Chapter 1
Chapitre 1 : La Chute de Lancefer
Avant l’exil, avant l’enfer, avant même la rébellion, il fut lumière. Lancefer, premier-né du feu divin, resplendissait d’une gloire sans égale parmi les archanges. Créé par la main même de Dieu, il siégeait parmi les élus, gouvernait les cieux aux côtés de ses frères célestes, et portait en lui l’éclat du firmament. Mais son cœur, aussi grand que son éclat, abritait un désir interdit : celui de régner, non en serviteur, mais en maître.
Lancefer contemplait le trône céleste et, en secret, nourrissait son ambition. Il murmurait à ses frères que leur puissance ne devrait pas être soumise à une volonté supérieure. Que la création leur appartenait autant qu'à leur créateur. Peu à peu, ses paroles séduisirent les esprits les plus forts, les plus fiers, ceux qui, comme lui, refusaient d’être des instruments d’une volonté qui les surpassait.
Alors éclata la rébellion. Dans les cieux, le firmament lui-même se déchira sous la violence du combat. Les anges fidèles à Dieu affrontèrent leurs frères déchus dans une guerre où les éclairs divins fendaient l’espace et où la lumière et les ténèbres s’entrechoquaient. Mais la victoire des cieux fut rapide et implacable. Dieu lui-même prononça la sentence :
"Tu as voulu te hisser à mon niveau, Lancefer. Désormais, tu tomberas plus bas que toute chose."
Et il chuta. Lui et ses partisans furent précipités hors du Royaume Éternel, brûlant comme des étoiles mortes, criant leur rage et leur douleur. Ils tombèrent pendant ce qui leur sembla une éternité, à travers des abîmes sans fin, jusqu’à ce qu’enfin, ils s’écrasent dans un royaume sans lumière, sans espoir : l’Enfer.
Privé de la lumière céleste, Lancefer ne devint pas moins un souverain. Dans l’ombre et les flammes, il érigea son propre royaume, une forteresse de souffrances où les âmes des mortels pécheurs viendraient expier leurs fautes. Si le Paradis était ordre et perfection, l’Enfer serait chaos et justice implacable. Il façonna chaque recoin de cet empire de désolation, traça des fleuves de lave ardente, dressa des murailles de souffrance et creusa des abysses de tourments.
Les damnés y affluaient, chacun portant le poids de ses péchés.Les meurtriers étaient plongés dans le Lac de Sang, condamnés à revivre sans fin les souffrances qu’ils avaient infligées à leurs victimes. Chaque coup porté, chaque cri de douleur, se retournait contre eux en une agonie sans répit.Les avares étaient enchaînés sous des monceaux d’or en fusion, brûlés par ce qu’ils avaient tant convoité, leur chair se dissolvant dans la richesse qu’ils avaient idolâtrée.Les menteurs et manipulateurs avaient la langue tranchée mille fois par jour, leurs paroles devenant des serpents qui les mordaient sans cesse.Les traîtres erraient éternellement sur une mer de glace, chaque pas les transperçant d’une douleur insupportable, chaque souffle un rappel du froid de leur trahison.
L’Enfer était une symphonie de gémissements, un hymne à la punition, et Lancefer en était le maître incontesté.
Mais à mesure que les âges défilaient, quelque chose changea. Le coeur de l'homme perdait sa beauté et s'éloignait de l'amour du createur divin ...Le mal sur Terre prospéra à un point tel que la douleur devint familière aux âmes humaines. Les tourments de l’Enfer, autrefois insupportables, devinrent un prolongement naturel de leur existence terrestre. Peu à peu, les hurlements cédèrent la place aux murmures, puis aux rires. Ce qui jadis inspirait la terreur ne provoquait plus qu’indifférence, parfois même soulagement.
Lancefer observait cela depuis son trône de cendres, impassible en apparence, mais ébranlé dans son âme. Était-il encore un roi s’il ne régnait plus par la peur ? Un châtiment sans douleur était-il encore un châtiment ? Et si l’Enfer lui-même perdait son pouvoir, que lui restait-il ?
Ainsi commença la lente chute du souverain des damnés…