Lia , L'olympe des Bois

Summary

À Olympe des Bois, village caché aux racines vivantes, le temps semble s'être arrêté. Mais une guerre gronde, silencieuse et rampante, menaçant d'effacer tout ce que les anciens ont protégé. Tiraillée entre lumière et ruine, Lia devra percer les secrets de Caelum, ce royaume au bord du rêve, avant que le silence n'engloutisse les chants des arbres... à jamais

Genre
Fantasy
Author
Heleav
Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Les Racines du Ciel


Le vent soufflait doucement à travers les cimes des arbres immenses, dont les racines s’étendaient comme des bras ouverts, accueillant le monde. À Olympe-des-Bois, la forêt n’était pas simplement un lieu, c’était une extension de l’âme du monde. L’air, rempli d’odeurs de terre humide et de fleurs sauvages, semblait bourré de secrets, et chaque rayon de lumière traversant le feuillage filtrait en faisceaux dorés sur le sol, comme des promesses.

C’était le matin, mais les heures dans ce village étaient étranges, presque suspendues dans un éternel crépuscule. Chaque instant semblait flotter, en apesanteur. Le village, petit et resserré, était centré autour d’un gigantesque Cercle de Pierre-Feuille, où les anciens se rassemblaient chaque jour, transmettant sagesse et pouvoirs aux générations suivantes.

Là, les druides régnaient, non pas par la force ou la domination, mais par la sagesse, la connaissance des éléments et l’harmonie avec la nature. La famille Nymaris se trouvait au sommet de cette hiérarchie, non seulement à cause de leurs dons, mais parce qu’ils incarnaient la sagesse ancestrale du village. Enaïa, la mère de Lia, possédait l’élément Terre, capable de façonner les racines, d’influencer la croissance des plantes et de parler aux pierres. Thalor, le père, était le visionnaire, celui dont le pouvoir de prémonition lui permettait de voir les fils invisibles du futur, et les trajectoires des âmes avant même qu’elles ne se dessinent.

Leurs pouvoirs étaient rares, uniques. Mais ce n’était pas leur pouvoir qui faisait d’eux des chefs, c’était leur capacité à guider Olympe-des-Bois avec sagesse et amour.


Ce matin-là, Lia Nymaris se réveilla bien avant l’aube, comme elle le faisait chaque jour. Son corps, bien qu’encore endormi, savait que la journée l’attendait déjà. Elle se leva doucement, veillant à ne pas troubler l’équilibre du silence. L’air dans la hutte était frais, et les senteurs boisées envahissaient ses narines. Ses pieds nus touchèrent le sol en bois, et elle frissonna légèrement.

Elle s’approcha du miroir d’eau qui était suspendu entre deux racines, dans un petit coin tranquille de la maison. L’eau, calme et parfaite, reflétait son visage, ses yeux d’un vert perçant, encore légèrement rougis de sommeil. Elle se regarda pendant un moment. À chaque réveil, une sensation persistante la suivait, un sentiment qu’elle avait du mal à comprendre. Quelque chose se préparait, elle le sentait dans ses os, dans chaque fibre de son être. La forêt semblait elle aussi en alerte, comme si tout était prêt à éclater.

“Encore cette sensation...” murmura-t-elle pour elle-même.

Elle ferma les yeux un instant, se concentrant. Rien de précis n’émergeait, juste une impression diffuse. Elle se haussait des épaules, chassant la pensée de son esprit. Lia se concentra sur la routine de la journée à venir, une tâche de plus parmi tant d’autres. Elle s’habilla de vêtements simples, de couleurs naturelles, et se dirigea vers l’extérieur, où la lumière matinale perçait à peine à travers le feuillage dense.

À cet instant, Elyan, son frère jumeau, fit son apparition sur le seuil, sa silhouette déformée par la lueur pâle du matin.

“Tu comptes encore rester là toute la matinée ? L’assemblée commence dans une demi-heure.” dit-il d’une voix taquine.

“Je me prépare, Elyan.” répondit-elle sans un regard, son ton calme mais légèrement agacé par la familiarité de son frère.

“Tu dis ça tout le temps.” Elyan lui lança un regard complice, avant de la rejoindre à l’extérieur, d’un pas léger et décontracté. “Allez, viens, c’est important aujourd’hui. Père sera là. Tu sais ce que ça veut dire.”

Lia soupira. Leur père, Thalor, était un homme mystérieux, difficile à comprendre. Il avait toujours cette aura de gravité autour de lui, comme si chaque parole qu’il prononçait pesait des tonnes. Mais Elyan, lui, semblait toujours détaché, plus intéressé par les découvertes que par les responsabilités. Ils étaient comme le jour et la nuit, bien que liés par un même sang.

Lia et Elyan se rendirent donc ensemble à l’Assemblée des Anciens, dans la clairière principale, où les grands de la forêt se réunissaient pour des rituels et des discussions sur l’avenir de leur peuple. Les voix des sages se mélangeaient dans l’air, tandis que la nature semblait vibrer sous leurs pieds. Les arbres les observaient silencieusement, comme des témoins immuables.


Dans la grande clairière, Thalor était assis dans son trône de pierre, son regard lourd et concentré. Enaïa, elle, se trouvait à côté de lui, une présence calme et rassurante. À leurs côtés, des druides, des sorciers et des anciens membres de la communauté discutaient de l’état actuel de la forêt et des menaces potentielles qui se profilaient à l’horizon. Lia s’approcha lentement de son père, s’assurant de ne pas interrompre les conversations.

Thalor tourna lentement la tête et la fixa.

“Lia.” Sa voix était douce mais ferme. “Tu te sens prête à mener cet héritage ?”

Lia se figea un instant. Ses yeux brillèrent, mais elle savait qu’il ne s’agissait pas d’une simple question.

“Je suis prête, Père.” répondit-elle avec confiance, bien que dans son cœur, un doute s’insinuait. Elle savait que le fardeau de la famille Nymaris était plus lourd que tout. Elle sentait déjà le poids du destin peser sur ses épaules.

Elyan, qui était resté en arrière, observa la scène, les sourcils froncés. Lui, il n’avait jamais eu la même vision de l’avenir que Lia. Il n’avait jamais voulu être chef, ou endosser les responsabilités qui allaient avec. Il se contentait de vivre, de découvrir, et de comprendre le monde autour de lui.

“Je sais que tu n’as pas envie de tout ça.” murmura Lia à son frère, alors qu’il se dirigeait vers un groupe d’elfes plus jeunes.

“Peut-être. Mais ça ne change rien, Lia.” Elyan haussait les épaules, un sourire en coin. “Je n’ai jamais été fait pour rester là.”

Lia le regarda un moment, un léger sourire triste sur les lèvres. Elle savait qu’il avait raison. Mais elle, elle ne pouvait pas fuir. Le destin de la famille Nymaris était tissé dans son âme. Elle en ressentait chaque fibre. La Terre, les racines, la promesse de l’héritage... tout cela l’enveloppait. Elle n’avait pas le choix.


Une fois seule dans la nuit, alors que la clarté des étoiles baignait la forêt, Lia s’assit sous un vieux chêne, la lumière de la lune éclatant sur sa peau. Elle sortit un petit morceau de papier, et commença à écrire. Chaque mot semblait être un écho de ses pensées les plus secrètes, chaque ligne une brèche dans l’armure qu’elle portait depuis toujours.

Elle posa le stylo et regarda la lettre. Un frisson lui parcourut l’échine. Elle savait que jamais cette lettre ne verrait le jour. Elle était destinée à être oubliée, comme tant d’autres pensées secrètes qu’elle gardait au fond d’elle. Pourtant, une part d’elle ne pouvait s’empêcher de rêver, de se dire que peut-être, au fond de son cœur, elle avait droit à ce bonheur.

Elle se leva finalement, le regard tourné vers les étoiles. Là, dans l’immensité de la forêt, un sentiment d’angoisse la submergea. Elle savait qu’une tempête approchait. Mais laquelle ? Et qu’apporterait-elle ? La guerre, ou la paix ?

Seul le temps le dirait. Mais Lia était prête à affronter ce qui venait, même si cela signifiait se perdre dans un monde dont elle ignorait encore les dangers.


Le vent souffla à nouveau, secouant les feuilles autour d’elle, comme un doux murmure. Et dans ce souffle léger, Lia entendit la forêt lui parler.


Lia, après avoir laissé sa lettre là où elle savait qu’elle ne pourrait jamais l’envoyer, se dirigea vers la lisière de la forêt, la silhouette imposante des arbres massifs s’étendant devant elle comme des gardiens silencieux. Elle était seule, ce qui, dans ce monde où tout était surveillé et protégé, avait quelque chose de précieux, de rare. Les grandes étendues boisées étaient son refuge secret, un endroit où elle pouvait, pour un moment, oublier les responsabilités pesant sur ses épaules.

Elle s’arrêta un instant, le regard perdu dans l’infinité de la nature. L’air était frais, un léger parfum de sève envahissant ses narines. Elle se laissa tomber à genoux sur un tapis de mousse, observant les racines des arbres, qui serpentaient et s’enroulaient dans toutes les directions, comme des veines vivantes.

“Tu sais, Lia, la Terre répond toujours.” La voix de son père, Thalor, fit sursauter Lia. Il était apparu sans bruit, comme il en avait l’habitude, derrière elle. Son regard bleu, profond comme un ciel orageux, la fixait. Il n’avait pas l’air fâché, juste... observateur, comme toujours.

“Je le sais, Père.” répondit-elle calmement, se redressant pour lui faire face. Thalor était un homme difficile à lire, mais Lia avait appris à voir au-delà des apparences. Chaque mot, chaque geste de son père était mesuré, choisi avec une précision presque inquiétante.

“Tu t’inquiètes.” dit-il, comme une simple constatation. “Tu n’es pas encore prête à accepter le rôle que nous t’avons préparé.”

Lia resta silencieuse, incapable de répondre. Elle avait l’impression que son père savait déjà tout ce qu’elle ressentait, tout ce qu’elle cachait au fond d’elle. Il semblait lire en elle comme dans un livre ouvert. Mais ce n’était pas tant la tâche de chef qui la tourmentait. C’était l’idée que, peu à peu, elle s’éloignait de ce qu’elle voulait vraiment être. La pression de son héritage, de la vision que la famille Nymaris portait sur elle, était un poids insoutenable.

“Je suis prête,” dit-elle, cette fois avec plus de fermeté. “C’est juste… parfois, j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose. Comme si je n’étais pas entière.”

Thalor la fixa pendant un long moment, ses yeux scrutant son visage, cherchant quelque chose dans son regard. Puis, après une pause, il parla enfin, sa voix douce mais tranchante, comme la pierre qu’il aimait tant sculpter dans ses moments de méditation.

“Le rôle de chef ne consiste pas à être entier, Lia. Il consiste à servir ce qui est plus grand que soi. La Terre, le futur, l’équilibre. Tu dois apprendre à t’effacer pour que ce monde survive.”

Lia hocha la tête, mais au fond d’elle, une petite flamme de rébellion brûlait. Elle savait que cette sagesse venait de son père, mais elle n’arrivait pas à se résoudre à accepter une vie où ses désirs et ses rêves n’auraient pas leur place. Elle se leva d’un geste brusque, presque en colère contre elle-même.

“Je ne sais pas si je peux faire ça.” dit-elle, ses yeux remplis d’un tourment qu’elle ne pouvait cacher.

“Tu le feras.” répondit Thalor avec une certitude tranquille. “La Terre a choisi.”

Lia déglutit difficilement. Elle n’était pas sûre que la Terre avait choisi pour elle, ou si c’était simplement sa famille qui avait décidé de tout, pour elle, depuis toujours.


Le crépuscule tombait lentement sur l’Olympe des Bois, étirant ses ombres violacées entre les troncs sacrés et les canopées dentelées. Là-bas, nichée entre les collines brumeuses et les rivières claires, cette cité druidique semblait flotter hors du monde. On racontait que le souffle des anciens dieux s’y mêlait à celui du vent, que les arbres y avaient une mémoire, que les rivières fredonnaient des prophéties oubliées.

Lia Nymaris marchait seule sur le sentier des lueurs, un étroit passage de mousse et de feuilles dorées serpentant à travers la forêt. Elle avait laissé derrière elle l’agitation du village et les derniers murmures des anciens. Ses pieds nus s’enfonçaient doucement dans la terre humide, et son cœur battait au rythme discret des chants d’oiseaux nocturnes. Son journal était glissé dans la petite besace qu’elle portait à l’épaule, à moitié rempli de poèmes, de dessins, de pensées éparses. C’était son rituel. Venir écrire là, près du lac, lorsque le monde devenait trop bruyant.

Ce soir-là, pourtant, une tension différente flottait dans l’air. Quelque chose d’invisible. Comme une note dissonante dans une mélodie connue. L’instinct druidique de Lia s’éveilla, doux frisson le long de sa colonne.

Elle ralentit le pas, retenant sa respiration.

Puis elle le vit.

Assis sur une roche moussue, près du bord de l’eau, un jeune homme inconnu observait la surface lisse du lac. Ses cheveux sombres tombaient en mèches trempées sur ses tempes, comme s’il avait voyagé longtemps, sous la pluie et le vent. Il portait une tunique d’un bleu nuit profond, déchirée par endroits, et une épée était attachée à son dos, dissimulée sous un manteau. Ses mains reposaient sur ses genoux, calmes, mais son regard était fixe, comme perdu entre deux mondes.

Il n’était pas de ce bois. Elle le sentit immédiatement.

Lia voulut reculer, mais une branche craqua sous son pied. L’inconnu tourna la tête.

Leurs regards se croisèrent.

Et le silence du monde sembla imploser.

Ses yeux... des yeux argentés, brillants comme les étoiles d’hiver. Il y avait dans ce regard une tristesse ancienne, mais aussi une reconnaissance soudaine, une flamme vacillante comme celle d’une chandelle dans l’obscurité.