence lourd, il grogne, tentant de contenir sa rage :

— Je t’écoute.

Je prends une profonde inspiration, comme si je m’apprêtais à plonger dans l’inconnu. Puis, d’un ton posé, presque calme, je commence à parler. Chaque mot tombe avec une précision froide, mes pensées alignées comme des balles prêtes à être tirées. Ce n’est pas un monologue, c’est une confession.

Chapters
1. Prologue
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