Les Ombres de Palerme
La pluie tombait sur Palerme comme une bénédiction silencieuse. Dans les ruelles étroites du quartier Kalsa, les pavés luisants reflétaient les lampadaires tremblants, témoins muets d’un passé chargé de secrets. Au cœur de cette ville ancienne, où l’histoire se mêle au crime, un nom circulait à voix basse : Alessandro Moretti.
Fils ils cadet d’une famille mafieuse redoutée, Alessandro n’avait jamais demandé ce destin. Il vivait entre deux mondes : celui des affaires de son père, où les contrats se signaient avec du sang, et celui qu’il rêvait pour lui-même, fait de musique, de mots et de lumière.
Ce soir-là, il rentrait tard du club de jazz où il jouait du piano, les mains encore vibrantes des accords qu’il avait offerts à un public distrait. En franchissant la porte de la villa familiale, il sentit le poids familier de l’oppression s’abattre sur ses épaules. Son frère aîné, Marco, l’attendait dans le salon, un verre de whisky à la main, le regard dur.
— Le patriarche veut te voir, dit-il sans détour.
Alessandro haussa les sourcils. Ce n’était jamais bon signe.
— Maintenant ?
Marco hocha la tête, avant d’ajouter à mi-voix :
— Il paraît que tu as parlé à quelqu’un… quelqu’un qu’il ne fallait pas approcher.
Le cœur d’Alessandro se serra.
Il savait de qui il s’agissait. Elle. Elena Rossi. Fille d’un juge anti-mafia. Belle. Brillante. Interdite.Il n’avait échangé avec elle que quelques mots, volés à la terrasse d’un café. Mais dans ses yeux, il avait vu quelque chose qu’il n’avait jamais vu chez personne d’autre : la possibilité d’une autre vie.
Et maintenant, cette simple conversation risquait de faire trembler tout l’édifice silencieux sur lequel reposait l’honneur des Moretti.