Astrid *1
Est-ce que vous saviez que les coccinelles hibernent ? Elles aiment rester bien au chaud. Alors, quand l’hiver vient, nos amies rouges à petits points noirs partent à la recherche d’une cachette, d’une fissure, d’un petit coin douillet, pour entrer en hibernation. Le terme exact, c’est diapause, je crois. En-tout-cas, c’est ce qu’ils ont dit dans le podcast que je viens de terminer.
Moi aussi, j’aimerais me trouver un abri chaleureux. En attendant, je dois me contenter de ma vieille Coccinelle rouge. Ma petite voiture qui me conduit et m’accompagne jour et nuit. Sauf qu’en réalité, moi, je n’ai pas le choix de mon cocon. Même quand il fait froid.
Je m’engage en direction de la station-service. Ce n’est pas la plus propre, mais je n’ai pas vraiment le luxe de m’encombrer d’un choix : c’est la seule à rester ouverte 24h/24 sur l’A25 en direction d’Esquelbecq. Ma vie de nomade me permet d’aller où je veux. Pourtant, c’est mon unique ancrage, mon dernier point de repère dans le désastre de mes choix de jeune adulte. Et Clemie est la seule famille qu’il me reste.
Pour autant, je ne suis pas à plaindre. On ne peut pas pleurer la perte de ses parents quand on les connaît à peine. Mon père n’est jamais rentré avec la bouteille de lait. Et quand ma mère est décédée à mes 17 ans, je me suis rendu compte que je pouvais passer plus de temps avec elle au cimetière que ce qu’elle avait accepté de m’accorder dans son emploi du temps durant toute mon enfance.
Mamienou s’occupait déjà de Clemie à plein temps. Ça ne l’a pas empêchée de m’accueillir à bras ouverts jusqu’à ma majorité. C’est peut-être ce qui a été le plus étrange pour moi, devenir quelqu’un d’important aux yeux de quelqu’un d’autre. Alors, quand à son tour elle est partie rejoindre le paradis des mamies, des lettres et des mots, j’ai fui.
Ma vie, ce serait dorénavant moi, Astrid, la petite jeune femme perdue, et ma vieille Coccinelle rouge.