Les mythes oublié

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Summary

Il existe, à travers les époques, des récits que l’on croyait à jamais perdus. Il n’en est rien. Notre devoir, même s’ils ne sont pas écrits, est de nous souvenir pour vous… De ces mythes oubliés.

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1
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n/a
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18+

Le mythe oublié

Sophidès… Ce nom ne vous dit certainement rien, et c’est bien normal. Ce nom n’est qu’un murmure ancien, transmis uniquement à l’oral, tout comme l’histoire de l’individu qui se cache derrière ces mêmes murmures.


On raconte qu’un jour, un mystérieux étranger s’est présenté à la cour d’un roi en Lydie. Respectant les lois de l’hospitalité, le souverain invita cet étrange personnage au banquet qu’il avait organisé. Ce monarque était fier de son titre, ainsi que de la fortune qu’il exhibait avec fierté devant tous ses invités. Il clamait également, avec autant d’arrogance, le nombre incroyable de fils qu’il avait engendrés. Tous avaient accompli des exploits qui le rendaient encore plus fier, malgré le fait que tout le monde savait que ces fils étaient illégitimes. En d’autres termes… c’étaient tous des bâtards, nés des nombreuses infidélités de leur père. Tous gardaient le sourire… ce sourire hypocrite ! Ce faux sourire insupportable… Mais l’étranger souriait lui aussi.


Cependant, ce n’était pas le même sourire que les autres invités… Celui-ci était plus… mesquin.


Le roi avait remarqué le sourire de l’étranger, et c’est avec un léger frisson qu’il lui dit d’une voix rauque et puissante :


Le roi — Et toi alors, étranger ! D’où viens-tu ? Et qu’est-ce qui t’amène à venir vagabonder dans ma cité ? Serait-ce le luxe de mon palais que tu voulais contempler ?


dit-il d’un ton arrogant, riant à gorge déployée avec sa cour qui gloussait également devant ce spectacle.


L’étranger, lui, s’avança au milieu du banquet, face à tous et à toutes, comme s’il s’agissait d’une pièce de théâtre, et dit au souverain :


L’étranger — Mon roi… La raison de ma venue est simple et, à la fois, complexe ! Disons que j’ai entendu des murmures…


Le roi — Des murmures ?


répondit le roi, interloqué.


L’étranger — Oui, mon roi. Des murmures ! Plus exactement, de petites histoires et des ouï-dire venus d’un peu partout…


Le roi — Quel genre d’histoires as-tu entendues ?


L’étranger — Oh, pas grand-chose, mon roi ! De petites histoires de voisinage par-ci… des histoires d’infidélité par-là… ou bien des problèmes de famille aussi.


Le roi se mit à rire, bientôt rejoint par sa cour.


Le roi — C’est pour cette raison que tu es venu dans ma cité ? Ah ah ah !!


Les rires devinrent plus intenses et plus moqueurs à l’égard de l’étranger.


L’étranger — Vous ne devriez pas rire, mon bon souverain…


dit-il, avec un ton un peu plus moqueur.


Le roi — Et pourquoi donc ?


répondit le roi, toujours aussi arrogant.


L’étranger — Car il y a une histoire que j’ai entendue… et dont j’ai été témoin, et même acteur. Une histoire qui vous concerne…


Le roi fut de nouveau interloqué, mais moins qu’avant. Il dit à l’étranger, toujours d’un ton moqueur :


Le roi — Eh bien, vas-y ! Conte-nous cette histoire, à moi et à mes fils ! Que peut-on bien dire sur moi qu’on ne sache déjà ?


L’étranger s’approcha un peu plus, à la vue de tous…


L’étranger — Oh, eh bien… si vous tenez tous à le savoir !


L’étranger commença son histoire.


Il y a bien longtemps, dans un palais en ruine… Un nouveau souverain se tenait là, sur le trône qu’il venait de conquérir. Une population soumise… Une famille royale détruite… Et un pillage des maisons et des temples accompli… Le nouveau roi avait attiré la colère des dieux. Du moins, c’est ce qu’on pouvait croire.


Le roi souhaitait avoir une grande descendance, à l’image de son orgueil. Il prit pour épouse la reine du précédent roi, ainsi qu’une multitude de concubines en secret, afin de s’assurer d’avoir une progéniture mâle, quoi qu’il arrive.


Mais la reine, avec ce nouveau roi, consulta l’oracle de la ville, qui leur prédit un destin funeste :


« Le roi n’aura aucun fils fort issu du sang de sa reine. Seule la mort lui sera promise, suivie de fratricides sanglants et d’une justice divine, cruelle et singulière. »


Cette prédiction rendit fou de colère le nouveau roi, lui qui s’était donné tant de mal pour conquérir son trône. Le voilà menacé, comme Zeus, par sa propre descendance. Il emprisonna sa reine dans un cachot sombre, oublié de tous, et s’assura que tout le monde croie que les futurs enfants issus de ses concubines secrètes étaient nés de la reine que plus personne ne pouvait rencontrer.


La reine sombra de plus en plus dans la tourmente. Mais avant son mariage avec le roi, elle était tombée enceinte du prédécesseur. Elle réussit à accoucher dans le secret et à cacher l’enfant parmi les servantes du palais.


Oublié ! Ou jamais révélé au grand jour… La noirceur du monde lui était destinée, jusqu’à son dernier souffle… et jusqu’à son arrivée dans le monde d’Hadès.


Je lui ai refusé cette vie quand sa mère me l’a confié. Je ne voulais pas qu’il périsse dans l’obscurité qui l’avait vu naître. Apollon ne lui avait-il pas accordé la lumière ? Alors moi… je lui offrirais un monde plus beau que le grand jour. Un monde plus vaste encore. D’une toute autre grandeur.


Tout commença avec l’histoire d’une vie… D’une banalité sans égal aux yeux du divin. Une épouse aimante, qui espérait offrir le plus beau des cadeaux au père de son enfant. C’était bien trop beau pour être vrai… Bien trop beau pour se réaliser…


Si Métis engendre un fils, celui-ci sera plus puissant et plus grand que son père. Et il lui prendra tout ce qu’il a construit.


Alors le passé était encore condamné à se répéter. La peur et l’égoïsme devinrent maîtres… Mais le désespoir et la crainte du jour prochain se remarquent facilement. Alors, dans le secret, tout comme le père, je naquis dans l’ombre. Avant de dire adieu à ma mère, et à l’innocence.


Dans les ténèbres… Dans l’oubli… Dans les entrailles de Gaïa, je grandis… Dans l’ignorance d’un père… D’un roi… Et d’une sœur bien plus sage que je ne pourrai jamais l’être.


Alors je devins le mépris et le savoir. La corruption et le secret. Sophidès était le murmure chuchoté aux oreilles du monde.


Mais un murmure n’est rien d’autre que des mots… Des mots qui n’ont rien d’éternel. Et pour ma plus grande joie, c’est ainsi que j’ai fait mien mon pouvoir. Et c’est ainsi que je l’ai transmis.


La salle du trône était silencieuse… Un silence de mort. Comme l’expression du souverain qui me faisait face.


Un cri d’arrêt s’éleva à mon encontre, hurlé par la peur et la crainte du roi, effrayé par mon histoire.


Le roi — Mais… mais qui es-tu, bon sang ? Es-tu… Die—


disait-il, pâle comme les habitants des Enfers. Mais il n’eut pas le temps de finir sa question. Avant qu’il ne puisse achever son tourment, son sang royal jaillit de son ventre, transpercé par une lame et une voix surgie des ombres.


? — Il est un murmure inoubliable… Une cicatrice du monde qui ne pourra jamais être tue. Car c’est dans l’ombre que notre histoire s’écrit…


Oui… C’était satisfaisant de voir l’enfant oublié tuer l’usurpateur de son trône. De voir la terreur dans les yeux de ses fils, assistant à la scène… Avant que certains ne soient égorgés par leurs propres frères. Leurs cris… leurs regards… Tout fut gravé dans l’esprit de ces animaux primitifs.


C’était le jour où la ruse triompha de la force brute. Où la sagesse triompha de la faiblesse d’esprit. Où mon art du complot triompha des hommes.


Épilogue


La cité du défunt souverain était en feu, livrée au chaos. Ses habitants n’étaient plus. Et, du haut de ma colline, je contemplais le spectacle avec mes disciples, issus de ce peuple réduit en cendres…


Un messager du divin vint à moi.


L’étranger — Hermès ! Mon cher frère… comment vas-tu ?


Hermès — Ne m’appelle plus ainsi, Sophidès.


Sophidès — Pourquoi ? Tu n’aimes pas la vérité ?


Hermès — …


Sophidès — Je plaisante, mon cher… Pourquoi viens-tu m’honorer de ta présence ?


Hermès — Ce que tu viens de faire…


Sophidès — Grandiose, n’est-ce pas ? Mon art et mes talents à leur apogée. Tu ne trouves pas cela magnifique ?


Hermès — Père… notre roi veut te voir.


Sophidès — Oh ! Vraiment ? Que peut-il bien me vouloir ? Tu as une idée, mon frère ?


Hermès — Il souhaite que tu t’occupes d’une affaire particulière.


Sophidès — Quelle affaire ?!


Hermès — …


Hermès — Un nouveau bâtard est né.


Sophidès — Oh vraiment ? Il en a engendré un autre ? Tu devrais être content, non ? Une nouvelle tête rejoint la fratrie.


Hermès — Ce n’est pas son fils.


Sophidès — Vraiment ? Qui a bien pu… ?


Hermès — Hadès… C’est Hadès qui a eu un fils illégitime.


Sophidès — …


Sophidès — Hadès, tu dis ? Hmm… Intéressant.