Toi et Moi

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Summary

Peu importe dans quelle circonstance nous perdons un être cher, la douleur est toujours aussi foudroyante. Le temps et le soutien sont notre meilleur allié, mais nous la surmontons chacun à notre manière. Alice, une jeune entrepreneure, a perdu son âme sœur à la suite d’un cancer. Depuis son départ, elle est convaincue qu’une histoire comme la leur ne se vit qu’une seule fois dans une vie. Elle a donc fermé la porte à l’amour, par peur de souffrir. Spencer, jeune homme ambitieux, a réalisé que la boisson était un bon moyen d’engourdir sa douleur. Boire jusqu’à ne plus rien ressentir. Dès leur première rencontre, l’attraction qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, les pousse à se questionner sur leurs choix. Douleur, chagrin et peur. Un puissant cocktail explosif d’émotions se joue entre eux. Malgré tout, oseront-ils redonner une deuxième chance à l’amour ?

Status
Ongoing
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue

Le but ultime de la vie est d’atteindre l’eudaimonia (« bonheur »)

La mort est un mal et elle est plus douloureuse pour les vertueux et les heureux, car ce sont eux qui ont le plus à perdre.

Aristote

Prologue

Deux ans auparavant

Je regarde les feuilles des arbres par la fenêtre de ma cuisine en me disant que l’été s’achève, puisque le vert a laissé place aux magnifiques couleurs chaudes de l’automne, ce qui me remplit de mélancolie. Depuis trois ans, je regarde défiler les heures, sans jamais pouvoir les arrêter.

J’essuie la larme solitaire qui s’est échappée de mon œil et range la dernière assiette dans le lave-vaisselle, lorsque je suis alerté par un bruit provenant de la salle de bain. Je ferme rapidement la porte et je cours en direction de celle-ci. Lorsque je tourne la poignée, mon cœur bat frénétiquement dans ma poitrine et mes doigts tremblent sur la poignée. Je n’ai pas envie de l’ouvrir, mais je sais que je n’ai d’autre choix.

La scène qui se joue sous mes yeux me transperce le cœur : mon meilleur ami, mon mari, l’amour de ma vie est là, effondré sur le sol, inconscient. Je m’empresse de m’agenouiller à ses côtés.

— Bryan, Bryan, tu m’entends ? dis-je paniquée, en essayant de chercher son pouls avec l’aide d’une de mes mains.

Dans l’urgence du moment, je ne sens rien, ce qui n’aide en rien à apaiser mon angoisse. J’essaie de me calmer et cherche à nouveau son pouls et, par je ne sais quel miracle, je finis par sentir sous mes doigts de petites pulsations. Rien de fort, mais je sens tout de même une sensation.

— Reste avec moi, mon chéri, j’appelle les secours.

Il ne réagit pas à mes paroles et une boule d’angoisse se forme dans ma gorge. Je n’arrive pas à croire que ce soit la fin. J’essuie le rideau de larmes qui obstrue ma vision et me décide enfin à agir avant qu’il ne soit trop tard. Je me lève rapidement et cours jusque dans la cuisine, récupère mon téléphone cellulaire, que j’avais laissé sur le coin de l’îlot en bois qui trône au centre de la pièce. Je m’empresse de composer le numéro des urgences, tout en retournant auprès de lui. J’ignore combien de temps j’ai attendu sur la ligne avant qu’une femme me réponde d’une voix calme :

— Bonjour, quelle est l’urgence ?

— Mon mari. bégayai-je au travers des larmes.

— Votre mari va bien, madame ?

— Non, vous ne comprenez pas. lui dis-je en criant.

— Donnez-moi votre adresse. me dit-elle toujours sur le même ton.

Je lui dicte mon adresse civique, en essayant de ne pas me tromper.

— C’est très bien. Une équipe est en route, restez avec moi au téléphone. Est-ce que votre porte est verrouillée ?

J’essaie de réfléchir à sa question, mais je ne sais pas, je n’arrive pas à m’en souvenir, tout se mêle dans ma tête.

— Je… Je ne sais pas, je crois que oui, mais je ne peux pas le laisser seul.

— Ce n’est pas grave.

Elle me parle toujours sur un ton calme et elle me dit que tout ira bien, que l’équipe est tout près, et moi, de mon côté, j’ai la tête posée tout près de mon amoureux à essayer de l’encourager à tenir bon, qu’ils seront là bientôt pour prendre soin de lui.

Peu de temps après, j’entends du vacarme venir de l’entrée de la maison.

— Nous sommes ici, venez vite. criais-je à plein poumon.

Un jeune ambulancier apparait dans l’embrasure de la porte et s’agenouille au côté de Bryan.

— Respire-t-il ? me demande-t-il.

Je fais signe que oui.

— Depuis combien de temps est-il étendu ici ?

— Je… Je… sais pas. lui dis-je au travers des larmes, qui ne cessent de couler sur mes joues.

— Ce n’est pas grave, on est là, tout ira bien.

Le ton qu’il emploie avec moi me laisse croire qu’il a raison, même si je sais d’avance qu’il est trop tard, que tout est fini.

Il crie à son acolyte :

— Jeff, viens m’aider.

Un autre homme un peu plus vieux apparaît à son tour. Il me fait signe de lui laisser de l’espace pour travailler ; rapidement, je me pousse un peu plus loin. Il s’installe où la tête de Bryan, pendant que le plus jeune prend ses pieds dans ses mains. Ils le soulèvent et le sort aussitôt de la salle de bain. Je m’empresse de me lever à mon tour et de les suivre, puis je m’aperçois qu’ils l’ont déposé sur une civière. Entouré dans une couverture et attaché, il se dirige vers l’entrée de la maison. Je reste là, figée face à la scène qui se déroule devant mes yeux, et n’arrive plus à bouger. Tout cela est tellement irréel.

Lorsque le jeune ambulancier s’aperçoit de mon inactivité, il s’empresse de me dire :

— Allez, bougez-vous, nous devons partir.

Comme sur un pilote automatique, j’accours derrière eux et m’engouffre dans l’ambulance, pour ne pas m’éloigner de mon âme sœur. Aussitôt les portes refermées, j’entends les sirènes de l’ambulance s’activer et nous partons sur les chapeaux de roues, jusqu’à l’hôpital le plus près.

Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé depuis notre départ de la maison, mais les portes s’ouvrent à nouveau et l’ambulancier plus âgé apparait devant nous et sort la civière avec l’aide de son partenaire et se dépêche d’entrer dans l’hôpital. Je ne suis pas loin derrière eux, de peur qu’ils se sauvent avec mon mari. À l’instant où nous entrons dans l’hôpital, une équipe d’urgence s’empare de la civière et l’amène avec eux.

Paniquée, je crie.

— C’est mon mari, je dois le suivre, il a besoin de moi.

Une jeune infirmière s’approche de moi et me dit avec douceur.

— Je comprends, madame. L’équipe médicale va bien prendre soin de lui, ne vous inquiétez pas. Venez avec moi, nous allons nous installer dans la salle d’attente, pendant qu’ils s’occupent de lui.

Découragée, je me laisse mener par cette femme. Elle m’installe dans un coin tranquille et me quitte peu de temps après, pour aller s’occuper de d’autres personnes qui ont aussi besoin d’elle. Je tourne alors mon visage vers l’une des fenêtres de la salle et remarque que le temps s’est assombri à l’extérieur. Les réverbères se sont allumés. Des gouttes de pluie viennent frapper à la fenêtre et l’eau ruisselle dans la rue juste en face de l’établissement. Je constate que plusieurs heures se sont écoulées depuis le moment où j’ai retrouvé Bryan étendu sur le sol.

Happée par ce qui se trame à l’extérieur, je rejoue notre rencontre. Je n’arrive toujours pas à croire que tout ceci est bien réel.

J’ai fait la rencontre de Bryan à ma troisième année du secondaire. Nous avions quelques cours ensemble, mais nous ne nous sommes jamais vraiment parlé, sauf les quelques rares fois où nous avions des travaux d’équipe à réaliser. J’étais une jeune femme timide et lui était le capitaine de l’équipe de football. Eh oui ! Quel cliché ! Mais, n’empêche que c’est bien ce qui s’est passé.

À ce moment, je n’étais pas consciente des charmes que je possédais, malgré ce que pouvait me répéter ma meilleure amie Virginie. Elle me disait sans cesse qu’à chaque fois que nous étions en cours, il ne cessait de me regarder. Je lui répétais tout le temps qu’elle était folle, mais bon, il ne faut pas oublier que Virginie est une amoureuse dans l’âme depuis qu’elle est toute petite. Ce qui fait qu’elle a un nouveau petit ami chaque semaine depuis je ne sais plus quel âge et qu’elle voit l’amour partout autour d’elle.

N’empêche qu’elle avait tout de même raison, la chipie.

Un vendredi midi, lorsque nous étions assises avec quelques amies à la cafétéria, ce beau grand brun, ténébreux, est apparu au coin de notre table avec quelques amis à lui. Mon cœur s’est rapidement affolé, en me demandant ce qu’il pouvait bien nous vouloir.

— Est-ce qu’on peut se joindre à vous ? Nous a-t-il dit de cette voix chaude, qui me faisait tant rêver.

Le sourire fendit le visage de plusieurs filles autour de la table. Virginie, cette femme sans gêne, s’empressa de répondre avant que l’une d’entre nous ait l’audace de parler avant elle.

— Avec plaisir, les garçons. A-t-elle dit en battant des cils.

Quelques filles se sont déplacées pour laisser place aux nouveaux venus. Bryan a marché dans ma direction et a demandé à Maya, qui était assise à mes côtés, de se décoller pour lui laisser de la place. Il s’est assis et a tourné la tête dans ma direction avec un grand sourire sur les lèvres.

À partir de ce moment, nous ne nous sommes jamais quittés. Il est devenu avec le temps mon confident, mon meilleur ami, mon âme sœur et mon mari.

Nous nous sommes mariés quelques années plus tard, lorsqu’il était dans sa première année d’internat de médecine, et c’est aussi à ce moment que toute notre vie a basculé. Bryan travaillait beaucoup à l’hôpital et a commencé à avoir des maux de tête. Je lui répétais sans cesse qu’il devait lever la pédale et prendre du repos s’il ne voulait pas faire un burnout. Mais, il me disait que c’était un coup à donner et que, d’ici quelque temps, tout finirait par se replacer. Il a donc continué sur cette lancée pendant au moins six mois, jusqu’à ce que ses symptômes s’aggravent. Il perdait la mémoire, plusieurs fois par jour il était pris de vomissements et avait des pertes d’équilibre fréquentes. À vingt-cinq ans, ce n’était pas normal et ses maux de tête s’aggravaient. Il a fini par être obligé de consulter et, après une batterie de tests, le diagnostic est tombé. Tumeur au cerveau stade quatre.

Notre histoire avait une date de péremption. Trois ans : si la chimio fonctionnait bien, ce qui, cependant, ne fut pas le cas. Il passait d’un traitement à l’autre, sans jamais se démonter, jusqu’au jour où le médecin fut dans l’obligation de lui annoncer que plus aucun traitement ne serait en mesure d’apaiser sa souffrance.

Dans les premières semaines après avoir appris cette fatidique nouvelle, j’en ai voulu à la terre entière de nous avoir fait ce sale coup. Nous avions un avenir tout tracé, et voilà que tout s’envole en un claquement de doigt. Je cultivais une rancœur au plus profond de moi, qui m’empêchait d’avancer face à tout cela. Mais, je me suis bien vite rendu compte que, malgré tout ce que je ressentais, rien ne changerait : le pronostic était enclenché et je perdais un temps précieux auprès de mon âme sœur. Bryan a l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête, et nous ne savons pas quand le coup fatal sera donné, alors pourquoi perdre un temps précieux à en vouloir à la terre entière au lieu de profiter de chaque moment qu’il nous reste ensemble ? Je me suis donc résignée et j’ai décidé d’être présente à ses côtés pour lui offrir la meilleure vie, étant donné ce qu’il vit.

Cet homme est une force de la nature que peu de personnes ont la chance de voir dans leur vie. Peu importe la souffrance que lui laissaient les traitements ou les mauvaises nouvelles qu’il devait accueillir face à sa maladie, il ne se plaignait jamais et ne baissait pas les bras. Il gardait le sourire, malgré son état qui se dégradait de jour en jour.

J’ai fait mon possible ces trois dernières années pour lui offrir la plus jolie des vies que l’on puisse espérer en si peu de temps.

Une main sur mon épaule me sort de mes pensées. La tête lancinante et les yeux brouillés de larmes, je me tourne vers la personne à qui elle appartient. Je ne suis pas surprise de trouver devant moi le médecin Bastien, qui suit Bryan depuis le début de sa maladie. En le regardant dans les yeux, je vois qu’ils brillent et je comprends que c’est la fin. Il prend place sur la chaise à mes côtés et se tourne face à moi en prenant mes mains entre les siennes. Il se racle la gorge et, avec la voix gorgée d’émotion, il prononce les mots qui détruiront ma vie à jamais.

Je suis désolé, mais malheureusement, nous ne pouvons plus rien pour lui. Il est à un stade trop avancé et ses douleurs sont si fortes que plus rien n’arrive à le soulager. Je suis désolé Alice, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour lui permettre de vivre plus longtemps. Le temps est venu de le laisser partir.

Je hoche négativement de la tête, sans pouvoir arrêter les larmes de se déverser sur mes joues. Je ne peux pas croire que la fin soit imminente. Le médecin Bastien ne se démonte pas devant moi.

Nous l’avons installé dans une chambre privée, à l’étage des soins palliatifs. Il est au sixième étage, dans la chambre 621. Venez le rejoindre lorsque vous serez prête, mais je dois tout de même vous avertir que nous devons bientôt appliquer, selon sa demande, le protocole qu’il a lui-même demandé concernant l’aide à mourir. Donc, ne tardez pas trop.

Il lâche mes mains et se lève. Il me tourne le dos et repars vers un couloir dans l’enceinte de l’hôpital. Je suis figée là par ses derniers mots, que je n’arrive pas tout à fait à assimiler. Je suis dans un brouillard et tout à coup je prends réellement conscience de ce qu’il vient de me dire.

Aide à mourir, le protocole sera bientôt en place. Ce qui veut dire que tout est réellement fini, il n’y a plus aucun espoir. Je glisse sur le sol en pleurant, les mains installées sur mon visage, pour m’empêcher de crier mon désespoir. Mon cœur me fait mal.

Des mains réconfortantes enserrent mes épaules et me chuchotent des mots doux près de mon oreille. Je tourne la tête vers cette personne et, au travers des larmes, je crois percevoir le visage de ma meilleure amie. Je cligne plusieurs fois des yeux, pour être certaine que je ne rêve pas.

Virginie. dis-je en chuchotant.

Oui Alice, c’est bien moi.

Comment ? Qui l’a appelé ? Peu importe, j’ai besoin d’elle et je suis heureuse qu’elle soit là.

C’est fini. dis-je toujours sur le même ton.

Je sais, ma chérie. Si tu savais comme je suis désolée.

Nous restons dans cette position pendant un moment encore, jusqu’à ce qu’elle m’aide à me remettre sur pied et m’entoure de la chaleur de ses bras. Je me laisse bercer par la caresse de ses mains dans mon dos. Après un moment à me perdre dans le cocon de sécurité que m’offraient ces bras, je finis par lever la tête et la fixe avec mes yeux vides.

Elle hoche la tête et, sans un mot, elle prend ma main dans la sienne, m’aide à me remettre sur pied et me traîne à sa suite dans l’hôpital. Perdu dans mes pensées, je n’ai rien vu du chemin que nous avons emprunté, mais je réalise bien vite qu’elle m’a mené à la chambre de Bryan. Je suis figée face à la porte beige fermée devant moi et me demande comment j’arriverais à la franchir en sachant ce qui va arriver.

Allez, Alice. Ne le laisse pas souffrir plus longtemps, il a mérité d’aller se reposer après les trois années infernales qu’il vient d’endurer pour rester auprès de toi.

Je sais qu’elle a raison, mais je n’arrive pas à me faire à l’idée que tout va vraiment se terminer. Je tourne mon visage vers elle : elle pleure également, et j’hoche la tête, résigné, puis reporte mon attention sur la porte en question. Je prends une grande inspiration et, de ma main droite, je la pousse.

J’entre dans la pièce et le bruit de la porte qui se referme derrière moi me fait sursauter. Tout est calme dans la pièce, il n’y a que le moniteur tout près de lui qui émet des petits bips. Je me ressaisis et regarde devant moi. J’avance sur la pointe des pieds en direction du lit d’hôpital qui y est installé et je regarde l’homme de ma vie étendu sur celui-ci, serein pour la première fois depuis les trois dernières années. J’avance ma main vers la sienne qui repose près de son corps et l’entoure dans la chaleur de la mienne.

Après plusieurs années de traitements, son apparence a changé. Il n’a jamais perdu ses cheveux, mais ils se sont rapidement clairsemés, son ventre a gonflé : dû à la grande prise de médicaments, mais pour moi, cela n’a jamais eu d’importance. Je l’aime toujours autant. Je suis là à le contempler depuis un moment déjà et je réalise qu’il me regarde à son tour.

Je suis sans mot face à ses yeux verts qui me regardent brillant de larmes.

Tu es tellement belle, ma chérie. Je suis désolé, mais je n’y arrive plus.

Je lui souris tristement, malgré les larmes qui coulent sur mes joues.

Tu t’es bien battu, mon chéri, n’en doute jamais.

J’avance mon autre main vers sa tête et la passe dans ses cheveux, sans jamais perdre le contact avec ses yeux.

Je t’aime, ma chérie, tu es tout pour moi. Un simple merci ne sera jamais assez pour te dire à quel point je te suis reconnaissant d’avoir pris soin de moi durant les trois dernières années. Tu es la meilleure chose que j’aie eue dans ma vie. Je sais que nous nous sommes dit de nous aimer toute notre vie, mais disons que je croyais avoir droit à plus de temps auprès de toi. Je veux que tu me promettes de continuer ta vie et que tu ne fermes pas ton cœur à l’amour. Il y a un autre homme sur cette terre qui t’attend quelque part avec qui tu auras des enfants et qui vieillira à tes côtés. Cela n’effacera jamais la nôtre ; elle sera différente et encore plus intense que tout ce que nous avons pu vivre ensemble. De là-haut, je veillerai sur toi et je parsèmerai ta vie de pleins de petits indices qui te mèneront à lui. Crois-moi, ce sera lui ta grande histoire d’amour. Ouvre ton cœur de nouveau à l’amour, Alice. Tu es la meilleure personne que je connaisse. Crois-moi, cet homme saura prendre soin du bijou qu’il a entre les mains. Il te chérira et t’offrira la vie que tu mérites.

Ses paroles sont insensées, les médicaments qui se propagent en lui doivent lui faire perdre la boule. Il ne s’attend tout de même pas à ce que je me rattache à quelqu’un un jour, pour le perdre lui aussi. De toute manière, c’était lui l’homme de ma vie, personne ne pourra jamais le remplacer. Je vivrais seul toute ma vie, jusqu’au jour où je pourrais enfin aller le rejoindre. Une histoire comme la nôtre ne peut pas arriver deux fois dans une vie.

Le bruit de la porte derrière moi me fait tourner la tête. L’équipe médicale entre dans la chambre et je sais que l’heure fatidique est arrivée. Le médecin traitant s’installe devant le lit de Bryan et lui fait un signe de tête pour lui signifier qu’ils sont prêts à exécuter sa demande. Le mouvement de tête de la part de Bryan est faible, mais on le voit très bien tout de même. Il reporte son attention sur moi.

Je t’aime, ne l’oublie jamais. Je veillerai sur toi de là-haut.

Les larmes s’intensifient dans mes yeux. J’approche mes lèvres des siennes et l’embrasse avec tout l’amour que je lui porte. Je me relève et le fixe à mon tour.

Tu as été un grand combattant. Te rencontrer fut la plus belle chose dans ma vie. Je t’aime et ce n’est qu’un au revoir. Ne pense pas t’être débarrassé de moi aussi facilement.

Un léger sourire étire ses lèvres. Je l’embrasse une dernière fois, en laissant trainer mon baiser le plus longtemps possible, et me relève. Je le fixe intensément pour encrer son visage dans ma tête et à contre-cœur, je me retourne vers la porte. Avant de sortir de la pièce, je tourne une dernière fois mon regard vers le lit et je vois l’équipe médicale l’entourer, prête à lui venir en aide.

Je dis un dernier aurevoir silencieux à l’homme de ma vie et sors aussitôt dans le couloir, puis je m’effondre dans les bras de ma meilleure amie qui m’attendait de l’autre côté.