Le Fils du Loup
La nuit napolitaine était lourde, gorgée de silence et de péchés non confessés. Les ruelles du quartier espagnol serpentaient comme des veines d’ombre, et au cœur de ce labyrinthe, la Villa Moretti trônait comme un vieux roi fatigué, mais toujours craint.
Luca Moretti observait la ville depuis le balcon, une cigarette entre les doigts. Il ne fumait pas vraiment, mais le geste l’apaisait. En bas, les hommes de son père parlaient bas, échappant quelques rires rauques, des éclats de couteaux entre les dents
— Le vieux veut te voir, annonça Marco, son cousin, en surgissant derrière lui.Luca écrasa sa cigarette sur la rambarde de pierre.
— Je sais.
Il descendit. L’intérieur de la villa était baigné d’une lumière chaude, presque trompeuse. Don Moretti était assis à son bureau, entouré de portraits anciens et d’odeurs de cuir et de whisky. Son regard, noir et pénétrant, se posa sur son fils.
— Il est temps que tu prennes ta place, Luca.
— Ma place ? Dans cette guerre de fantômes et de dettes ? Je n’ai pas ton goût pour le sang, père.
Un silence tendu s’installa. Le Don soupira.
— Le goût vient avec le temps.
Luca serra les poings. Il n’avait jamais voulu de cette vie. Mais dans la famille Moretti, le choix n’existait pas. Il était né avec un nom qui tuait avant même qu’on ne prononce une menace.
Il sortit sans un mot, enfourcha sa moto et s’enfonça dans les rues. Il avait besoin d’air, de quelque chose de vrai. C’est dans une petite salle de concert, presque vide, qu’il la vit pour la première fois.
Sofia.
Ses cheveux noirs cascadaient sur ses épaules comme une rivière d’encre, et son violon racontait une histoire que Luca n’avait jamais entendue. Une histoire sans crime, sans vendetta. Juste la beauté pure, fragile.
Il ne savait pas encore qu’en posant les yeux sur elle, il venait de signer sa propre condamnation.