Chapter 41
PDV de Moussou
Les jours ont commencé à défiler... et c'est là que mon véritable calvaire a commencé.
Je n'arrive même plus à mettre un pied dehors. Juste me lever du lit, c'est devenu un exploit. Mon corps est lourd, mes jambes fléchissent, ma tête tourne dès que j'essaie de me redresser.
Et le pire, c'est que je suis quelqu'un qui ne tombe jamais malade. Je n'ai vraiment pas l'habitude. J'ai toujours été en forme, pleine d'énergie, toujours à courir partout... mais là, je vous assure, rien ne va plus. Rien du tout.
J'ai l'impression que je ne peux rien avaler. Toutes les choses que j'aimais manger avant sont devenues écœurantes, répugnantes même. Il suffit que je pose un petit morceau de nourriture sur ma langue pour que je cours directement aux toilettes. Vomissements, nausées, vertiges... c'est devenu mon quotidien.
Et le plus frustrant ? J'ai tout le temps faim. Mon estomac gargouille, mon corps réclame de l'énergie, mais dès que je mange, je le regrette aussitôt. C'est comme si mon corps me punissait pour avoir tenté de me nourrir. Un vrai supplice.
J'étais déjà mince, mais là... je me regarde dans le miroir et j'ai l'impression de voir une ombre. J'ai la peau sur les os. Mes joues se creusent, mes bras sont fins. Je suis épuisée, vidée, physiquement et émotionnellement. Et le pire, c'est que je suis d'une humeur exécrable.
Je n'ai envie de rien. Tout m'énerve. Je dis bien tout. Le moindre bruit m'agace, la moindre question me fatigue, même la lumière du jour me dérange. J'ai l'impression de vivre dans un brouillard permanent.
Hamsiré essaie d'être patient. Il fait de son mieux. Il me prépare à manger, il me masse le dos, il reste à mes côtés même quand je suis invivable. Mais je vois bien dans ses yeux qu'il est inquiet. Il ne me le dit pas clairement, mais je sais qu'il a peur. Peur que ça n'aille pas mieux. Peur que je perde le bébé. Peur de me voir comme ça, lui qui m'a toujours connue forte.
Il me parle doucement, essaie de me faire rire, me propose tout un buffet de choses différentes dans l'espoir que quelque chose passe. L'autre jour il est même allé jusqu'à cuisiner lui-même une soupe, je crois que c'était censé être une soupe, mais rien qu'à l'odeur, j'ai failli vomir tous mes organes. Il n'a même pas été vexé. Il a juste ri en disant :
« Bon, on raye la soupe de papa de la liste alors. »
Inutile de vous dire que je le repousse sans cesse. Il n’y a plus du tout de sexe entre nous, je n’en ai plus du tout envie. Tout m’écœure à l’heure actuelle. Même quand il essaye de me faire un simple bisou, ça m’énerve.
Parfois je n'ai tellement pas envie de le voir, sa simple présence m'énerve. Je suis désagréable, froide, mais c'est plus fort que moi. C'est comme si mes hormones faisaient une rave party dans mon corps, et moi je suis juste l'invitée qui n'a rien demandé.
Le début de grossesse... on ne m'avait pas dit que ce serait aussi difficile. Je savais pour les nausées matinales. Mais pas de cette sensation de mal-être constant. Pas de cette fatigue intense, de cette hypersensibilité, de cette impression que je perds le contrôle de mon propre corps.
Je ne suis pas une personne faible émotionnellement mais là je craque. Je ne peux rien contrôler, je pleure sans arrêt, en fait je ne contrôle même pas mes larmes. J'ai toujours détesté le fait d'être mince alors maintenant c'est pire donc ça me rend folle. Je n'arrive même pas à me regarder dans le miroir tellement que je me sens mal.
Et pourtant, malgré tout ça, je ressens au fond de moi quelque chose de fort. Quelque chose de nouveau. Quelque chose d'instinctif. Comme si, même dans la douleur, mon corps savait qu'il faisait quelque chose de grand.
Je suis enceinte. Et même si pour l'instant c'est l'enfer, je sais qu'à la fin, il y aura une lumière. Une vie.
On n'a pas pu garder le secret de cette grossesse bien longtemps. Avec tous mes malaises, mes nausées incontrôlables, ma fatigue extrême... les gens autour de moi ont vite compris. Même sans dire un mot, mon corps criait la vérité à ma place.
Quand ma mère l'a su, elle a éclaté de joie. C'était comme si elle avait attendu cette nouvelle depuis toujours. Elle a levé les mains vers le ciel en murmurant des prières, encore et encore, les larmes aux yeux. Depuis ce jour, elle m'appelle tous les matins et me répète au moins dix fois qu'il faut que je prenne soin de moi, que je mange bien, que je me repose, que je fasse attention au moindre détail.
Mais elle n'a pas encore mis mon père au courant. Et franchement, je préfère comme ça. Mon père ne sait pas garder un secret. S'il apprend la nouvelle, il s'empressera de le dire à sa deuxième femme et ensuite, toute la famille sera au courant. Je n'ai pas la force de gérer ça en ce moment. Il y a déjà assez de tensions comme ça, je ne veux pas ajouter un chapitre de plus à ce roman familial.
Du côté de la famille de Hamsiré, c'était une toute autre histoire. Sa mère... elle savait déjà. Je ne sais pas comment, mais elle l'avait senti. Elle n'arrêtait pas d'appeler, de poser des questions :
« Elle mange bien ? Les nausées ont diminué ? Elle arrive à dormir ? »
À un moment, c'en était presque drôle. On voyait clairement qu'elle attendait juste qu'on le lui confirme. Alors Hamsiré a fini par lui dire. Et là... explosion de joie. Elle était tellement heureuse. Elle a directement annoncé la nouvelle au père de Hamsiré. Lui aussi a tout de suite fait des prières, avec cette émotion calme et profonde qu'il a toujours.
Depuis, ils nous appellent presque tous les jours pour prendre des nouvelles. Ils parlent déjà du bébé comme s'il faisait partie de la famille.
Avec Ahmed et Mouna, c'était pareil. Penda aussi. Tout le monde était sincèrement content pour nous. Les félicitations pleuvaient, les sourires étaient vrais, et dans chacun de leurs mots, on sentait la joie partagée.
J'envie tellement Hamsiré dans ce genre de moments. Il a une famille incroyablement belle. Leur relation est saine, simple, fluide. Ils sont unis, vraiment unis. Il n'y a pas de faux-semblants, pas de jalousie, pas de compétition. Il n'y a que de la bienveillance, du respect, et une volonté constante de se soutenir.
Chez eux, chacun reste concentré sur son propre foyer. Les disputes de couple, les problèmes personnels... personne ne s'en mêle de manière malsaine. Au contraire, ils se donnent des conseils, ils prient les uns pour les autres, ils se portent.
Leur environnement est un vrai havre de paix. Zéro toxicité. Juste des rires, des partages, des repas de famille chaleureux où tout le monde parle, s'interrompt, rigole, se taquine... mais dans l'amour.
Et moi, je les regarde. Je les observe comme on regarde un film qu'on aurait aimé vivre. Parce que moi... je n'ai pas ça.
J'aurais tellement aimé avoir une telle famille. Une famille où l'amour ne se compte pas, où l'on célèbre la réussite de l'autre sans arrière-pensée. Une famille où on se bat ensemble et pas les uns contre les autres.
Je sais bien que dans toutes les familles, il y a des tensions. Hamsiré me raconte souvent leurs petites histoires d'avant, les disputes d'enfance avec Ahmed, les chamailleries avec Penda. Mais ça, c'était avant.
Aujourd'hui, ils ont grandi. Chacun a bâti son propre foyer, chacun connaît ses responsabilités. Ils sont devenus matures, lucides. Leur seul objectif désormais, c'est que chacun trouve sa place, que chacun soit heureux et accompli. Ils veulent avancer ensemble, main dans la main.
Alors pourquoi... pourquoi dans ma famille à moi, ce n'est pas comme ça ?
Pourquoi on se tire vers le bas ?
Pourquoi le bonheur de l'autre dérange ? Pourquoi la jalousie étouffe tout ? Pourquoi l'amour est toujours conditionnel ?
C'est tellement triste. Et franchement... c'est épuisant.
Je ne veux pas que mon enfant grandisse dans cette atmosphère.
Je veux lui offrir un monde plus doux, plus juste.
Je veux qu'il sache ce que c'est qu'un foyer où l'on s'aime pour de vrai.
Ça fait tellement de bien de voir à quel point la famille de Hamsiré était contente d'apprendre cette nouvelle. De sentir cette chaleur, cet amour, cette excitation. Malgré mes douleurs, mes humeurs, mes nausées, il y a autour de nous une énergie douce, presque sacrée. Comme si ce bébé venait recoudre doucement les morceaux déchirés de nos vies.
Durant ces dernières semaines il y'a eu beaucoup de choses. Alors pour commencer, Safiatou s'est réveillée alhamdoulilah mais le problème est qu'elle est complètement perdue ( d'après ce que j'ai entendue). Hamsiré ne veut surtout pas me parler d'elle. Il s'est juste contenté de me dire qu'elle s'est réveillée et puis voilà. Il veut vraiment que je reste en dehors de tout cela. L'autre jour j'ai juste entendu sa conversation avec Ahmed et il lui a dit que Safiatou avait perdu la tête. Et apparemment les médecins ont dit que c'est à cause du temps qu'elle a passé dans le coma.
Quand il s'est compris que j'écoutais sa conversation, il est partie dans la cours arrière. Après je lui ai posé des questions mais il m'a dit qu'il ne veut plus aborder ce sujet avec moi. Il veut que je reste loin de tout cela car je suis enceinte et je e dois pas me casser la tête avec toutes ces histoires.
Concernant la mère de Safiatou, je n'ai pas de nouvelles non plus mais ce qui est sûr elle est en prison. Il paraît que la famille a essayé de faire des négociations et tout pour qu'elle sorte de prison mais là ce n'est plus possible. Elle est accusé de tentative de meurtre sur deux personnes. Sa fille et moi. Donc il n'y a pas de négociations qui tienne.
Apparemment, ils n'ont pas encore donné la date de son jugement mais elle restera enfermée jusqu'au moment de son jugement.
Moi je veux juste qu'elle reste loin de moi. Qu'elle soit en prison ou pas, j'espère qu'elle va vivre avec les remords durant toute sa vie. En voulant me faire du mal, c'est sa fille qui en a payé les frais. C'est triste mais j'ai envie de dire que c'est Karma. Comme on le dit souvent, c'est le retour à l'envoyeur.
Elle a voulu jouer et là elle a perdu. Elle a détruit sa famille juste à cause de la haine qu'elle avait envers moi et c'est d'une tristesse infinie.
J'espère que ses enfants trouveront la force d'avancer et qu'elles changeront. Elles ont laissé leur mère détruire leur vie mais il n'est jamais trop tard pour se relever. J'espère qu'elles vont demander pardon aux gens à qui elles ont fait du mal et qu'elles trouveront la paix.
Moi je ne les connaissais pas mais sont venus chez moi pour m'insulter. Tout ce qu'elles ont fait, je laisse Dieu s'en occuper. Au moins j'ai la conscience tranquille. Je n'ai jamais voulu leur faire du mal. Ce qu'elles sont entrain de vivre est déjà une punition alors je peux dire que Dieu a fait ma guerre à ma place. Je n'ai pas eu besoin de passer par des moyens sordides pour maintenir mon mariage.
Bref, je vais arrêter de parler d'elles car elles n'ont aucune importance pour moi.
Alors... je peux dire quoi d'autre? Eh bien... je continue de garder le silence sur cette histoire d'avortement. J'ai beau essayé mais je n'y arrive pas. C'est beaucoup plus fort que moi.
Hamsiré a continué d'insister avec cette histoire de cicatrice dans mon utérus. Il a insisté pour qu'on aille voir une deuxième gynécologue et elle aussi a dit la même chose que la première. Elle a confirmé la présence de la cicatrice mais a dit qu'on ne devait pas s'inquiéter et que ce n'était pas aussi grave qu'il le pense.
Mais il ne voulait pas arrêter, il voulait connaître les raisons pour lesquelles ça m'est arrivé. Il a fallu que je m'énerve et que je lui dise qu'il me saoule réellement avec cette histoire pour qu'il arrête d'en parler.
Flashback
On venait de rentrer de notre visite médicale avec la deuxième gynécologue. Quand on est arrivé à la maison, il a encore pris son ordinateur. Je n'ai pas fait attention à lui, je me suis changée et je me suis mise au lit car j'avais très mal à la tête. J'avais passé la moitié de la journée à vomir. C'était vraiment horrible.
Lui : Lys...
Moi : Hum?
Lui : Tu dors?
Moi : Non, qu'est-ce qu'il y'a?
Lui : Je viens de lire un article sur une recherche scientifique aux USA et ça parle des cicatrices dans les utérus, ils ont...
Je ne l'ai même pas laissé finir.
Moi : Amadi? Est-ce que tu peux me laisser tranquille avec cette histoire de cicatrice ?
Lui : Comment ça? Tu ne vois pas que je m'inquiète pour toi?
Moi : Et tu ne trouves pas que tu abuses ? Ça fait plusieurs jours que tu me casses la tête avec cette histoire de cicatrice. TU ABUSES, TU M'ÉNERVES!
Lui : Pourquoi tu cries? Hein?
Moi : PARCE QUE TU M'ÉNERVES! TU VOIS QUE JE ME SENS MAL MAIS LA SEULE CHOSE QUI TE PRÉOCCUPE C'EST CETTE HISTOIRE DE CICATRICE ! TU ME SAOULES VRAIMENT! AUJOURD'HUI JE N'AI FAIT QUE VOMIR MAIS MALGRÉ TOUT ÇA TU M'AS OBLIGÉ À ALLER CHEZ LA GYNÉCOLOGUE !
Lui : Parce que je veux m'assurer que tout aille bien pour le bébé.
Moi : LE BÉBÉ? LE BÉBÉ? TU N'AS QUE ÇA À LA BOUCHE ! ET MOI ALORS? HEIN? TOUT CE QUI T'OBSÈDE C'EST LE BIEN ÊTRE DU BÉBÉ ! ALORS QUE MOI JE SUIS ENTRAIN DE VIVRE UN VRAI ENFER ! JE NE DORS PAS LÀ NUIT! J'AI LA PEAU SUR LES OS! JE NE PEUX MÊME PLUS MANGER ! MAIS AVEC TOUT ÇA TU ES LÀ ENTRAIN DE ME PARLER DE CICATRICE ! TU N'AS PAS IDÉE À QUEL POINT TU M'ÉNERVES !
Lui : Est-ce que tu peux arrêter de crier s'il te plaît?
On peut parler calmement, tu sais que dans ton état ce n'est pas bon de te mettre sur les nerfs.
Vous voyez? À chaque fois c'est comme ça. Cette phrase est devenue mon quotidien : " Tu sais que dans ton état ce n'est pas bon de te mettre sur les nerfs".
J'ai l'impression d'entendre cette phrase à longueur de journée. Quand je crache, il le dit, quand je ri il le dit, quand je pleure il le dit, même quand je dors il le dit.
Vous n'avez même pas idée à quel point il est chiant. C'est un truc de dingue. Il veut me rendre folle surtout avec ses questions. Il est devenu complètement parano.
Quand il rentre du travail, il prend son ordinateur et commence à lire des articles scientifiques bizarres et cela m'énerve encore plus. Je ne le supporte plus du tout, je suis à deux doigts de prendre mes affaires et de partir loin de cette maison.
Moi : C'EST BON TU AS RÉUSSI À M'ÉNERVER ? JE VEUX QUE TU SORTES DE CETTE CHAMBRE
Lui : Lys..
Moi : Amadi sors s'il te plaît, allah kama bô kainai, oun té fai ka iyé yairai dé ( Sors a cause de Dieu, je ne veux pas te voir, même pas en peinture). Tu m'énerves vraiment alors sors. Quand tu auras finit de t'informer sur cette histoire de cicatrice, tu pourras revenir.
Lui : Pourquoi tu t'énerves ? Tu ne vois pas que je fais tout cela afin que cette grossesse se passe dans les meilleurs conditions ? Est-ce que tu sais à quel point je m'inquiète pour toi?
Moi : Amadi je t'ai dit de sortir.. tu n'as pas entendu ce que je t'ai dit? Sors s'il te plaît, je suis vraiment énervée là alors sors.
Il m'a regardé longuement ensuite il a secoué la tête.
Lui : Franchement tu abuses.
Moi : Sors !
Il a pris son ordinateur ensuite il est sorti de la chambre. J'ai directement tiré le drap et je l'ai mis sur moi.
Fin flashback
C'est depuis ce jour là que j'ai pu retrouver la paix. Il n'a plus parlé de l'histoire de cicatrice mais je le connais. C'est quelqu'un qui ne lâche pas l'affaire aussi facilement. Je sais qu'il continue de creuser mais qu'il le fasse loin de moi parce que ça va encore m'énerver. En plus, je devais me venger de lui depuis l'autre histoire alors là c'est le bon moment. Je ne me sens pas du tout coupable de lui faire vivre un enfer. Il le mérite amplement.
Donc... depuis là je n'ai plus rien dit à propos de mon avortement. Je garde toujours le silence et je sais que plus les jours passent plus je m'enfonce mais je n'arrive vraiment pas à trouver la force. Je préfère me dire que certaines choses doivent rester dans le placard.
Bref...
Mine de rien, le temps est passé vite et je suis déjà à 2 mois de grossesse. Mais comme je le disais, c'est vraiment la catastrophe. Donc on a demandé à ma petite sœur Myriam de venir s'installer avec nous en attendant que les choses aillent mieux.
Hamsiré va au travail donc il est tout le temps obligé de m'appeler pour savoir comme ça va. Il n'arrive même pas à se concentrer, donc c'était une bonne idée de faire venir Mariam. Mais inutile de vous dire que je lui fais aussi vivre un enfer hein. Mdr on se dispute tout le temps, l'autre jour elle a dit qu'elle va prendre ses bagages et partir. Je l'ai tellement insulté là, c'est quand Hamsiré est rentré du travail, il lui a demandé pardon et l'a supplié de rester.
Bon après je me suis rendue compte que j'avais abusé donc je me suis excusée et on a fait la paix.
Là, il est midi, et comme tous les jours, Hamsiré est rentré pour sa pause.
Depuis que je suis enceinte, il vient systématiquement à la maison entre 12h30 et 13h30. Une routine qu'il a instaurée sans même me demander mon avis.
Ce matin encore, on s'est disputé. Il voulait absolument que je mange un truc bizarre car c'est bon pour ma santé. Et d'après ce qu'il m'a dit, ça s'appelle : du quinoa aux légumes vapeur et du poisson cuit à la vapeur. Rien que d'y penser, j'ai envie de vomir.
Non mais est-ce que vous imaginez la situation ? Il voulait m'obliger à manger ce truc écœurant alors on s'est disputé.
J'étais couchée sur la canapé et Mariam était assise à côté de moi entrain de regarder la télé quand il est arrivé. Il s'est dirigé vers moi et a essayé de me faire u bisou sur la bouche mais j'ai tourné la tête, alors il m'a fait le bisou sur la joue.
Après cela, il s'est assis et m'a touché le ventre.
Lui : Ça va?
Dit-il en souriant
Moi : Hum.
Lui : Et comment elle va?
Moi : Demande lui toi même, elle est dans mon ventre.
Lui : Mariam elle est toujours de mauvaise humeur?
Dit-il en riant
Elle : Eh Amadi, moi je ne veux pas de problème alors je préfère reste dans mon coin.
Lui : Tu as raison, mieux vaut ne pas te retrouver dans son collimateur.
Je tirais toujours la tronche.
Lui : Mariam demain il y'aura les résultats du bac.
Quand il a dit ça elle a directement sursauté.
Elle : Amadi arrête s'il te plaît, ne me fais pas peur.
Lui : Je te jure qu'il y'aura les résultats demain. J'ai une connaissance au ministère de l'éducation et il m'a dit qu'ils vont mettre les résultats demain.
Elle a directement écarquillé les yeux.
Elle : Jure?
Lui : Je te jure.
Et là elle a commencé à paniquer, il n'arrêtait pas de se moquer d'elle. Non mais c'est un vrai gamin je vous jure.
Lui : Pourquoi tu stresses? Tu es première de ta classe, avec tes notes il est impossible que tu n'aie pas le bac. Je suis sûre à 1000% que tu l'auras. Alors ne stresse pas. En plus on a déjà préparé tous tes documents. Si demain on a les résultats, dès le lundi on fera ta demande de visa et normalement ça ne prendra pas de temps. Il faut que tu sois en France en fin Août, vu que la rentré c'est 5 Septembre.
Elle : Je... je suis en panique totale là, je ne vais pas fermer l'œil de la nuit.
Je suis persuadée qu'elle l'aura, je n'en doute pas une seule seconde.
Moi : Tu es sérieux là? Tu lui as fait peur. Pourquoi lui dire que les résultats sortent demain? Là elle ne sera plus du tout tranquille.
Lui : Ah Mariam on dirait qu'elle n'est plus fâchée, elle parle maintenant et en plus c'est pour te défendre. La grande sœur sort les griffes, elle ne veut pas que je te fasse peur.
Dit-il en riant
Je l'ai tellement mal regardé, il s'est abaissé et m'a fait un bisou sur le ventre. Et il s'est mis à le caresser.
Lui : Vient on va parler.
Je ne lui ai pas répondu.
Lui : Vient s'il te plaît, tu sais que je rentres pour ma pause juste pour toi. Alors s'il te plaît, vient.
Il m'a par la main et nous nous sommes levés.
Mariam : Amadi j'ai préparé le déjeuner, tu veux manger?
Lui : Oui je veux bien, tu peux demander à Sarata de le servir et de monter avec s'il te plaît.
Elle : Ah non t'inquiètes, je vais le faire.
Lui : Ok merci, je répète c'est toi que j'airais dû épouser.
Dit-il en riant
Oun gné oun gnai moussou ba bô ala ( Je l'ai très nal regardé).
Lui : Mariam demande lui si elle n'est pas fatiguée de faire ces mouvements bizarres avec ses yeux. Elle est moche quand elle fait ça.
Tchruu.
Mariam : Amadi je t'ai dit que je ne voulais pas d'histoire non? Arrête s'il te plaît.
Dit-elle en riant
Nous sommes finalement montés dans la chambre et il a fermé la porte derrière lui. J'étais de dos, alors il m'a tirée doucement vers lui et m'a fait un câlin par derrière. Son menton s'est posé sur mon épaule.
Lui : Tu sens bon...
J'ai soupiré, j’étais déjà exaspérée.
Moi : Arrête, tu m'étouffes. Vas-y lâche moi.
Il ne m'a pas lâchée.
Lui : LaLys... s'il te plaît... Je n'ai même plus le droit de te toucher maintenant ? Tu ne trouves pas que tu abuses un peu ?
Je me suis dégagée brusquement de ses bras et je me suis tournée vers lui. Il suffit qu’il parle pour que je m’énerve.
Moi : Ah donc maintenant j'abuse ? Tu veux dire que j'invente mes symptômes peut-être ? Que je fais semblant de vomir tout ce que je mange ? Ou que je dors trois heures par nuit juste pour t'embêter ?
Il a levé les mains comme pour me calmer.
Lui : Non, ce n'est pas ce que je dis, c'est juste que... je te trouve distante, agressive même. Je fais de mon mieux, LaLys. Je suis là tous les jours, je te soutiens. C'est normal que je veuille un peu d'affection, non ? Juste un simple câlin, juste ça et tu me dis que je t’étouffe.
J'ai levé les yeux au ciel.
Moi : De l'affection ? Vraiment ? C'est ça ton problème en ce moment ? Tu veux que je te fasse des câlins pendant que mon estomac se retourne, que ma tête tourne et que j'ai l'impression qu'un camion m'est passé dessus ?
Il a soupiré à son tour, l'air un peu dépassé.
Lui : Je sais que c'est dur... mais on est deux dans cette grossesse, pas vrai ? Tu pourrais au moins essayer de ne pas me repousser comme si j'étais le problème.
Je l'ai regardé droit dans les yeux, les bras croisés.
Moi : Mais TU es le problème. Si tu ne m'avais pas mise enceinte, je ne serais pas dans cet état. C'est à cause de toi que je suis là, à ne plus pouvoir manger, ni dormir, ni vivre normalement ! Alors je ne veux surtout pas t’entendre dire que tu n’y es pour rien. Parce que c’est TOI! Oui c’est TOI et uniquement TOI!
Il a fait un petit rire nerveux, genre « je préfère me faire».
Lui : D'accord... donc maintenant je suis responsable de ton état ? Tu oublies que tu ne disais pas non quand on couchait ensemble? Je n’étais pas le seul à le faire alors arrête s’il te plaît. Tu t’attendais à quoi? On couchait ensemble presque tous les jours alors pitié arrête s’il te plaît.
Moi : Attend? Tu me balances ça à la figure ? Tu oses me dire ça?
Lui : LaLys, pourquoi tu t’énerves contre moi? Qu’est-ce que j’ai fait? Qu’est-ce que tu veux que je fasse? S’il te plaît dis-moi.
Tu ne veux plus de ce bébé ou quoi? S’il te plaît aide moi à t’aider parler que là j’ai l’impression de devenir complètement fou. Tu es excessivement distante avec moi, j’ai l’impression d’être de trop dans cette chambre.
Moi : Tu sais quoi ? Toi, t'as rien à faire, tu continues ta vie, tu vas au boulot, tu rigoles avec tes collègues. Moi je suis là, à pourrir dans un lit en train de vivre un cauchemar. Et toi, tu viens me dire que je suis distante ? Franchement, t'as honte de rien.
Il a secoué la tête.
Lui : J'essaye juste de t'aimer, Lys. Je veux juste être là pour toi. Je t’ai promis d’être là jour et nuit pour qu’on puisse vivre cette grossesse ensemble mais malgré tous mes efforts tu me rejettes. Je sais que ce n’est pas facile pour toi. Tu as du mal à manger et tu ne te sens pas bien mais franchement je ne te comprends plus.
Je ne sais plus comment faire...
Moi : Alors arrête. Laisse-moi tranquille. Pour l'instant, je ne suis bonne à rien. Pas même à être aimée. J'ai juste besoin de silence. Et de la pastèque .
Il a esquissé un sourire triste.
Lui : Tu veux que je t'en emmène ?
Moi : Si tu veux vraiment être utile, oui. Et fais-le sans me poser de questions. Pas de "tu veux tel ou tel autre fruit avec ?" Je veux juste de la pastèque. Point.
Il a hoché la tête, docile.
Lui : De la pastèque, ok, bon je vais dire à Abdoulaye d’aller en acheter.
Et il est sorti de la chambre, après un moment il est revenu et Mariam a emmené son déjeuner. Il s’est assis et il a commencé à manger.
Lui : Tu veux goûter?
Moi : Non..
Elle avait préparé du saka saka ( sauce à base de feuille de feuille d’épinards. Les gens utilisent d’autres feuilles mais je ne connais pas le nom).
Lui : Juste un peu.
Moi : Je t’ai dit que je ne voulais pas, alors n’insiste pas.
Lui : Désolé.
Je le regardais manger et j’avais tellement faim mais je ne pouvais pas rien manger. Je ne sais pas pourquoi mais ça m’a donné envie de pleurer, j’étais vraiment affamée.
Lui : Qu’est-ce qu’il y’a?
Moi : Regarde toi, tu n’arrêtes pas de dire que tu veux partager chaque moment de cette grosse avec moi. Mais tu te permets de manger là sous mes yeux sans même te gêner.
Lui : Mais je viens de te demander si tu voulais goûter non? Pourquoi tu m’accuses?
Moi : Tu ne vois pas que je suis affamée? Tu ne vois pas que j’ai la peau sur les os? Je suis complètement fade, j’ai faim et je n’arrive pas à manger. Tu penses que c’est facile?
Il a soupiré.
Lui : Je sais que ce n’est pas facile mais tu refuses de manger les nourritures qui évitent la nausée. Et arrête de faire une fixation sur ton poids s’il te plaît.
Abdoulaye va bientôt arriver avec la pastèque et tu mangeras autant que tu veux.
Il a terminé de manger et au même moment Mariam est venue avec la pastèque. Elle l’avait déjà coupé en tranche. J’ai commencé à manger et pour la première fois depuis plusieurs jours, j’ai mangé quelque chose qui ne m’a pas du tout donnée la nausée.
J’étais comme une folle, je n’arrêtais pas d’en manger encore et encore. J’avais l’impression que mon ventre allait exploser.
Lui : Vas-y doucement s’il te plaît… sinon ça va te donner des maux de ventres.
Je ne l’écoutais même pas. C’était tellement bon, ça faisait longtemps que je n’avais pas autant savouré quelque chose. J’ai continué d’en manger jusqu’à ce que je ne puisse plus rien avaler et là j’ai commencé à avoir mal au ventre.
Je me suis couchée et je me suis pliée en deux.
Lui : Ça va?
Moi : Hum….
Lui : Tu en as trop mangé.
Il s’est assis sur le lit et s’est mis à me caresser la tête.
Lui : Il faut que je retourne au travail, ma pause est presque finit.
J’ai juste hoché la tête, je commençais à avoir la nausée. J’ai finit par me lever et je suis allée vomir. Il m’a suivit dans la salle de bain et il est resté arrêté entrain de me regarder. Je sais qu’il va encore dire qu’il m’avait prévenu et que je ne l’ai pas écouté.
J’ai vomis presque toute la pastèque que j’avais mangé il y’a quelques minutes. Quand j’ai finit, je me suis levée et j’ai voulu me brosser les dents.
Encore un autre problème, je ne peux pas mettre de brosse à dent dans ma bouche sans avoir envie de vomir. C’est tellement horrible. Il a acheté un bain de bouche pour que je puisse laver ma bouche avec ça.
Quand j’ai finit, nous sommes retournées dans la chambre.
Lui : Ça va?
Moi : Hum..
Lui : Maman a dit de préparer du jus de gingembre quand tu as la nausée. Je vais dire à Mariam d’en préparer. Malheureusement je dois vraiment y aller, j’ai une réunion importante sinon je serais resté avec toi.
Moi : De toutes les façons je suis la seule à tout subir.
Lui : Je sais que tu es la seule à tout subir et j’en suis désolé. Malheureusement on ne peut rien y faire.
Je ne lui ai rien dit.
Lui : Sois patiente s’il te plaît, il ne reste plus qu’un mois avant que ça ne s’arrête. La gynécologue a dit que ça dur normalement trois mois. Là tu en as déjà fait deux alors soit patiente s’il te plaît. Ça va finir par s’arrêter.
Dit-il en me faisant un bisou sur la tête
Il m’en a fait sur le ventre et il est resté assis entrain de me regarder.
Lui : Je reviens dans peu de temps inshallah.
Je t’aime.
Après ça, il est sorti et quelques minutes plus tard, Mariam est venue avec mon jus de gingembre. Elle s’est assise à côté de moi. Je continuais de pleurer, incapable de retenir mes larmes.
Elle : Ah Moussou, arrête de pleurer, ça va aller…
Moi : Toi, tu ne peux pas comprendre. Tu ne sais pas ce que je suis en train de vivre, Mariam… j’ai l’impression que je vais devenir folle.
Elle : Je sais que c’est dur, mais ça finira par passer.
Moi : C’est ce que tout le monde me dit, mais ça ne passe toujours pas. Je ne sais même plus quoi faire, je ne dors plus, je ne mange plus… Je suis juste là, comme un fantôme dans cette maison. Je me lève, je pleure. Je m’allonge, je pleure. Je me sens vidée, écrasée.
Elle : Je sais, ça me fait de la peine. Je n’ai pas l’habitude de te voir dans un tel état. Tu as toujours été forte. Je suis certaine que ce n’est qu’une question de temps avant que ça s’arrête. Essaie de prendre ton mal en patience.
Moi : Hum… De toutes les façons, je n’ai pas le choix. Mais franchement, je me sens minable actuellement , Mariam. Je ne ressemble à rien. Je ne peux plus rien faire de mes dix doigts. Je dépends des autres pour tout. Je me sens inutile dans cette maison. Même préparer un repas simple, je n’en suis plus capable.
Avant, j’étais toujours active, je gérais tout, je m’en sortais tout seule sans l’aide de personne. Je gagnais mon propre argent, je ne dépendais de personne. Mais aujourd’hui… je vis aux crochets de mon mari. Et lui… je ne supporte même plus sa présence. Rien que le son de sa voix m’agace.
Je suis dans sa maison, mais je n’ai même pas envie de le voir. Tout va mal. Je pleure jour et nuit. Je suis tout le temps de mauvaise humeur, je n’ai envie de rien. La sensation est horrible. Je veux juste… que ça s’arrête.
Je pleurais en disant tout ça, la voix brisée par l’épuisement.
Elle : Je sais que c’est pas facile… surtout pour une femme comme toi qui a toujours tout géré seule.
Moi : Je me sens inutile. Même préparer un simple repas est devenu impossible. J’ai toujours été fière de mon indépendance. J’étais capable de travailler toute la journée, de rentrer, cuisiner pour aider maman. Mais là… j’ai l’impression que mon corps m’a abandonnée. Ma tête aussi. Je suis en train de sombrer, Mariam. C’est comme si ma vie s’était mise sur "pause", sauf que j’ai pas demandé à ce qu’on appuie sur ce bouton. Et ce bébé… je l’aime, je le veux, mais pourquoi est-ce que c’est si difficile ? Pourquoi je me sens comme une moins que rien alors que je suis censée être heureuse ?
Elle m’a serrée dans ses bras doucement.
Elle : Tu traverses une tempête, Moussou. C’est pas rien ce que ton corps fait en ce moment. Il fabrique une vie. C’est normal que tu sois fatiguée, à bout, et même en colère. Mais faut pas que tu perdes de vue qui tu es. Tu n’as rien perdu de ta valeur. Tu es toujours la même femme forte. Tu ne vois juste plus ta lumière à cause de tout ce brouillard. Mais elle est toujours là.
Moi : Je veux juste que ça s’arrête, je n’ai envie de rien… je… je me vois comme une moins que rien. Depuis mon mariage avec Amadi, j’ai l’impression que je ne plus la même personne. Je me repose uniquement sur lui. On a parlé de projet et tout mais même ça je n’arrive pas à le faire. À chaque fois que j’essaye, il y’a un problème qui survient et je finit par rester ici comme une moins que rien. Je suis complètement inutile. Je… ma vie ne ressemble à rien. Je ne me trouve même pas belle, je suis fade, je suis sans importance et…
Elle : Ne dis pas ça, s’il te plaît. Tout finira par rentrer dans l’ordre. Je sais que ce n’est pas facile. Toi, qui as toujours été une femme active, indépendante… Ça doit être très dur pour toi de dépendre des autres. Mais c’est temporaire, Moussou. C’est juste un passage. Quand tu accoucheras, tout redeviendra comme avant, ou même mieux.
Dis-toi que c’est un mal pour un bien. On sera tous très heureux quand ton bébé sera là. Tu as vu comme Amadi est heureux ?
Je pense que tu devrais essayer d’être un peu plus douce avec lui. Je sais que tu me prends pour une gamine, mais j’ai 17 ans et je vois des choses. Tu ne te rends pas compte de tous les efforts qu’il fait pour toi. Il essaie de te faire rire, il rentre tous les jours à midi pour être avec toi, il anticipe tous tes besoins.
Mais dès qu’il franchit les portes de la maison, on sent que ton humeur change. Même quand il s’assoit à côté de toi, on dirait que tu veux juste qu’il disparaisse. Et ça lui fait mal. Il le cache, il plaisante pour faire comme si de rien n’était, mais moi je le vois… Et franchement, ça me met mal à l’aise.
Moi : J’ai l’impression que personne ne me comprend… Tu n’as aucune idée de ce que je traverse. Je suis au bord de la dépression, Mariam. Je ne contrôle plus rien. Mes émotions me submergent à longueur de journée. C’est la chose la plus difficile au monde.
Je vois ma vie et j’ai l’impression qu’elle stagne.
Je me suis tue un instant, posant le verre de jus de gingembre sans l’avoir touché.
Moi : Tu sais ce qui me fait le plus peur ? C’est de ne jamais redevenir comme avant. Que cette version faible et épuisée de moi-même reste à jamais. J’ai l’impression que je ne retrouverai plus jamais mon énergie, mon ambition, ma force.
Mariam m’a regardée longuement. Puis elle a attrapé ma main.
Elle : Tu vas redevenir toi-même. Encore mieux même. Mais tu dois te laisser du temps. Arrête de te juger si durement. Tu traverses une période qui change tout, dans ton corps et dans ta tête. Et crois-moi, personne ne sort indemne de ça.
Mais tu n’as pas à être forte tous les jours. Laisse-toi le droit d’être fatiguée, triste, en colère. C’est normal. Mais n’oublie pas que ce n’est pas définitif. Alors efface tes larmes s’il te plaît, je n’aime pas te voir dans un tel état. Tu as toujours été mon modèle, aussi loin que je m’en souvienne, c’est toi qui t’ai toujours occupé de Rokia et moi. Tu subvenais à tous nos besoins et ça on n’oubliera jamais. Après ta grossesse tu verras que tout changera. Tu pourras recommencer à travailler.
Moi : J’aurais dû commencer à travailler avant cette grossesse… j’aurais dû.
Elle : Eh bien qu’est-ce qui t’en empêche ? Quand tu commenceras à te sentir mieux tu pourras faire ton projet jusqu’à ton accouchement et après tu le prendras là où tu l’as laissé.
J’ai juste hoché la tête.
Elle : Boit ton jus, ça va te faire du bien.
Moi : Merci….
J’ai finit par boire jus et après cela j’avais sommeil, donc elle est sortie et je me suis couchée. Ses paroles tournaient en boucle dans ma tête et je sais qu’elle a raison… je dois essayer de reprendre le contrôle de ma vie. Je prie Dieu pour qu’il fasse en sorte que mes malaises se stoppent après les trois mois. Pour certaines femmes ça durent jusqu’à la fin de la grossesse et c’est tout simplement horrible. J’espère vraiment que pour moi ce ne sera pas le cas sinon je vais devenir complètement folle.
J’ai finit par m’endormir et ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai été réveillée par la sonnerie de mon téléphone et c’était la mère de Hamsiré. Elle appelle tous les jours pour savoir comment je vais.
J’ai décroché.
Moi : Allô..
Elle : Ah Moussou, ah j’espère que je ne te dérange pas? Tu dormais ?
Moi : Ah non maman bonsoir, tu ne me déranges pas… je me reposais un peu.
Elle : Et tes malaises ? Il y’a du mieux j’espère ?
Moi : Ah maman, ça va j’essaye de faire avec. Ce n’est pas facile…
Elle : Oui ce n’est pas facile mais ça va aller. Il faut juste un peu de courage. Malheureusement c’est la triste réalité de la grossesse. Il faut passer par toutes ces souffrances pour connaître le vrai bonheur. La grossesse n’est pas du tout rose mais après l’accouchement tu vas oublier tout ça inshallah.
Reste juste patiente, tout finira par rentrer dans l’ordre.
Moi : Oui… j’essaye de faire avec.
Elle : Tu continues de boire le jus de gingembre avec du miel et du citron?
Moi : Oui j’en ai même bu avant de dormir.
Elle : Ah d’accord, il faut continuer, c’est la seule solution pour atténuer tes malaises.
Moi : Oui sur le moment quand j’en bois, je n’ai plus de nausées mais juste après ça recommence. Il suffit que je mette quelque chose dans ma bouche pour que je vomisse tout. C’est ça qui me fatigue, j’ai faim mais je ne peux rien manger.
Elle : Je comprend parfaitement, c’est toujours comme ça mais bientôt ça va changer, tu arriveras à manger. Il faut juste que tu passes le premier trimestre et tu verras que ce n’est plus du tout pareil.
Moi : Je l’espère vraiment.
Elle : Ça va aller, garde juste beaucoup de courage. Ce n’est pas facile mais sache qu’on comprend parfaitement ce que tu traverses. Malheureusement on est toutes passées par là. C’est difficile mais ça va aller inshallah. On prie pour toi.
Moi : Merci maman..
On a continué de parler pendant un moment, après cela on a raccroché et Dindi m’a appelé. Apparemment, Mariam lui a dit que je ne vais pas bien. Donc elle voulait me parler et me dire de rester patiente. De toutes les façons, c’est ce que tout le monde me dit.
Hamsiré est rentré vers 18h et j’étais toujours couchée dans la chambre. Il est venu me faire un bisou sur la bouche et aussi sur mon ventre.
Lui : Ça va mieux?
Moi : Hum..
Lui : Tu as pu te reposer un peu?
Moi : Oui j’ai pu dormir.
Lui : J’espère que tu n’as pas encore vomi?
Moi : Non.. après ton départ Mariam m’a apporté le gingembre, quand j’ai bu ça je me suis sentis mieux.
Lui : Ok… je vais prendre une douche… j’arrive tout de suite.
Moi : Ok.
Il a enlevé sa chemise et j’étais couchée entrain de le regarder. Je me suis remémorée les paroles de Mariam, elle me trouve trop dure avec lui. Je sais qu’elle a raison mais c’est plus fort que moi.
Ce qui me met en colère c’est le fait que je sois la seule à subir toute la douleur alors que c’est aussi son enfant.
Après sa douche, il est revenu dans la chambre.
Lui : Tu peux te lever pour qu’on prie?
Moi : Hum..
Il m’a aidé à me lever et je suis partie faire mes ablutions. Pour la prière je suis restée assise par ce que je ne pouvais pas rester debout trop longtemps à cause de la vertige.
Quand on a finit, il a pris ma tête et l’a posé sur son torse et il n’arrêtait pas de me dire que ça va aller. J’ai commencé à me sentir coupable par rapport à mon comportement avec lui mais je n’avais pas envie de m’excuser.
Moi : Je veux faire mon projet… j’en ai marre de rester ici à la maison comme une moins que rien. J’en ai marre de vivre à tes crochets.
Lui : Mais comment veux-tu commencer maintenant alors que tu ne vas pas bien du tout?
Moi : Pourquoi j’ai l’impression que tu veux que je continues de vivre à tes crochets? Tu préfères que je ne fasse rien de mes dix doigts ?
Lui : À quel moment je t’ai dit ça? S’il y’a bien une chose que je n’aime pas chez toi c’est le fait que tu interprètes toujours mal les choses que je te dit. À aucun moment je n’ai dit que j’aime le fait que tu ne fasses rien de tes dix doigts. Tu me connais parfaitement et tu sais que je ne suis pas le genre d’homme qui empêche sa femme de travailler. Quand on s’est connu tu travaillais déjà alors pourquoi je t’empêcherai de le faire maintenant qu’on est marié ? Je sais qu’il y’a beaucoup d’hommes ici au Mali qui empêche leur femme de travailler, j’en connais pleins mais je ne suis pas du tout comme eux.
Moi : Ah ce n’est pas toi qui m’a dit que tu ne voulais plus que je fasse le travail que je faisais?
Lui : Il me semble qu’on a déjà discuté sur ça non? Qu’est-ce que je t’avais dit? Le travail que tu faisais n’était plus du tout convenable et tu le sais très bien.
Moi : Pardon? Tu viens de dire convenable ?
Lui : Tu sais très bien ce que je veux dire. Moussou arrête s’il te plaît, on ne va pas encore remettre ce sujet sur la table.
Moi : On va le remettre sur la table parce que tu es entrain de faire comme si de rien n’était alors que c’est toi qui m’en as empêché. Si aujourd’hui je suis là dans cette maison à jouer à la bonne à rien c’est parce que tu n’as pas voulu que je…
Il m’a directement interrompu.
Lui : Je ne pouvais pas accepter que tu continues de vendre dans une boutique ou que tu fasses le ménage je ne sais où. Alors s’il te plaît ne m’énerve pas avec cette histoire. Ça c’était hors de question. Même on dit parfois qu’il ne faut pas se référer sur les histoires de niveau et tout. Il n’empêche que c’est un fait qui est là et qui existe. Je vais te répéter exactement ce que je t’ai dit la dernière fois qu’on a abordé ce sujet. Je t’ai demandé pour qui je passerai si les gens de mon entourage voient que je laisse ma femme être vendeuse dans une boutique alors que j’ai parfaitement les moyens de lui offrir d’autres opportunités. Moussou ce que tu voulais faire est tout simplement impossible. Tu es ma femme et je n’accepterai pas que tu fasses certains boulots. Ah ça non, je ne dénigre pas ton ancien travail mais c’est mort que tu le refasses. Je t’ai dit que je t’aiderai à faire tout ce que tu veux. Alors je ne vois pas pourquoi tu m’accuses de t’empêcher de travailler. Là j’ai juste dit que tu ne vas pas bien et que je ne pense pas que ce soit une bonne idée pour entamer le projet. Attends au moins la fin de ton premier trimestre de grossesse. Quand tes malaises prendront fin, tu pourras faire tout ce que tu veux. Mais là je ne veux pas que tu m’accuses de t’empêcher de travailler parce que ce n’est pas du tout le cas. Même si tu veux commencer demain je te soutiendrai mais je sais que ce ne sera pas possible parce que tu n’es même pas capable de te tenir sur tes deux jambes. Tu as des cernes sous les yeux, tu ne vas pas bien et ça se voit direct. Entamer un projet dans ce genres de conditions n’est vraiment pas une bonne idée et tu le sais très bien.
Je n’ai rien dit, ça m’énervait qu’il ai raison. J’ai la forte volonté de recommencer ma vie active mais malheureusement ma condition actuelle ne me le permet pas et ça me met encore plus en colère.
Lui : Soit patiente s’il te plaît.
Moi : Arrête de me demander d’être patiente, cette phrase commence sérieusement à m’énerver.
Lui : Ok, c’est bon j’arrête.
Tu veux qu’on aille dans le jardin? On va se poser là-bas, il fait frais ce soir alors tu pourras prendre l’air. Ça va te faire du bien.
Moi : Je n’ai pas envie de sortir.
Lui : S’il te plaît fait juste un peu d’effort, on va juste s’asseoir et profiter de l’air frais de la nuit, je suis sûr que ça va te faire du bien. Si tu restes constamment enfermée à l’intérieur de la maison tu risques de tomber en dépression. Il faut sortir pour prendre l’air, même si cela ne guérira pas ton mal être, ça va t’aider à aller mieux. Alors s’il te plaît accepte qu’on sorte.
Il a finalement réussit à me convaincre. Il m’a aidé à me lever et nous sommes descendu. Mariam était couchée au salon entrain de regarder la télé.
Lui : Mariam, nous allons nous asseoir dans le jardin, tu veux venir avec nous?
Elle : Ah non allez-y, je vais rester ici.
Dit-elle en souriant faiblement
Lui : Tu es sûre ? Ne me dit pas que tu es stressée à propos des résultats ?
Elle : Ils ont dit que ça va sortir à quelle heure?
Lui : Ça je ne le sais pas mais franchement il faut que tu arrêtes de stresser, je suis sûre que tu l’auras. Ne t’inquiètes pas.
Elle a tout simplement hoché la tête.
Moi : Ça va aller, tu l’auras à coup sûr, je ne m’inquiète même pas pour ça.
En vrai je n’étais pas du tout inquiète, je suis persuadée qu’elle l’aura. C’est impossible qu’elle échoue.
Elle : Merci de me rassurer.
Après cela nous sommes sortis et nous nous sommes assis à l’arrière cours. Il y’avait beaucoup de vent, j’avoue que je respirais mieux. A l’intérieur de la maison, j’avais l’impression d’étouffer.
J’ai finit par poser ma tête sur son épaule, il a enfuit sa main dans mes cheveux.
Lui : Tu vois? Cette fraîcheur va te faire du bien. Ça ne sert à rien de rester enfermée dans la maison à longueur de journée. Même si tu ne vas pas dehors, ici au moins tu peux venir t’asseoir pour mieux respirer.
Moi : Hum..
Lui : Plus que quelques mois et tu verras que tout ce mal être sera derrière toi. Encore une fois tu vas dire que je ne suis pas à ta place alors je ne comprendrai pas ton mal mais crois-moi j’essaye vraiment d’imaginer ce que tu ressens. Ce n’est pas pour tourner le sujet vers moi mais je tiens juste à te rappeler que j’ai été malade durant toute ma vie. Je sais ce que ça fait d’être malade et de se dire que les gens n’ont pas conscience de ta douleur. Même si nos deux maux sont différents sache que je connais également la souffrance. J’ai grandi avec ça et je continue de vivre dans ça. Quand je fais mes crises, je me dis juste que ça finira par passer. Et ça finit toujours par passer. Sache que toute chose a une fin, aucun mal n’est éternel. Oui aujourd’hui tu ne vas pas bien, demain aussi ça sera sûrement le cas mais essaye d’imaginer après-demain, dis-toi que tu iras mieux et essaye de faire le vide dans ta tête.
Je sais que ce sont tes hormones qui te rendent de mauvaise humeur et ça je l’accepte parfaitement.
Même si tu passes toutes tes journées à me repousser, je l’accepte, je sais que ce n’est pas volontaire. Je vois la manière dont tu me regardes et ça se voit que tu n’aimes plus le fait que je t’approche ou que je te touche, j’accepte tout cela. Je sais que c’est la grossesse mais ça va finir par s’arrêter.
Je n’ai rien dit. Il a finit par me faire un bisou sur la tête. Nous sommes restés là assis entrain de profiter de la fraîcheur du vent.
Après un moment j’ai dit:
Moi : Et Safiatou?
Il a soupiré.
Lui : LaLys.. je préfère ne pas parler de ce sujet avec toi. Je croyais qu’on avait décidé de ne plus du tout aborder cela ?
Moi : Oui mais on ne peut pas faire comme si elle n’existait plus du tout. Je veux au moins savoir comment elle va.
Lui : Elle va bien.
Moi : Bien bien? L’autre jour j’ai entendu ta conversation avec Ahmed et ce n’est pas ce que tu lui racontais. Qu’est-ce qu’elle a? Elle ne s’est pas remises ?
Il a fait non de la tête.
Lui : Elle a l’air d’être complètement à l’Ouest. Depuis qu’elle s’est réveillée, elle ne parle pas et elle regarde dans le vide. Ses sœurs sont complètement désemparées, les médecins ont dit que plusieurs jours dans le coma peut provoquer cela. Ils ont conseillé de lui laisser le temps de se remettre et de suivre le traitement qu’ils ont donné. Donc pour l’instant c’est ce qu’ils font.
Moi : Et elle ne reconnaît personne ?
Lui : Je suppose qu’elle ne reconnaît personne parce qu’elle regarde juste dans le vide. On dirait qu’elle n’a même pas conscience de l’endroit où elle est. C’est un truc de fou, la vie peut basculer en juste quelques secondes. Qui aurait pu dire à Safiatou qu’elle allait se retrouver dans une telle situation ? Quand j’y pense ça me fait de la peine. Elle a quand même été ma femme, nous avons fait un bout de chemin ensemble, il y’a des bons moments. Je ne lui aurais jamais souhaité une telle chose. Malgré nos discordes, j’aurais préféré que sa vie se passe autrement mais là, elle n’est plus que l’ombre d’elle même. Tout ça au cause de la femme qui l’a mis au monde. C’est quand même incroyable comme situation.
Moi : En parlant de sa mère, comment ça se passe?
Lui : Elle est toujours enfermée, ils n’ont pas encore fixé la date du jugement. Son avocat a fait une demande de libération conditionnelle car apparemment elle est malade, mais le juge a refusé. Donc là elle est toujours enfermé.
Moi : Hum quelle tristesse… quand je pense que c’est moi qui aurait dû être à la place de Safiatou.
Qu’est-ce que tu aurais fait si c’était moi qui me retrouvais dans cette situation? Genre si je perds complètement le nord et que je ne sache même pas où je suis.
Lui : C’est quoi cette question bizarre?
Moi : Ma question a quoi de bizarre? Tu as conscience que ça aurait pu arriver, imagine si j’avais vraiment bu ce jus?
Lui : Alhamdoulilah tu ne l’as pas bu alors je ne vois pas pourquoi tu me poses cette question. Arrête de dire des choses pareilles. Une telle chose ne t’arrivera jamais alors n’y pense même pas. Et de toutes les façons, moi je ne te lâcherai jamais. Quoi qu’il se passe.. nous resterons ensemble jusqu’à la fin.
Moi : Même si tu apprends que j’ai fait une chose très grave?
Lui : Quelle chose très grave?
Moi : Genre tuer quelqu’un.
Il a rigolé.
Lui : Tu es complètement folle. Tu n’auras jamais le cran de tuer quelqu’un, ton cœur est beaucoup trop pur pour interrompre la vie de qui que ce soit. Ça tu ne le ferais jamais au grand jamais alors cette question n’as pas du tout lieux d’être.
Moi : Oui mais imagine si je fais une chose très très grave. Là tu dis que tu ne me lâcheras jamais mais au moment d’épouser Safiatou tu te disais la même chose aussi non?
Lui : Au moment d’épouser Safiatou bien sûr que je ne pensais pas au divorce mais je ne pensais pas non plus qu’elle pouvait avoir certains comportements. Elle a fait beaucoup de chose que je ne mentionnerai pas ici mais c’est à cause de tout ça que j’en ai eu marre.
Moi : Et avec moi tu es sûre que ce ne sera pas le cas?
Lui : Mais qu’est-ce qui t’arrive? Pourquoi tu veux qu’on parle de séparation ? Tu penses vraiment que tu feras un jour quelque chose qui me poussera à te demander le divorce ? Je suis persuadée d’une chose, c’est que je t’aime et que je ferai tout mon possible pour maintenir notre mariage. Peu importe les problèmes, je sais qu’on arrivera à les surmonter.
Moi : Je vois…. Donc tu me fais aveuglément confiance maintenant ?
Lui : Oui.
Moi : Alors pourquoi tu as douté de moi avec cette histoire d’empoisonnement ?
Il a soupiré.
Lui : Tu veux vraiment reparler de ce sujet? Ça fait près d’un mois que ça s’est passé, je me suis excusée mille fois, mais tu ne veux toujours pas arrêter?
Moi : Parce que à chaque fois que j’y pense, je ne trouve pas d’explication. Là tu viens de me dire que tu me fais aveuglément confiance mais ceci est en parfaite contradiction avec ton agissement de la dernière fois.
Lui : Qu’est-ce que tu veux que je te dise d’autre ? À part que je suis désolé. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris mais je te jure que là je ne me permettrai plus de douter de toi. C’est la jalousie qui m’a poussé à agir ainsi. D’ailleurs j’y pense… je n’ai jamais su qui y’a appelé ce jour là.
Moi : Et tu ne le sauras jamais, ça t’apprendra à douter de moi. Toi tu oses douter de moi juste parce que j’ai reçu l’appel d’un homme?
Lui : Tu parles de moi mais est-ce que ça te plairait que je reçoive l’appel d’une femme le soir à 20h alors que je suis entrain de me préparer pour sortir sans n’avoir même pas pris la peine de te dire où est-ce que j’allais? Essaye juste de te mettre à ma place pendant quelques secondes et tu réaliseras vraiment la situation. Nous sommes mariés et il y’a certaines choses qui ne sont pas convenables. Même si on ne se parle pas, aucun de nous deux n’a le droit de sortir comme ça sans rien dire. Ça ne se fait pas Lys et tu le sais très bien.
On a continué de polémiquer sur ça jusqu’au moment où j’ai commencé à avoir faim. Je voulais encore manger des pastèques alors nous sommes partis dans la cuisine et il a coupé mes pastèques en tranches. Il me l’a donné et en a profité pour manger son dîner.
Ce soir je n’ai pas abusé des pastèques, j’ai été consciencieuse.
On est parti au salon et Mariam n’y était pas, elle est sûrement parti se coucher.
Après un moment on a également décidé de monter nous coucher. Ce soir j’ai pu mieux dormir, même si dans la nuit j’avais des bouffées de chaleur. De toutes les façons cela est devenu mon quotidien.
Le lendemain
Il m’a réveillé à l’heure de la prière, Dieu seul sait que je n’avais pas la force de me lever mais je l’ai quand même fait. Je suis partie faire mes ablutions et je me suis assise pour prier.
Quand on a finit, il est descendu pour me préparer quelque chose à manger et il est remonté avec. J’ai essayé de me forcer à manger même si c’était compliqué.
Lui : Il faut vraiment que tu manges.
Moi : J’en ai envie mais c’est juste que ça ne passe pas.
Lui : Essaye de te forcer s’il te plaît. Le bébé se nourrit à travers toi, si tu ne manges rien ça risque d’être compliqué pour lui aussi.
Moi : Toujours le bébé, c’est juste ça qui te préoccupe
Lui : Arrête s’il te plaît… tu sais que ta situation aussi me préoccupe.
Moi : Oui c’est ça…
Quand nous avons finit de manger, il est parti prendre sa douche et je me suis allongée mais je commençais à avoir des remontées acides. Je me suis mise en positon assise et j’ai fermé les yeux. Je me suis concentrée sur ma respiration et j’ai essayé de souffler un peu. Je ne sais pas par quel miracle mais ça a marché et cela a stoppé les remontées.
Après sa douche il est revenu dans la chambre et il n’arrêtait pas de me sourire. Il est venu me faire un bisou sur le ventre. Ensuite il s’est assis et s’est mis à regarder mon ventre.
Lui : C’est toujours un peu plat, j’ai hâte que ça sorte.
Moi : Hum..
Mon ventre n’est pas encore sorti, bien sûr, je suis juste à deux mois donc c’est tout à fait normal.
Lui : Si c’est une fille, je sais déjà comment est-ce qu’on va l’appeler.
Moi : Comme ta mère?
Lui : Non…
Moi : Non? Tu veux l’appeler comment?
Lui : Je ne te parle pas souvent d’elle mais j’étais très proche de ma grand-mère avant sa mort. J’avais toujours hâte de venir en vacances pour la voir. Je passais le plus clair de mon temps avec elle et mon grand-père. Avant sa mort, je lui avais dit que si j’avais un jour la chance d’avoir une fille alors je l’appellerai comme elle.
On avait déjà parlé de sa grand-mère et il m’a même montré des photos d’eux.
Moi : C’est elle l’homonyme de Penda non?
Lui : Oui elle s’appelait Penda mais tout le monde l’appelait Nènè alors si on lui donne le prénom de notre fille, on l’appellera Nènè aussi.
Moi : Nènè, j’aime beaucoup.
Lui : Ça sera Penda Nènè Sow. Sur l’acte de naissance de ma sœur Penda il n’y a pas Nènè mais je veux qu’on l’ajoute sur celui de notre fille.
Moi : Oui c’est un beau prénom.
Et si c’est un garçon?
Il est resté silencieux pendant un moment ensuite il a dit.
Lui : Sûrement mon frère Ahmed.
Moi : Et pourquoi pas ton père? J’apprécie beaucoup le fait que tu veuilles donner le prénom de Ahmed à notre enfant. Je sais que tu lui voues un grand respect mais tu ne penses pas que ton père mérite de porter le prénom de notre enfant ?
Il est resté silencieux.
Moi : Je ne suis pas entrain de dire que Ahmed ne mérite pas cet honneur, bien sûr qu’il le mérite mais pense aussi à ton père. Ça sera sûrement un moyen pour toi de te réconcilier avec lui. Il sera heureux si tu lui fais cet honneur. Pour l’instant on ne sait pas de quoi est fait demain, peut-être qu’on aura d’autres enfants et là tu auras sûrement la possibilité de donner le prénom de l’un d’entres eux à Ahmed. Mais pour un premier garçon je pense que ce serait bien de choisir ton père.
Lui : Je veux que ce soit une fille, comme ça je n’aurai pas à me casser la tête avec ça..
Dit-il en souriant faiblement
Moi : En tout cas je te conseille d’y penser. Je pense qu’il est temps que tu te réconcilies avec ton père. Il serait content s’il tu fais cela.
Lui : Prions juste pour que cet enfant vienne au monde en bonne santé. Le reste ce sont des choses qui viendront après…
Moi : Inshallah il viendra au monde en bonne santé, en espérant qu’il ne va pas me tuer avant vu comment ça commence.
Dis-je en riant
Lui : Arrête de dire une telle chose.
Moi : Imagine si je meurs ? Tu vas épouser une autre femme?
Lui : Putain Moussou arrête de dire une telle chose s’il te plaît. Ne gâche pas ma journée avec des pensées aussi négatives. Il ne va rien t’arriver.
Moi : On ne sait pas de quoi demain est fait.
Lui : Bref.. arrête de parler comme ça . Il ne va rien t’arriver encore moins au bébé. Vous serez tous les deux en bonne santé au moment de l’accouchement et tout se passera bien inshallah.
Il m’a encore fait un bisou sur le ventre.
Lui : J’ai hâte que tu sois à ton quatrième mois.
Moi : Pourquoi ?
Lui : Parce que c’est à ce moment que le bébé va commencer à bouger…. Ensuite au sixième mois il commencera à entendre et là on pourra bien discuter. Je vais lui raconter toutes mes journées. On commencera à planifier les choses ensemble et on se mettra d’accord sur le jour où il ou elle va naître.
Moi : Comme si c’était toi qui décidait, i siki dai ko planifier.
Lui : Je vais commencer à créer le lien dès cet instant, quand il ou elle naîtra, ma voix ne lui sera pas du tout étrangère. Je serai le meilleur pote.
J’ai tellement hâte de jouer mon rôle de père…. C’est comme si je voyais déjà la lumière au bout du tunnel.
Plus que 6 mois et notre vie changera à jamais… j’ai hâte.. vraiment hâte.
Moi : Plus que 6 mois….
Tu penses que je serai une bonne mère?
Lui : Je n’ai aucun doute la dessus… on va apprendre ensemble. Nous sommes tous les deux des nocives alors on avanceront ensemble. Au début ça risque d’être compliqué mais je suis sûr qu’on va y arriver. Tu n’as pas du tout à t’inquiéter sur ça. Nous serons de bons parents. Ne doutes pas une seule seconde sur ça.
D’accord ?
Moi : Hum..
Lui : On fera sûrement beaucoup d’erreurs, aucun parent n’est parfait mais ce qui fait la différence entre eux c’est la manière dont ils expriment leur amour à leur enfant. On va tout faire pour que cet enfant se sente aimer et surtout en sécurité. C’est cela le plus important. Les gens ont tendance à minimiser cela ici en Afrique mais c’est l’une des choses plus importantes au monde. Les gens pensent que si tu montres trop d’amour à ton enfant qu’il risque de devenir un raté, ils disent qu’il faut les élever à la dur. Moi je suis d’accord avec le fait qu’il faut s’imposer face à ses enfants mais à certains moments il faut savoir leur donner de l’amour aussi. Chaque être humain a besoin de se sentir aimé et important. C’est ce que je vais faire avec notre enfant…
Moi : J’espère juste qu’on sera de bons parents..
Lui : Ne t’inquiètes pas pour ça.
Bon.. malheureusement il est temps pour moi d’y aller.
Il a posé la tête sur mon ventre.
Lui : Papa t’aime beaucoup, même si tu n’es pas encore capable de l’entendre, il décide quand même de te parler…. Il t’attend avec impatience… il a hâte de te rencontrer dans 6 mois…. Essaye de laisser maman manger un peu… elle est d’une humeur massacrante, elle dit qu’elle a fait mais que tu l’empêche d’avaler quoi que ce soit. Ce n’est pas gentil de ta part alors s’il te plaît, rend lui la tâche un peu facile.
Bon, papa va au travail, il reviendra à l’heure de la pause pour voir comment va maman. Elle risque de me crier dessus encore mais bon j’accepte.
Dit-il en souriant
Non mais c’est un vrai gamin.
Moi : Tu es sérieux là? Tu oses lui dire que je suis aigrie?
Lui : À quel moment j’ai dit que tu étais aigrie? J’ai juste dit que tu es d’une humeur massacrante.
Moi : C’est du pareil au même. Je t’interdit de dire à mon bébé que je suis aigrie.
Lui : Notre bébé et n’oublie pas qu’il n’entend pas encore.
Dit-il en riant
Après ça il s’est levé et s’est habillé, on s’est dit au revoir et j’ai fait un peu d’effort, je suis descendue avec lui et Mariam était assise entrain de pleurer. Je me suis directement inquiétée.
Moi : Qu’est qui t’arrive?
Elle : Je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit.
Moi : Tu vois? C’est à cause de toi, tu n’aurais pas dû lui dire qu’il y’aura les résultats aujourd’hui.
Il était mort de rire.
Lui : Mariam c’est fou, tu ressembles exactement à ta sœur quand tu pleures. Vous avez la même tête.
Moi : Arrête de te moquer d’elle.
Lui : Ne t’inquiètes pas tu vas avoir ton bac, je ne sais même pas pourquoi tu pleures.
Moi : Arrête de pleurer s’il te plaît, plus que quelques heures et tu seras tranquille.
Lui : Quand ça sera disponible, je l’aurai normalement et je regarderai pour toi. J’ai déjà ton numéro et tout le bazar donc t’inquiète. Je serai l’annonciateur de bonne nouvelle aujourd’hui.
Dit-il en souriant
Après ça on s’est dit au revoir et je suis restée là avec Mariam entrain de la rassurer. J’ai appelé ma mère et on a toutes les trois parlés. Je lui ai demandé si Rokia pouvait venir ce week-ends, j’avais envie de passer du temps avec elle.
À l’heure de sa pause, il m’a appelé pour me dire qu’il ne pouvait plus venir car il avait un truc important à faire. Donc on a parlé pendant un moment et ensuite il a raccroché.
Vers 14h, j’étais toujours avec Mariam quand il m’a rappelé, là j’ai compris que c’était pour me parler des résultats du bac. Mariam a directement sursauté et elle a encore commencé à pleurer.
J’ai vraiment prié avant de décrocher.
(Dites-vous que j’étais moi-même stressée en écrivant ce passage, mdr. Les résultats du bac sont traumatisants.😂😂).
Moi : Allô?
Lui : Il y’a les résultats… je viens de regarder… je suis vraiment désolé…..
Je ne l’ai même pas laissé terminer sa phrase, j’ai mis ma main sur ma bouche.
Moi : Je… non… ne… dit pas ça..
Quand j’ai dit ça Mariam a commencé à tourner en rond et elle pleurait à chaude larme.
Lui : Met le sur haut-parleur je vais parler avec Mariam.
J’étais en panique totale, je tremblais de la tête aux pieds.
Lui : Moussou? Tu es là?
J’ai finalement réussit à le mettre sur haut-parleur.
Lui : Mariam je suis vraiment désolée de t’annoncer que tu vas quitter ta famille dans 1 mois pour aller faire tes études en France à l’université Paris Saclay. Tu viens d’avoir ton bac avec la mention bien.
Dit-il en riant
Quand il a dit ça, on a pris quelques secondes avant de vraiment réaliser l’information. Et là Mariam s’est mise à crier. Elle était comme une folle, elle est venue me serrer très fort dans ses bras. Je vous jure que du le coup, j’ai même oublié mes vertiges et mes nausées. On était comme deux folles, on a tellement crié. On ne tenait plus du tout sur place.
Et là j’ai vraiment pleuré de joie, j’étais tellement tellement heureuse pour elle. Je n’ai jamais douté de ma sœur, même pas une seule seconde. Je savais qu’elle allait réussir, j’en étais sûre et certaine.
Elle : MOUSSOU JE L’AI EU!
Moi : Oui tu l’as eu ! Je savais que tu allais l’avoir, je n’ai jamais douté de toi.
Sarata a sûrement entendu nos cris, elle est venu et s’est mis à sourire. Mariam est allée la serrer dans ses bras. Elle s’entend très bien avec Sarata. Elle était trop trop contente. Mes larmes n’arrêtaient pas de couler.
J’ai repris le téléphone et Hamsiré était mort de rire.
Moi : Tu es sérieux là ? Tu as faillit me donner une crise cardiaque. Je te jure que j’étais à deux doigts de m’évanouir.
Lui : Il fallait que je fasse durer le suspens.
Dit-il en riant
Moi : Espèce de gamin. Non mais tu es un vrai gamin.
Dis-je en riant
Lui : Là tout est bon, il faut juste faire sa demande visa et elle partira. Je suis vraiment content pour elle. Elle a quand même eu la mention bien, franchement chapeau à elle. C’est tout simplement merveilleux. Elle mérite beaucoup de cadeaux.
Moi : Merci beaucoup beaucoup.
Attend je vais te rappeler, il faut que j’annonce la nouvelle à Dindi.
Lui : Ok, à plus tard et encore félicitations à Mariam, dit lui d’arrêter de crier dans ma maison. Tu es autant sauvage que ta sœur.
Dit-il en riant
Moi : Laisse là, elle a son bac avec la mention bien alors elle a le droit de crier.
Lui : J’avoue qu’elle a le droit.
Dit-il en riant
Après cela on a raccroché et j’ai appelé Dindi. Elle était tellement contente, elle aussi s’est mise à pleurer. Mariam ne tenait même pas sur place, c’était vraiment un moment de pur bonheur.
En quelques heures la nouvelle est partie comme une traînée de poudre. Ma mère a dit qu’à la maison ils n’ont même pas fait attention à la nouvelle. Mon père leur a dit que Mariam a réussit au bac mais apparemment ils se sont juste contenté de dire félicitations sans grand intérêt. Mais bon, on s’y attendait hein, de toutes les façons qu’ils soient contents ou pas, Mariam a réussit et haut la main.
Je parlais avec Dindi quand la mère de Hamsiré a appelé donc j’ai raccroché avec Dindi et je l’ai rappelé.
Elle : Ah Moussou, je viens tout juste de parler avec Amadi et il m’a dit que ma préféré a eu son bac avec la mention bien. Mashallah, en plus d’être belle, elle est intelligente. Je suis vraiment contente, toutes mes félicitations à elle.
Moi : Merci beaucoup maman, c’est vraiment gentille.
Elle : Passe lui le téléphone, je vais lui parler.
Moi : D’accord.
J’ai passé le téléphone à Mariam et elles ont commencé à parler. Après un moment elle me l’a rendu.
Maman : Ah il faut qu’on organise une invitation, le week-ends venez manger à la maison.
Moi : D’accord maman.
Elle : Je lui disais que maintenant qu’elle va partir en France, il ne faut pas qu’elle oublie qu’elle est fiancée ici hein.
Dit-elle en riant
J’ai rigolé aussi.
Moi : Ah j’espère qu’elle ne va pas l’oublier.
Elle : En tout cas je suis vraiment contente pour elle. Votre maman doit être énormément fière à l’heure actuelle.
Moi : Eh elle l’est vraiment.
Quelques jours plus tard
Aujourd’hui on doit recevoir la visite de l’ami de Hamsiré qui est censé accueillir Mariam chez lui en attendant qu’elle ne s’installe. Il vit en France avec sa femme et ils sont venus pour les vacances. Il l’a donc invité chez nous.
Hamsiré est sorti avec Mariam pour aller régler ses affaires de visa et tout. Finalement je n’irai pas avec elle, vu mon état je ne peux pas du tout voyager donc on verra
J’étais assise quand il m’a appelé, j’ai donc décroché.
Moi : Allô?
Lui : Allô, ça va?
Moi : Oui ça va, vous n’avez toujours pas finit?
Lui : Non pas pour l’instant, je voulais te dire que mon ami Boubacar est en route avec sa femme. Ils connaît déjà l’adresse. Il m’a dit qu’ils y seront dans 30 minutes à peu près.
Moi : Ok, et avec Mariam vous finirez à quelle heure?
Lui : Dans une heure max.
Moi : Ok.
Lui : T’inquiètes Boubacar est très sympa et sa femme aussi, donc vous discuterez bien avant mon arrivé.
Moi : D’accord.
Lui : À plus tard.
Je t’aime.
Moi : Moi aussi je t’aime.
Après cela, il a raccroché.
Je suis restée assise jusqu’au moment où ça a tapé à la porte du salon. Sarata est allée ouvrir et là le fameux Boubacar est entré dans le salon avec sa femme.
Je suis tombée des nues…. Sa femme…
À suivre
Alors c’est qui ce fameux Boubacar ? Et c’est qui sa femme?
Qu’est-ce qu’on va découvrir au prochain chapitre?
J’attends vos théories avec impatience 😃.
Bonne soirée 🖤