ᴘʀᴏʟᴏɢᴜᴇ
Le couteau brillait sous la lueur froide de la lune. Une silhouette se tenait devant moi, son regard vide plongé dans le mien. Je tentais de bouger, de crier mais mon corps refusait d'obéir. Le sifflement de la lame fendit l'air. Je sentis la douleur avant même de voir le sang. Puis, le vide.
J'ouvris les yeux brusquement, mon souffle encore saccadé par le cauchemar qui s'effilochait dans ma mémoire. La chambre était plongée dans la pénombre, seule la lumière de la lune traversait les rideaux tirés. Je tournai la tête et aperçu la silhouette de mon frère, Alek, assis sur le bord de mon lit, déjà prêt comme toujours.
— Il est temps, murmura-t-il.
Mon estomac se noua. J'aurais voulu prétendre que c'était un mauvais rêve, mais la réalité était bien là. Nous devions partir. Nos grands parents l'avaient décidé. Eux qui nous avaient élevés, eux qui avaient forcé notre destin à coups de décisions sans appel. L'Académie de l'Élite. Un nom qui résonnait comme une sentence.
Je me levai lentement, chaque mouvement alourdi par une appréhension grandissante. Alek me tendit un sac déjà prêt. Il avait tout prévu, bien sûr. Il avait toujours su que ce jour viendrait pour moi, lui qui est déjà en deuxième année. Moi, j'avais refusé d'y croire jusqu'au dernier instant.
Je m'accroupis et pris Star dans mes bras. Il ronronna doucement, comme s'il savait que quelque chose d'important allait se passer. Il me regarda, ses yeux verts brillant dans l'obscurité.
— On y va stasta, murmurais je à l'oreille de mon chat.
Le voyage jusqu'à l'Académie se fit dans un silence pesant. L'air nocturne était chargé d'humidité et d'une tension que je comprenais que trop bien. Tout s'était enchaîné trop vite. Un instant, j'étais chez mes grands parents, enfermée dans ma chambre et plongée dans l'univers de mes livres et l'instant d'après je me retrouvai ici devant un bâtiment caché au fond d'une forêt dont je ne me souviens même plus du nom.
L'académie de l'élite.
J'avais entendu Alek en parler à voix basse, chuchotant des mots que je n'avais pas voulu comprendre. Une école. Une prison. Un enfer. Les murmures se mélangeaient dans ma tête tandis que mon regard glissait sur les hauts murs de pierre, imposants et inébranlables. Chaque parcelle de mon être me hurlait de fuir mais je savais que c'était impossible. On ne fuyait pas l'Académie.
Un mouvement sur ma droite me fit tourner la tête. Alek était là, son regard sombre fixé sur moi. Il n'avait pas voulu que je vienne. Il avait argumenté, supplié, menacé. Rien n'y avait fait. Les règles étaient les règles. Nous partagions le même sang et cela suffisait à l'Académie pour me réclamer. Je n'étais pas prête. Je ne le serais jamais.
Alek avait des cheveux d'un blond foncé, presque brun et des yeux verts profonds, c'était mon reflet mais en nuances sombres. Ses traits étaient durs, sa posture inébranlable comme s'il ne se laissait jamais affecter par rien.
— Reste près de moi, murmura Alek en posant une main ferme sur mon bras. Ne parle à personne. Ne regarde personne dans les yeux. Et surtout, quoi qu'il arrive, ne montre jamais ta peur.
Je hochai la tête, bien que je sache que c'était peine perdue. Mon corps entier trahissait mon angoisse, de mes épaules tendues à ma respiration trop rapide. Je n'avais jamais été douée pour masquer mes émotions. Encore moins face à des prédateurs.
Un lourd portail de fer s'ouvrit lentement dans un grincement sinistre. Une silhouette apparut, drapée dans un long manteau noir. Un homme, grand à l'aura glaciale. Ses yeux se posèrent sur moi, m'analysant.
— Sofia Markov, dit il d'une voix calme et tranchante. Bienvenue à l'Académie.
Je voulus parler, mais aucun son ne sortit de ma gorge. Alek, lui, ne broncha pas. Il savait à qui nous avions affaire.
L'homme se détourna et fit signe de nous suivre. Alek passa un bras autour de mes épaules et me força à avancer.
Dès que je franchis le seuil, un frisson glacé parcourut mon échine.
Je venais d'entrer en territoire ennemi.