4 saisons en Allemagne

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Summary

Pourquoi ? pourquoi ce choix de livre ? Pourquoi avez vous cliqué sur cette histoire ? En voilà une bonne question. Si vous avez choisi de lire ces quelques lignes de résumé, alors vous avez fait un bon choix. Drame, romance, poésie se mêlent pour former 4 saisons en Allemagne, une histoire bien ordinaire ; une jeune fille, Johanna, et d'autres personnages tout autant atypiques, dont les sentiments nous semblent cependant familiers. Lisez pour découvrir la suite...

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Comme les fleurs de cerisier au printemps

JOHANNA

Les primevères qui s'étalent sous mes yeux. Les brins d'herbe qui se frottent contre mes narines. Le vent qui souffle, doux comme une brise printanière. L'odeur du sel de la mer, enivrante. Le ciel, aveuglant. Le soleil, qui lentement se couche.

Chez moi. Je ne me suis jamais sentie autant chez moi. Mes yeux se ferment tous seuls, je ne pense plus à rien, et je finis par sombrer dans un sommeil sans fin.

LUKA

Je m'approchais à pas lents pour ne pas la réveiller. Elle rayonnait, allongée dans l'herbe verte, sa tête entourée de boucles couleur châtain, son corps à la peau bronzée vêtu d'une robe de mousseline blanche, qui formait comme une corolle autour d'elle.

Je tendis instinctivement le bras vers elle, puis réprimais ma pulsion. Elle était comme ma sœur... du moins, elle était celle de mon meilleur ami et j'avais quasiment grandi avec elle. Sans me rappeler que sa mère m'avait envoyé l'appeler à table, je m'allongeais près d'elle, à environ 30cm de son corps, et je m'endormis à mon tour.

JOHANNA

J'ouvris lentement mes yeux embués de sommeil.

Le soleil s'était définitivement couché et la nuit s'était abattue sur la plaine. Je jetai un œil vers la mer, à quelques mètres de moi, avant de m'apercevoir de la présence de Luka, le meilleur ami de mon frère, allongé tout près de moi. Je sursautai, certaine de m'être endormie seule. Puis, je m'approchais, curieuse. Il était profondément endormi, ses cheveux bruns en rideau autour de son visage, vêtu d'un pantalon beige, d'une chemise noire à moitié ouverte, avec une courte veste noire et des bottes en cuir, sa bouche rose et pulpeuse légèrement entrouverte, et ses tâches de rousseur reconnaissables éclairées par le clair de lune. Et, soudain, les souvenirs remontèrent à la surface.

C'était un jour de décembre, je devais avoir 14 ans et Luka en avait 17. Il neigeait dans tout le pays, et, ne pouvant pas rentrer chez lui par ce temps, Luka restait dormir à la maison. Prise d'insomnie, j'étais descendue dans la cuisine prendre un verre d'eau. C'est là que je l'avais vu, à la lueur du clair de lune, beau comme un dieu, déjà à cette époque. Je me souviens qu'il avait murmuré "Qu'est ce que tu fais debout, Johanna...". Je n'avais su que répondre alors je m'étais tue. Il m'avait regardée, le sourcil droit légèrement relevé et avait souri. Puis, il m'avait tendu la main. Sans réfléchir, je l'avais prise et serrée dans la mienne, bien plus froide. La chaleur de ce contact m'avait apaisée. Nous étions restés dans le noir, comme ça, quelques minutes, avant qu'il me tire par la main vers la porte-fenêtre, qu'il ouvrit du pied. Innocemment, je le suivais, une confiance naïve et puérile, l'attraction de la glace vers le feu chatoyant. Il m'avait guidé à travers le jardin encore dans l'obscurité nocturne tandis que je me demandais intérieurement ce que je faisais là, à suivre un mec à 3h du matin. Puis, il s'était arrêté sans un mot. Nous étions devant le portail de la maison. Il me jeta un regard, un timide questionnement, et je hochais la tête, encore assoupie. Il avait poussé le portail et nous étions dehors. Moi, en pyjama noir, et lui en jean, pull et veste en cuir. Aussitôt, il lâcha ma main, retira sa veste et me la passa sur les épaules. Je repris précipitamment sa main, une absurde peur de tomber sans son soutien. Il avait eu ce sourire en coin si reconnaissable, et m'avait guidé à travers la ville encore endormie. Soudain, il s'était arrêté, le regard fixé vers le ciel. Je levais la tête à mon tour, et reçus en pleine face des flocons de glace qui me rentrèrent dans les yeux. Je frottais mes paupières en riant, quand il se retourna. Il murmura "Trop de béton...non ?". Sans trop savoir, je hochais la tête. Quelques minutes plus tard, nous étions sur la plage de Kiel, là où la glace croise l'eau. J'entrouvrais la bouche, impressionnée. Mes parents n'avaient jamais voulu aller à la plage voisine par temps neigeux.Il avait retiré sa main de la mienne, doucement, tendrement presque, et s'était penché pour toucher l'eau, chauffée par le sable, qui faisait lentement fondre la neige. Je m'étais à mon tour accroupie, mes pieds nus congelés sur le sol glacé. Voyant bleuir l'extrémité de mes orteils, il s'était approché et sans préambule m'avait prise dans ses bras comme une princesse. Sans m'en rendre compte, je m'étais progressivement endormie contre son cou brulant. J'appris plus tard qu'il m'avait déposée dans mon lit après m'avoir ramenée à la maison. D'un accord tacite, cette escapade était restée un secret entre nous. Depuis, je ne l'avais plus regardé pareil, je ne sais pas pourquoi.

Me remémorer ce souvenir m'avait fait sourire. En réalité, je n'avais plus jamais vécu une aussi belle nuit. Du haut de mes 17 ans, j'avais une vie nocturne mouvementée, boites de nuits, concerts, cocktails, soirées entre amis; mais rien ne m'a autant marqué. Je lui en étais reconnaissante. C'est pourquoi je restais là pendant une dizaine de minutes, à regarder son visage, l'air perdu.

Soudain, il se réveilla. Je crus avoir une crise cardiaque. Il ouvrit les yeux d'un coup, ses yeux verts étincelants plantés vers moi. Il me sourit, mais presque aussitôt je vis une lueur de nervosité dans ses yeux lorsqu'il aperçut le ciel nocturne.

"Luka...tu..t'as pas l'air bien ?"

Je vis l'inquiétude passer dans son regard.

"J'ai...oublié de t'appeler pour manger"

Je pouffais de rire, contemplant du coin de l’œil la noirceur du ciel. Il devait être 23h. Nous mangions habituellement à 19h.

Il sourit, mal à l'aise. Nous rentrâmes à la maison sur la pointe des pieds. Ma mère nous attendait, l’œil sévère. Après une longue série de remontrances, elle nous laissa rentrer dans nos chambres. Une fois seule, je songeais au lendemain.

A 20 ans, mon frère et son meilleur ami habitaient dans un studio qu'ils partageaient en plein Berlin, et rentraient pour les vacances à la maison de campagne de mes parents, à Kiel. Cependant, mon frère allait poursuivre ses études à Munich, et devait donc quitter leur appartement. Ludwig (mon frère) m'avait donc proposé de prendre sa place dans le studio avec Luka. J'avais accepté, et, les vacances se finissant, je partais le lendemain en train pour un trajet de 4h avec Luka, direction Berlin.

A 5h, je me levais, les yeux encore remplis de sommeil. Je pris une douche et je commençais à m'habiller d'une mini-jupe plissée noire, avec des collants noirs légèrement transparents, une chemise blanche, des bottes au genou, noires, avec des chaussettes de laine blanche très hautes, dépassant du haut des chaussures, et un imperméable beige. Je vérifiais ma tenue dans le miroir, mes boucles châtain, mes pupilles noisette entourées de mascara noir, et mes lèvres pulpeuses colorées de rouge feu.

A peine avais-je ouvert la porte de ma chambre que je me retrouvais face à Luka, qui ne s'était pas changé et n'avait surement pas dormi. Je lui adressais un sourire fatigué et nous nous dirigeâmes vers le jardin pour sortir.

Une petite brise matinale rafraichissait le ciel teinté des nuances de l'aube. Nous marchions côte à côte sans un mot. Cela faisait longtemps que nous ne nous étions pas parlé. Nous avions bien conversé sur des sujets banals, quelques minutes, mais, à bien réfléchir, nous n'avions jamais eu de véritables conversations.

Le silence n'était pas forcément embarrassant, nous étions dans une sorte d'harmonie de pensée.

Nous arrivâmes enfin devant la gare, vieux bâtiment aux aspects délabrés, aux perrons croulants, à la poussière qui flottait dans l'air vieilli. Alors que nous pénétrions dans le train encore vide, Luka me tins par les hanches pour éviter que je ne tombe sur l'escalier de fer. Ce contact me fit frissonner. Il ne dura que quelques secondes mais me déstabilisa et je me tus longuement jusqu'à ce que le train ne commence à avancer. Alors que j'ouvrais la bouche pour prononcer quelques paroles triviales, il se mit à dormir, et je décidais à nouveau de me taire. Progressivement, sa tête s'approcha dangereusement de mon épaule avant de tomber lourdement sur moi. Ses boucles brunes en plein dans mon nez, je humais l'odeur de mimosa qui en provenait.

En réfléchissant, je m'apercevais que je le voyais toujours en plein sommeil. A cette pensée, un sourire me vient aux lèvres. Mais aussitôt, un doigt brulant se posa sur ma bouche, caressant mon sourire.