Chapitre 1 : les silences Paris
Paris. 6h12 du matin.
Le ciel était encore gris, comme s’il hésitait à laisser entrer la lumière. Les toits parisiens fumaient doucement sous le souffle discret de la ville qui s’éveillait. Élisa, emmitouflée dans son manteau beige, marchait seule sur le pont Alexandre III, son carnet contre elle, comme un trésor qu’elle ne voulait plus partager.
Elle aimait ces matins calmes où le monde semblait l’oublier. Ici, personne ne lui posait de questions. Ici, elle pouvait respirer.
Elle s’arrêta au milieu du pont, là où la vue sur la Seine était la plus douce. Un cygne glissait lentement sous les arches, et un métro passait au loin, vibrante promesse d’un jour ordinaire.
« Est-ce que l’amour existe encore pour moi ? » pensa-t-elle.
Cela faisait deux ans qu’elle n’écrivait plus sur ce sujet. Trop de cendres, trop de regrets. Son dernier amour avait laissé en elle des marques invisibles. Un garçon au regard clair, aux mots brillants, et à l’indifférence assassine. Depuis, Élisa s’était jurée de ne plus tomber. Juste avancer. Travailler. Étudier. Rêver un peu, mais sans y croire vraiment.
Son téléphone vibra.
Un message de Sofia :
“Tu dors debout encore ? Rentre, le café est prêt. Et j’ai des potins.”
Un sourire discret effleura ses lèvres. Sofia, sa coloc sénégalaise, était tout ce qu’elle n’était pas : vive, exubérante, libre. Parfois, Élisa l’enviait. Parfois, elle s’y raccrochait comme à une bouée de sauvetage.
Mais ce matin, quelque chose était différent.
Une affiche accrochée à un lampadaire attira son regard.
"Concours international de création artistique – Paris-Chicago-Douala. Trois villes, trois talents. Une chance de changer votre vie."
Organisé par l’Institut Mondial de Création.
Date limite d’inscription : dans dix jours.
Elle fronça les sourcils. Douala. Chicago. Des noms qui résonnaient bizarrement en elle, comme des souvenirs lointains d’une vie qu’elle n’avait jamais vécue.
Sans réfléchir, elle prit une photo de l’affiche.
Peut-être... Peut-être que c’était le moment.
De créer à nouveau.
De ressentir.
Pas pour quelqu’un.
Pour elle.








