Je(U)

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Summary

Un homme se réveille dans une pièce sans murs, face à six versions de lui-même. Les règles s’affichent dans l’air. Le jeu commence. Mais à chaque tour, la réalité se déforme, la mémoire s’efface, et l’identité se fragmente. Jusqu’où peut-on se perdre sans disparaître ? Et si le véritable piège n’était pas le jeu… mais le joueur ?

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Other
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Regnarte
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Complete
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1
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n/a
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13+

Chapitre 1 – L’Appel du Jeu

Je me réveille.

Pas lentement. Pas brutalement. Juste… comme si j’avais été là depuis toujours, et que je venais à peine de m’en rendre compte.

L’air est étrange. Il n’a pas d’odeur, et c’est justement ça qui me dérange. C’est une absence si complète qu’elle en devient palpable. Comme si l’air lui-même avait été vidé de toute mémoire.

La pièce est vide. Parfaite. Silencieuse.

Pas de murs. Pas de portes. Un plafond trop haut pour être vrai, et un sol si lisse qu’il semble flotter sous mes pieds. Un espace suspendu hors du réel.

Ils sont là.

Assis autour d’une table circulaire, immobiles. Six hommes.

Je les regarde.

Non. Je me regarde.

Ils ont mon visage. Six duplications exactes de moi. Pas des miroirs. Pas des reflets. Des présences.

Je tente de parler, de questionner. Rien. Ma gorge est un désert. Pas un son ne s’échappe.

Et puis, dans l’air… quelque chose s’écrit.

Pas projeté. Pas affiché. Juste là, suspendu, comme gravé dans mes os.

LE JEU COMMENCE.

Je l’entends sans entendre. Une pensée imprimée sans bruit.

Personne ne bouge. Les six moi me fixent, patients, comme s’ils savaient quelque chose que j’ignore.

Je fais un pas. Le sol ne réagit pas. Le monde entier semble figé dans une attente sourde.

Une deuxième phrase s’inscrit, lente, brûlante :

RÈGLE N°1 : CHAQUE TOUR A SES PROPRES RÈGLES.

Un claquement sec résonne. Nulle part. Partout.

L’un des hommes se lève. Celui juste en face de moi.

Son sourire est léger. Mais il suffit.

Je sens que ce sourire est un piège.


Chapitre 2 – La Première Perte

Il se lève lentement, avec cette fluidité étrange des choses trop sûres d’elles.

Il me regarde. Non, il me pénètre du regard.

Comme s’il feuilletait une mémoire qui ne m’appartient plus.

Je sens mon cœur battre, mais ce n’est pas un battement de peur.

C’est un battement d’alerte. Comme si mon corps avait compris avant moi.

Des lettres vibrent à nouveau dans l’air.

Elles ne brillent pas.

Elles découpent le vide.

RÈGLE N°2 : LE PREMIER QUI PARLE PERD.

Je reste figé.

Pas à cause de la peur.

À cause du doute.

Perdre ?

Qu’est-ce que ça veut dire ici ?

Perdre quoi ?

Ma place ? Ma voix ? Mon existence ?

Je regarde les autres.

Ils sont tous moi, mais quelque chose en eux vacille.

Un de mes reflets, à gauche, baisse les yeux.

Ses mains tremblent contre la table.

Il lutte. Je le vois.

Il ne veut pas perdre.

Et puis il cède.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

Sa voix est la mienne. Mais teintée de trop d’humanité.

Un silence plus lourd que le néant s’abat.

Il disparaît.

Pas une explosion.

Pas une lumière.

Juste… une disparition. Nette. Totale.

Il n’est plus là.

Et pire encore : il n’a jamais été là.

Je cherche dans ma tête. Son image glisse, son souvenir s’efface.

Même son absence devient abstraite.

Je me tourne vers les autres.

Ils ne bronchent pas.

Le vide dans ma poitrine s’élargit.

Je veux crier. Hurler. Agiter ce silence.

Mais je sais.

Je sais que les mots sont des pièges.

Je me tais.

Et alors…

De nouvelles lettres naissent dans l’air.

RÈGLE N°3 : ON NE PARLE PAS DES PERDANTS.

Elles flottent. Puis s’effacent. Comme lui.

Celui qui avait parlé s’est assis. Le premier. Celui qui avait souri.

Son calme est intact.

Comme s’il n’attendait que ça.

Je reste debout.

Trop tremblant pour être une statue.

Trop vivant pour être encore un joueur.

C’est un jeu.

Un jeu sans issue.

Un jeu où l’on ne sait pas ce qu’on perd…

jusqu’à ce qu’il soit trop tard.





Chapitre 3 – Qui ment ?

Le silence est devenu vivant.

Il respire avec lenteur. Il s’infiltre dans mes pores, dans ma poitrine, dans mes pensées.

Il s’installe, gluant, insidieux.

Nous ne sommes plus que six.

Et pourtant… je ressens un manque.

Quelque chose cloche. Un vide impossible à nommer.

Je cherche dans ma mémoire.

Un souvenir. Un détail.

Quelqu’un… qui n’est plus là.

Mais c’est comme essayer d’attraper de la fumée avec des doigts en sang.

Puis viennent les lettres.

RÈGLE N°4 : L’UN D’ENTRE VOUS MENT. TROUVEZ-LE.

Un poids glacial tombe dans mon ventre.

C’est différent cette fois.

Ce n’est plus une règle passive. Ce n’est plus un piège d’inertie.

C’est un ordre.

Une chasse.

Je les observe.

Mes reflets.

Certains semblent plus âgés.

L’un a une cicatrice fine sur la tempe. Un autre semble usé, éteint derrière les yeux.

L’un ment.

Mais lequel ?

Et surtout : mentir à propos de quoi ?

Je sens les regards se croiser.

Le silence n’est plus immobile. Il s’est tendu.

Le joueur en face de moi — toujours le même — incline la tête.

Puis il parle. Sa voix est basse, mais elle fend l’espace comme un rasoir.

— C’est toi.

Je cligne des yeux.

Il continue :

— Tu es le menteur. Tu n’étais pas là au début.

Mon souffle s’arrête.

Pas là… au début ?

Je fouille ma tête. Ma mémoire se tend, lutte, glisse.

Je me souviens de m’être réveillé.

Mais avant ?

Le noir.

Le vide.

Et si…

Et si je n’étais pas censé être là ?

Si je suis l’intrus ?

Les lettres reviennent.

RÈGLE N°5 : SI LE MENTEUR NE PARLE PAS, IL GAGNE.

Un piège.

Si je me défends, je perds.

Si je me tais, je gagne.

Mais gagner quoi ?

Le regard des autres me brûle.

Ils attendent. Une protestation. Une erreur.

Je reste muet.

Et dans ce silence, une pensée suinte dans ma tête :

Et si c’était vrai ?





Chapitre 4 – Parle sans un mot

Je reste silencieux.

Mais ce silence n’est plus une défense.

C’est devenu une arme.

Un doute retourné contre moi.

Je sens leurs yeux — mes yeux — me scanner, me peser, me trancher.

Ils attendent que je tombe dans le piège.

Que je dise un mot.

Un seul.

Mais les règles ont changé.

Elles surgissent, cette fois, plus lentes… presque douloureuses.

RÈGLE N°6 : PARLE SANS UN MOT.

Je frémis.

Parler. Sans parler.

Dire quelque chose… sans aucun son.

Je regarde autour de moi.

Le joueur avec la cicatrice ferme les yeux.

Il tend la main.

Vers moi.

Ses doigts ne me touchent pas.

Mais je sens quelque chose.

Un écho. Un murmure. Une pensée étrangère qui effleure la mienne.

C’est comme un toucher invisible.

Un langage sans alphabet.

Un frisson sans température.

Il essaie de me dire quelque chose.

Pas un mot. Pas une phrase. Une intention.

Je tends ma main à mon tour.

Je ne comprends pas. Pas encore.

Mais je ressens.

Un contact dans l’absence.

Un dialogue sans voix.

Et puis…

Quelqu’un échoue.

— Je ne comprends pas—

Sa voix s’étrangle dans l’air.

Et il disparaît.

Purement. Brutalement.

Comme s’il n’avait jamais été là.

Un vertige me prend.

Pas à cause de lui.

Mais à cause du vide qu’il laisse.

Un vide dans la pièce.

Un vide dans ma tête.

Je ferme les yeux.

Le joueur à la cicatrice me regarde.

Je sens son souffle, sans air, sans son.

Alors je tends ma main vers lui.

Et cette fois, je parle.

Sans voix.

Sans bouche.

Et je comprends :

Ce jeu ne teste pas notre capacité à obéir.

Il teste notre capacité à muter.

À devenir autre.

Une nouvelle phrase s’inscrit, plus lente, plus froide :

CEUX QUI SAVENT ÉCOUTER, SURVIVENT.

Mais écouter quoi ?

Qui ?

Avant que je trouve la réponse, la pièce se met à changer.





Chapitre 5 – La Distorsion du Temps

Je le sens avant de le voir.

Le changement.

Pas un mouvement. Une dissonance.

Quelque chose se décale. Subtilement. Comme un clignement que le monde aurait oublié de faire.

Je cligne des yeux.

Et tout a changé.

La table a disparu.

Les autres aussi.

Plus aucun reflet.

Plus aucun moi.

Je suis seul.

Non.

Il y a quelqu’un.

Une silhouette, floue, au loin.

Elle semble à la fois proche et inatteignable.

Quand je la regarde, elle se brouille davantage, comme si mon regard l’abîmait.

Et puis une voix.

Mais ce n’est pas une voix.

C’est une présence qui se glisse à travers moi.

— Depuis combien de temps joues-tu ?

Ma gorge se serre.

Je ne peux pas répondre. Je ne veux pas.

Parce que je ne sais pas.

— Tu as déjà joué, n’est-ce pas ?

Impossible.

Je viens d’arriver ici.

Je me suis réveillé.

Je les ai vus.

Le jeu a commencé.

— Tu crois encore qu’il y a un début ?

Le silence s’étire.

Puis, lentement, le décor plie.

Le sol se tord.

La lumière change de direction sans bouger.

Des fragments d’images reviennent.

La table.

Les visages.

La première règle.

LE JEU COMMENCE.

Non.

Pas encore.

Pas déjà.

Mon cœur cogne comme un tambour mal accordé.

Je l’ai déjà vécu.

Je l’ai déjà oublié.

Je suis peut-être encore en train de perdre.

Ou pire :

Je n’ai jamais cessé de perdre.





Chapitre 6 – Qui est l’original ?

Je suis à nouveau là.

Autour de la table.

Le décor reconstruit. Lisse. Identique.

Mais rien n’est pareil.

Je me souviens.

Je ne sais pas d’où vient cette mémoire.

Elle est fêlée, fragmentaire, mais vivante.

Elle hurle dans le silence.

Ils sont là.

Les six.

Mes copies. Mes possibles. Mes fantômes.

Mais l’un d’eux…

n’est pas moi.

Je le sens.

Il y a un décalage. Une respiration trop régulière. Un battement de paupières trop mécanique.

Quelque chose ne colle pas.

Je les fixe un à un.

Un frisson parcourt mon échine.

Les lettres reviennent. Elles s’écrasent comme des marteaux sur l’esprit.

RÈGLE N°7 : UN SEUL PEUT ÊTRE L’ORIGINAL.

Je cherche. Je compare.

Ma mémoire n’aide pas.

Chaque souvenir se mélange au suivant.

Suis-je celui qui s’est réveillé ?

Ou celui qui l’a cru ?

Et si…

Et si je n’étais pas l’original ?

Un des joueurs me fixe. Son regard est intense, presque humain.

Il parle.

— Tu n’as jamais été là.

Ma peau frissonne.

Il répète, plus bas :

— Tu n’es qu’une copie.

Une erreur dans la boucle.

Je veux répondre.

Mais les mots se collent à mes dents.

Et alors… les lettres s’imposent une fois de plus :

RÈGLE N°8 : L’ORIGINAL NE PEUT PAS DOUTER.

Le doute me transperce.

Je le ressens partout.

Dans mes os.

Dans mes souvenirs.

Dans ce que je croyais être moi.

Et si je n’étais qu’une construction ?

Une variable dans une équation fausse ?

Le silence me regarde.

Et pour la première fois…

je me sens de trop.





Chapitre 7 – L’Effacement

Quelque chose se délite.

Pas autour de moi. En moi.

Ma main…

je la lève.

Elle est floue.

Comme si elle appartenait à un souvenir mal imprimé.

Je veux respirer, mais l’air est trop mince.

Ou trop vieux.

Ou déjà respiré par quelqu’un d’autre.

Les lettres arrivent lentement.

Elles sont tremblantes.

Comme mal codées.

RÈGLE N°9 : CEUX QUI OUBLIENT NE REVIENNENT PAS.

Un vertige me prend.

Je cherche un repère.

Mon nom.

Mon premier souvenir.

Une date. Un endroit. Un goût.

Mais rien ne tient.

Chaque chose glisse dans un oubli trop précis pour être naturel.

Je regarde les autres.

Ils me fixent comme on regarde une silhouette dans un miroir sale.

Avec une distance.

Avec cette certitude que ce n’est plus vraiment humain.

— Il est en train de partir, dit l’un d’eux.

Sa voix est calme.

Sans jugement.

Juste… factuelle.

Ma main n’est plus là.

Ma mémoire se vide comme un siphon qu’on ouvre.

Je suis en train d’être effacé.

Pas tué.

Pas détruit.

Désindexé.

Puis un bruit.

Sec.

Aigu.

Un craquement dans l’air.

La pièce… se brise.

Des éclats invisibles.

Le sol disparaît.

Les joueurs restent figés.

Et une dernière phrase surgit, déformée :

ERREUR SYSTÉMIQUE.

Quelque chose me tire en arrière.

L’univers se replie.

Le décor se désintègre.

Et je tombe.





Chapitre 8 – Le Jeu n’a jamais commencé

Je tombe.

Mais il n’y a ni haut, ni bas.

Juste une chute sans direction.

Un effondrement sans vitesse.

Puis tout s’arrête.

Pas brutalement.

Juste… autrement.

Je suis assis.

La table est là.

Ils sont là.

Les visages. Le silence. Le cercle.

Rien n’a changé.

Mais moi, si.

Je sais.

Je me souviens.

Les lettres s’affichent dans l’air, comme toujours :

LE JEU COMMENCE.

Mais cette fois, je les regarde autrement.

Pas comme un message.

Comme un mensonge.

Le jeu n’a jamais commencé.

Je n’ai jamais été “réveillé”.

J’ai toujours été ici.

Je regarde les autres.

Ils me regardent.

Mais eux ne savent pas.

Ils attendent les règles.

Comme s’il y avait un sens à tout ça.

Je me souviens de la chute.

De l’erreur.

De la fissure dans le code.

Et là…

je les vois.

Tous les cycles.

Tous les recommencements.

Chaque tour de boucle, chaque rôle, chaque oubli.

Le jeu n’est pas un test.

C’est une prison décorée d’objectifs.

Les règles sont là pour nous faire croire qu’on peut gagner.

Mais moi, je vois la faille.

Un joueur ne respire pas.

Il est figé. Trop figé.

Il n’a pas mon visage. Pas vraiment.

Il l’imite. Mal.

Comme un masque trop bien posé.

Ce n’est pas un joueur.

C’est autre chose.

Quelque chose qui nous observe.

Et alors…

Une phrase que je n’ai jamais lue surgit dans l’air, glaciale :

“Vous n’étiez pas censé voir ça.”





Chapitre 9 – Celui qui sort, perd

“Vous n’étiez pas censé voir ça.”

Les lettres vibrent.

Elles s’effacent et reviennent, instables.

Comme si elles se battaient contre leur propre existence.

Le décor ralentit.

Les gestes des autres deviennent mécaniques, saccadés.

Le temps se détraque.

Mais lui, le faux joueur, reste immobile.

Il me regarde.

Pas avec des yeux.

Avec une intention.

Un masque trop parfait. Trop poli.

Trop propre pour être humain.

Je sens une chaleur étrange dans mon crâne.

Un bourdonnement.

Quelque chose tente de me détourner, de me réinitialiser.

Mais je reste là.

Présent.

Ancré.

Une nouvelle phrase s’impose :

RÈGLE N°10 : CELUI QUI GAGNE SORT.

Sortir.

Ce mot n’a jamais été dit auparavant.

Mais c’est une illusion.

Parce que je comprends enfin.

Sortir, c’est perdre autrement.

C’est recommencer avec l’idée d’avoir fini.

Ceux qui gagnent reviennent.

Ceux qui perdent sont oubliés.

Et ceux qui refusent…

Je regarde les autres moi.

Ils ne voient rien.

Leur monde continue.

Scripté. Bouclé.

Je fixe le faux joueur.

Son visage est lisse, mais je sens une tension.

Il attend une réaction.

Mais cette fois, je ne joue pas.

Je ne parle pas.

Je ne choisis pas.

Je ne résiste même pas.

Je refuse.

Un craquement profond.

Quelque chose cède.

L’espace se plie.

Le décor tremble.

Le faux joueur ouvre la bouche.

Et pour la première fois…

Je l’entends :

— C’était une erreur.

Un son fracasse l’air.

Une onde sourde.

La table explose.

Mais les morceaux ne tombent jamais.

La réalité se décolle.

Et derrière, il y a…





Chapitre 10 – La Dernière Partie

Tout explose.

Mais rien ne tombe.

Les fragments flottent dans un vide sans fond, suspendus comme des souvenirs refusant de s’effacer.

Les autres versions de moi sont figées.

Leurs corps arrêtés en plein mouvement, comme figés dans une pensée qu’ils n’ont jamais eue.

Et moi…

Moi, je vois au-delà.

L’espace derrière le décor est vaste.

Pas noir. Pas vide.

Juste… sans cadre.

Il est là.

Le faux joueur.

Debout. Détaché.

Ses traits n’ont plus forme.

Il est l’ombre d’une ombre, une silhouette sans consistance, un creux qui regarde.

Il s’avance.

— Tu ne devais pas voir ça.

Sa voix est comme un souvenir imposé.

Pas un son.

Un ordre ancien qu’on tente de me replanter dans la tête.

Je résiste.

Je n’ai plus de certitudes.

Mais j’ai une chose que je n’avais pas avant :

le choix de ne pas croire.

— Le jeu ne devait pas être brisé.

Je sens la pression.

Une force invisible cherche à me plier, à me ramener dans la boucle.

Mais je n’y retourne pas.

— Tu aurais dû perdre comme les autres.

Je pense aux autres.

Combien ?

Combien avant moi ?

Combien ont été effacés, reformatés, recopiés ?

Puis vient la phrase.

La plus terrifiante.

— Il doit toujours y avoir un gagnant.

Mais pas cette fois.

Je tends la main.

Un geste simple.

Humain.

Irrégulier.

Illogique.

Il hésite.

C’est le premier mouvement hors programme.

Il ne sait pas quoi faire.

Le jeu ne connaît pas ce geste.

Son corps vacille.

Son contour se fissure.

Et alors…

tout s’effondre.





Chapitre 11 – L’Illusion du Gagnant

Ce n’est pas une chute.

Ce n’est pas une fin.

C’est… un effacement conscient.

Le faux joueur tremble.

Son contour se disloque, morceau par morceau.

Pas comme une machine qui s’arrête.

Comme une idée qui se dissout.

Il regarde ma main.

Toujours tendue.

Toujours là.

Il ne comprend pas.

Parce que ce choix n’existe pas dans les règles.

Tendre la main.

Partager. Refuser de gagner.

Refuser de prendre la place. Refuser même de sortir.

— Il doit toujours y avoir un gagnant, murmure-t-il.

Mais sa voix n’est plus une certitude.

Elle vacille.

Elle craque, comme un disque trop usé.

Je m’approche.

Ses yeux… n’en sont pas.

Juste des creux, des ombres feintes.

Mais je sens, au fond, une frayeur.

Pas la sienne.

Celle du système.

Parce que si personne ne gagne…

Si personne ne joue…

Alors le jeu n’a plus de sens.

Et sans sens, il s’éteint.

Alors…

tout recommence.

Je me réveille.

Assis à la table.

Six visages en face de moi.

Les miens.

Mais cette fois…

je me souviens.





Chapitre 12 – Le Nouveau Départ

Je me réveille.

Je suis déjà assis.

La table circulaire est là.

Les six visages aussi.

Les miens. Encore.

Tout est identique.

Parfaitement reconstruit.

Millimétré.

Comme une scène qu’on jouerait pour la milliardième fois.

Mais cette fois…

je me souviens.

Les lettres apparaissent dans l’air, fidèles à elles-mêmes :

LE JEU COMMENCE.

Mais elles mentent.

Ce jeu n’a jamais commencé.

Il ne s’arrête jamais.

Il n’existe que parce qu’on le croit réel.

Je regarde les autres.

Ils ne savent pas.

Ils attendent.

Ils me regardent comme je les ai regardés autrefois.

Avec cette fausse innocence.

Avec cette attente programmée.

Et moi…

Je souris.

Un sourire minuscule.

Presque imperceptible.

Mais je sais.

Je sais ce qu’il signifie.

C’est le même que celui que j’ai vu au tout début.

Celui du premier joueur.

Celui qui s’était levé.

Celui qui m’avait regardé… en silence.

Et maintenant je comprends.

Il n’y a pas de sortie.

Pas de victoire.

Pas de fin.

Juste un cycle.

Et à la fin du cycle…

un joueur prend la place de l’autre.

Peut-être que je suis devenu lui.

Peut-être que c’est déjà mon tour.





FIN.

Ou peut-être pas.

Parce que maintenant,

toi aussi tu es dedans.