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Le hurlement du destin

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Summary

Elle était censée mourir ce soir. Esclave de sa propre meute, marquée comme "faible" depuis l’enfance, Lyra n’a jamais eu le droit de rêver. Elle ne devait pas survivre au Solstice. Elle ne devait pas attirer l’attention. Mais c’était avant qu’un Alpha venu du Nord ne pose les yeux sur elle… Et déclare, devant tous : « Elle est mienne. Touchez-la, et je détruis votre meute. » Kael, Alpha solitaire, brutal, respecté et craint des meutes du Nord, n’a jamais cru au destin. Jusqu’à cette nuit. Jusqu’à elle. Mais l’union d’un Alpha et d’une Oméga est un crime, une honte. Et Lyra n’est pas qu’une simple oméga… Elle est la clef d’une ancienne prophétie. Celle qui annonce la chute des meutes… … ou leur salut. Ils la veulent morte. Il la veut à ses côtés. Le destin les veut liés. Et il est prêt à brûler le monde pour la garder.

Genre
Romance
Author
Souhila
Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 – L’ombre dans la clairière

Le ciel saignait.

Les nuages lourds, chargés d’encre et de glace, pesaient au-dessus des cimes. Dans les hauteurs de la Forêt du Nord, la lumière disparaissait plus vite, avalée par les arbres millénaires. Lyra avançait en silence, le souffle court, les membres engourdis par le froid.

Ses doigts tremblaient, serrés autour du tissu râpé d’une cape volée à la buanderie. Sa peau, marquée de bleus cachés, brûlait sous le vent glacial. Elle boitait. Le coup reçu ce matin derrière les genoux n’était pas parti avec les heures, mais s’était au contraire figé dans la douleur. Elle n’avait même pas crié. Les Omégas n’avaient pas le droit.

Ce soir, c’était le Solstice de Lune. Et elle fuyait.

La tradition exigeait que toutes les femmes de la meute se présentent dans l’Arène. Toutes. Même les Omégas. Même celles qu’on cachait d’habitude.

Mais Lyra savait que ce n’était pas un honneur. C’était un piège.

Ils allaient l’humilier publiquement. Peut-être pire. Les plus basses n’avaient pas de place dans les cérémonies. Pas de nom. Pas d’avenir.

Mais elle, elle en avait assez. Assez de ramper. Assez d’exister sans vivre.

Alors elle avait volé la cape, glissé une miche de pain sec dans une poche et s’était faufilée par une brèche dans la clôture, là où les arbres commençaient à étouffer la lumière.

Cela faisait une heure, peut-être deux, qu’elle marchait, fuyant sans savoir où aller.

Chaque pas résonnait dans le silence. Les cris de la meute, plus bas, s’étaient tus depuis longtemps. Elle entendait à présent les sons de la forêt : les branches mortes qui craquent, les feuilles mortes que le vent emporte. Et quelque chose d’autre.

Un battement.

Lent.

Puissant.

Vibrant dans l’air.

Elle s’arrêta. Tendit l’oreille.

Un craquement.

Un pas.

Quelqu’un, ou quelque chose, la suivait.

Son cœur bondit dans sa poitrine. Elle se retourna lentement, fixant l’obscurité entre les troncs. Rien.

Elle reprit sa marche.

Mais le battement, le rythme, se rapprochait.

Elle accéléra. L’instinct en alerte. Son loup intérieur, qu’elle croyait faible et silencieux, grondait faiblement, comme réveillé après des années d’endormissement.

Le frisson remonta le long de sa colonne vertébrale.

Et soudain, il était là.

Un homme.

Non. Un loup.

D’abord, elle ne vit que l’ombre. Haute, massive, plus sombre que la nuit elle-même. Puis les yeux. Dorés. Brillants. Trop brillants pour être humains.

Il ne portait rien d’autre qu’un pantalon noir. Son torse nu était strié de cicatrices anciennes, témoins de batailles gagnées et de douleurs oubliées. Sa peau, malgré le froid, était chaude. Elle pouvait presque sentir sa chaleur à distance.

Il la regardait. Non, il la dévorait du regard.

— Tu fuis ta meute, dit-il. Ce n’était pas une question.

Lyra recula instinctivement.

Il n’était pas de sa meute. Il n’était pas… normal.

Il dégageait une puissance animale, brutale, une présence qui remplissait l’espace autour d’elle comme une tornade silencieuse.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle.

Sa voix tremblait malgré elle.

Il ne répondit pas tout de suite. Il fit un pas vers elle. Le sol sembla vibrer sous ses pieds nus.

— Tu ne le sens pas ? souffla-t-il.

Lyra plissa les yeux.

— Sentir quoi ?

Il se rapprocha encore. À chaque pas, son cœur battait plus fort. Elle aurait dû avoir peur. Elle en avait, oui. Mais ce n’était pas la peur de mourir. C’était autre chose.

Un feu.

Une brûlure dans le sang.

Et soudain, ce fut comme une explosion silencieuse dans sa poitrine.

Un cri étouffé.

Une chaleur qu’elle n’avait jamais connue.

Ses genoux faillirent céder.

Ses yeux se levèrent vers lui. Et elle comprit.

— Non, chuchota-t-elle.

Le lien.

Le Lien Sacré.

Celui qu’on racontait aux enfants, comme une légende.

L’âme sœur.

Il la regardait sans ciller. Une main tendue vers elle, comme s’il ne craignait rien, même pas le rejet.

— C’est impossible, murmura-t-elle. Vous devez vous tromper.

Il secoua la tête. Ses yeux se firent plus doux, presque tristes.

— On ne se trompe pas avec un lien d’âme.

Elle voulut reculer, fuir, disparaître. Mais son corps ne lui obéissait plus. Il vibrait tout entier. Son souffle, saccadé, cherchait l’air. Son loup hurlait.

— Vous ne pouvez pas être… vous ne pouvez pas être mon Alpha.

Un silence.

Puis, avec lenteur, il répondit :

— Kael. Alpha de la Meute du Nord. Guerrier exilé. Maudit par les anciens. Choisi par la Lune. Et désormais…

Il s’approcha, posa une main contre sa joue.

— Lié à toi.

Elle ferma les yeux, mais trop tard. Le contact était là. Une décharge. Une brûlure douce. Une promesse.

Elle n’était plus seule.

Elle le repoussa, violemment, par réflexe.

— Non ! Je ne veux pas ! Je ne peux pas…

Mais Kael ne se fâcha pas. Il recula, lentement, comme pour ne pas l’effrayer davantage.

— Tu ne sais pas encore qui tu es, dit-il.

Elle le fixa, haletante.

— Je suis rien ! Une oméga, une traînée, une erreur…

— Tu es la clé, coupa-t-il.

Elle se figea.

— La clé de quoi ?

Il s’approcha de nouveau. Ses yeux s’assombrirent.

— De la fin. Ou du renouveau.

— Je ne comprends pas.

— Tu comprendras bientôt. Mais sache une chose, Lyra…

Il prononça son prénom comme une promesse. Comme un serment.

— Cette meute veut ta mort. Moi, je suis venu pour te garder en vie.

Un hurlement déchira alors la nuit. Long. Grave. Proche.

Lyra sursauta.

Kael grogna.

— Ils nous ont suivis. Tes geôliers. Ils te cherchent. Mais ils ne te trouveront pas.

— Comment ça ?

Il s’approcha, la saisit par la taille. Elle se débattit, mais ses bras étaient puissants, fermes, et curieusement… doux.

— Accroche-toi.

— À quoi ?

— À moi.

Et il sauta.

Elle cria.

Il avait bondi à travers les arbres, comme si la gravité n’existait pas. Il courait, plus vite que tout ce qu’elle avait vu. Les branches s’ouvraient devant eux, l’air sifflait à ses oreilles.

Elle sentait son cœur battre à l’unisson avec celui de Kael.

Elle était terrifiée.

Elle était vivante.

Et pour la première fois depuis des années… elle se sentait entière.

Le vent sifflait à ses oreilles. Les arbres filaient autour d’elle en ombres floues. Le froid mordait ses joues, mais la chaleur du corps de Kael contre le sien l’enveloppait d’un feu étrange. Un feu qui ne brûlait pas, mais la réveillait.

Elle aurait dû paniquer. Hurler. Se débattre.

Mais tout ce que son corps pouvait faire, c’était s’accrocher.

Chaque muscle de Kael roulait sous sa peau alors qu’il courait à une vitesse surhumaine. Son souffle, stable, régulier, ne trahissait aucun effort. Il glissait entre les troncs, bondissait au-dessus des ronces, esquivait les obstacles invisibles. Il ne courait pas. Il dansait avec la forêt.

Lyra enfouit son visage contre son torse, malgré elle. L’odeur qui l’entourait était enivrante. Sauvage. Féroce. Et… familiale.

C’est là qu’elle le sentit.

Pas une pensée. Pas une émotion.

Un écho.

Quelque chose vibra en elle. Pas dans son cœur. Pas dans son esprit.

Dans son loup.

Sa bête, silencieuse depuis toujours, hurla soudain dans un langage qu’elle ne comprenait pas. Ce n’était pas de la peur. Ce n’était pas de la colère.

C’était… de la reconnaissance.

Son loup le reconnaissait.

Kael.

Celui qu’elle n’avait jamais vu. Celui qu’elle aurait dû fuir.

Lui.

Son âme sœur.

Non. Non, non. C’était impossible. Elle ne pouvait pas accepter ça.

Quand il ralentit, elle desserra ses doigts crispés. Ils étaient devant une caverne de pierre, discrète, camouflée derrière un rideau de ronces. Il poussa les plantes de côté et entra. L’intérieur était sec, étonnamment chaud. Une lumière vacillante éclairait les murs : un feu de fortune brûlait déjà, comme s’il avait été préparé d’avance.

Kael la déposa avec précaution sur un tapis de mousse. Puis, sans un mot, il retira une couverture roulée contre la paroi et la lui tendit.

Elle ne la prit pas.

— Tu m’as enlevée, souffla-t-elle, le souffle court.

Il s’agenouilla face à elle.

— Je t’ai sauvée.

— Tu n’avais pas à…

— Tu allais mourir. Tu le sais.

Elle baissa les yeux. Elle le savait.

Il continua, plus doucement :

— Tu n’as pas grandi comme les autres, n’est-ce pas ?

— C’est quoi, les autres ? dit-elle amèrement. Ceux qui mangent à leur faim ? Qui dorment sans surveiller leur porte ? Non. Je ne suis pas comme eux.

— Tu n’es pas née pour ramper, Lyra.

Il dit son prénom avec une tendresse qui la frappa de plein fouet. Personne ne disait son nom ainsi. Même elle, elle ne s’en croyait pas digne.

— Tu dis ça parce que la Lune a décidé que je suis liée à toi. Mais je ne te connais pas. Tu ne me connais pas. Et je ne suis rien.

— Tu crois ça, mais tu te trompes. Tu es tout ce qu’ils craignent.

Elle releva les yeux.

— Pourquoi ?

Il se leva, marcha lentement jusqu’au feu. Il prit une pierre chauffée et la déposa dans un récipient en fer creux. De la vapeur s’en échappa, portant une odeur d’herbes.

— Parce que ton sang n’est pas celui d’une simple Oméga.

Elle se figea.

— Tu es la fille de Kaeren, ancien guerrier de la Meute de l’Est.

Elle secoua la tête.

— Non. Mon père était un traître.

Kael se retourna lentement.

— C’est ce qu’on t’a dit. Mais ton père a été trahi. Il a refusé de se soumettre à une union arrangée avec la Meute de Sang. Il a protégé ta mère. Pour ça, ils l’ont exécuté.

Le sol sembla se dérober sous elle.

— Ma mère est morte en me mettant au monde, murmura-t-elle.

Kael hocha la tête.

— Elle était une guérisseuse lunaire. Marquée par la Lune. C’est d’elle que tu tiens ta force.

— Je n’ai pas de force, Kael.

— Tu n’as pas encore été libérée.

Il s’approcha d’elle, doucement. Ses gestes étaient lents, maîtrisés. Il était Alpha jusque dans sa manière de respirer.

— Ton lien s’est éveillé. Ce que tu ressens maintenant… c’est réel.

Elle se recula d’un centimètre, sur la défensive.

— Et toi ? Qu’est-ce que tu ressens ?

Kael marqua un silence. Puis, les yeux dans les siens :

— J’ai vécu quatorze années dans l’exil, condamné par le Conseil pour avoir défié les lois de l’Ancien. J’ai vu mon frère mourir sous mes yeux. J’ai tué des hommes, des bêtes, et même mes propres alliés. Mais rien… rien ne m’a jamais fait autant peur que toi.

— Peur ? répéta-t-elle, surprise.

— Parce que je sais que si tu refuses le lien… je ne guérirai jamais.

Ses paroles la figèrent.

Elle aurait dû rejeter cette faiblesse. Elle aurait dû se sentir manipulée.

Mais dans sa voix, il n’y avait aucune ruse. Seulement une douleur nue, brute. Humaine.

Elle détourna les yeux.

— Je ne sais pas ce que je veux.

Il s’assit en face d’elle, croisa les bras sur ses genoux.

— Alors reste. Juste cette nuit.

Elle hocha lentement la tête.

Le feu crépitait. La chaleur gagnait lentement l’espace. Le silence, pour la première fois depuis longtemps, n’était pas pesant.

— Pourquoi moi ? murmura-t-elle après un long moment.

Kael leva les yeux vers elle.

— Parce que la Lune t’a choisie, Lyra. Et moi… je suis juste assez fou pour croire qu’elle ne se trompe jamais.

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