Chapter 1 - Premier Hiver sans tournée
L'hiver avait envahi Séoul comme une marée silencieuse. Il s'était infiltré dans les rues, s'était posé sur les toits, et s'était glissé entre les fenêtres du dortoir, couvrant la ville d'une lumière grise et feutrée.
Pour la première fois depuis longtemps, Stray Kids n'était pas en mouvement. Pas de concerts à préparer, pas d'enregistrements, pas de nuits blanches en studio. Le silence, presque inconnu, régnait sur le dortoir. Une pause. Inattendue. Presque dérangeante.
Hyunjin s'était réveillé tard. Il traînait dans le salon, en sweat large, cheveux encore humides après une douche chaude. Une tasse de thé entre les mains, il observait distraitement la buée se former sur la vitre, là où le froid heurtait la chaleur intérieure.
À ses pieds, allongé sur le tapis du salon, Felix dormait.
Il portait un pull crème, trop grand pour lui – probablement à Hyunjin, en réalité – et un jogging sombre. Ses cheveux blonds tombaient en mèches désordonnées, et sa respiration régulière soulevait lentement sa poitrine. L'expression de son visage était paisible. Hyunjin ne pouvait pas détacher son regard.
Il avait essayé. Il avait regardé ailleurs. Vers la télé éteinte, vers les livres posés sur l'étagère. Il avait même feint de répondre à un message sur son téléphone. Mais rien n'y faisait. Son regard revenait toujours à lui. À Felix.
Il y avait quelque chose, ces derniers temps. Une chose fragile, infime. Quelque chose que Hyunjin n'arrivait pas à nommer.
Ce n'était pas la première fois qu'il le regardait dormir. Mais c'était la première fois que ça lui faisait... ça. Cette sensation étrange dans la poitrine, ce mélange d'apaisement et de tension. Ce besoin de rester là, juste à côté, sans parler.
Il porta la tasse à ses lèvres, mais la boisson était déjà tiède.
— Tu vas le cramer avec tes yeux, dit une voix dans son dos.
Hyunjin sursauta. Seungmin était adossé à la porte de la cuisine, un bol de céréales à la main. Il avait ce ton faussement neutre qui laissait toujours deviner une moquerie.
— Je... Je regarde pas, répondit Hyunjin en se redressant.
— Ah non ? T'as fixé son front pendant cinq bonnes minutes, mon gars. On aurait dit que tu faisais une étude anatomique.
Hyunjin leva les yeux au ciel, essayant de masquer le rouge qui lui montait aux joues.
— Il dormait, c'est tout. C'est calme ici, c'est rare.
— C'est sûr que c'est pas dans ta chambre que t'aurais pu admirer Felix allongé sur le sol comme ça, hein ?
— Dégage.
Seungmin haussa les épaules avec un sourire en coin, avant de tourner les talons. Sa voix résonna une dernière fois dans le couloir :
— C'est pas interdit de se poser des questions, tu sais. Même sur ce genre de trucs.
Hyunjin resta figé. Il serra sa tasse entre ses doigts, un peu trop fort. Son cœur battait plus vite. Était-ce si visible que ça ? Ou bien Seungmin avait juste deviné ?
Un froissement de tissu l'arracha à ses pensées. Felix bougea légèrement, étirant une jambe, puis un bras. Il ouvrit les yeux lentement, papillonnant sous la lumière douce du matin. Son regard croisa celui de Hyunjin.
— Hey, murmura-t-il d'une voix endormie. Il est quelle heure ?
— Presque midi, répondit Hyunjin. T'as dormi comme une pierre.
Felix s'assit en grimaçant. Il passa une main dans ses cheveux, révélant son cou fin et sa clavicule marquée par le col large du pull. Hyunjin détourna les yeux rapidement, sans vraiment savoir pourquoi.
— J'ai rêvé qu'on était en Australie, dit Felix en souriant. Il faisait chaud. T'avais une chemise moche avec des fleurs, et tu disais que c'était la mode.
— C'est très probablement vrai, répondit Hyunjin en souriant malgré lui.
Felix rit doucement. Puis il s'allongea à nouveau, cette fois sur le dos, les yeux fixés au plafond.
— Ça me manque, parfois. Pas juste l'Australie. L'extérieur. Bouger. Avoir un but tous les jours. Là, j'ai l'impression d'être... entre deux respirations.
Hyunjin hocha la tête lentement. Il comprenait. Ce vide était confortable, mais aussi un peu angoissant. Trop de temps pour penser. Trop d'espace pour ressentir.
— T'en profites pour écrire, au moins ? demanda Felix sans le regarder.
— Un peu, ouais. Des trucs pas très bons. Mais j'écris. Et toi ?
— Je cuisine, je joue, je rêve. Je regarde les gens dormir aussi, parfois.
Hyunjin tourna brusquement la tête vers lui. Felix le regardait déjà, un sourire joueur aux lèvres.
— T'es bizarre, dit Hyunjin.
— Tu peux parler, répondit Felix. Tu me regardais dormir, non ?
Silence. Un battement de trop.
— J'te regardais pas.
— Hyunjin.
Le ton était doux. Il ne l'accusait pas. Il constatait. C'était pire.
Hyunjin se leva brusquement, ramenant sa tasse vide à la cuisine. Il entendit Felix rire doucement derrière lui, et ça l'agaça. Pas parce qu'il se moquait. Mais parce que ça le touchait. Trop.
Dans la cuisine, il croisa Chan, les cheveux en bataille et une banane à la main.
— Bien dormi ? demanda le leader.
— Ouais. Et toi ?
— J'ai rêvé qu'on ratait notre comeback à cause d'une invasion de chats géants. Je sais pas ce que ça dit de mon état mental.
Hyunjin rit, et ça fit du bien. Même brièvement.
— Tu veux sortir un peu ? proposa Chan. Il neige doucement dehors. On pourrait aller marcher. Toi, moi, Lixie... les autres s'ils veulent.
Hyunjin hésita. Puis hocha la tête. Peut-être que l'air frais lui ferait du bien. Peut-être qu'il arrêterait de penser.
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L'après-midi, ils sortirent. Felix portait un long manteau beige, les mains dans ses poches. Hyunjin marchait à ses côtés, son bonnet couvrant presque ses yeux.
La neige tombait en flocons fins, presque timides. Les rues de leur quartier étaient calmes, les passants rares. C'était parfait.
— On dirait le décor d'un film, murmura Felix.
— D'un drama triste, ouais.
— C'est parce que t'es le personnage principal torturé, Hyunjin-ah.
Hyunjin le fixa du coin de l'œil. Felix avait ce sourire tranquille, presque lumineux. Mais ses yeux, eux, étaient profonds. Sombres. Pleins de choses qu'il ne disait pas.
Ils marchèrent longtemps, sans vraiment parler. Ils traversèrent un petit pont, s'arrêtèrent près d'un café, puis reprirent leur route. À un moment, leurs mains se frôlèrent. Aucune ne se retira.
Le cœur de Hyunjin battait fort.
Il aurait pu parler. Il aurait pu dire qu'il ressentait quelque chose, qu'il ne comprenait pas encore, mais qui prenait trop de place. Il aurait pu lui demander s'il ressentait aussi ce trouble, cette électricité silencieuse entre eux.
Mais il ne dit rien.
Parce que c'était plus facile de ne pas briser l'équilibre. Plus facile de continuer à prétendre que leurs gestes n'avaient pas changé. Que les regards ne duraient pas trop longtemps.
Parce qu'il avait peur.
Peut-être que Felix, lui, voyait déjà. Peut-être qu'il savait. Mais il ne disait rien non plus.
Alors ils marchèrent. L'un à côté de l'autre.
Et ce soir-là, en rentrant au dortoir, Hyunjin se dit que l'hiver allait être long