Chapitre 1 — La fille qui brûle
« L’air sentait la terre, la pluie et quelque chose de plus ancien… quelque chose de vivant. »
La pluie tombait comme des murmures sur les feuilles épaisses.
Perchée sur un rocher, les genoux repliés contre elle, Neva fixait les arbres devant elle sans vraiment les voir. Elle avait l’impression que la forêt la regardait en retour.
Depuis trois mois qu’elle s’était réfugiée dans cette cabane délabrée, tout était devenu… flou. Les jours. Les nuits. Elle évitait les humains. Elle évitait les miroirs. Parce qu’elle ne se reconnaissait plus.
Pas depuis la nuit de l’incendie.
Pas depuis qu’elle avait vu les flammes sortir de ses mains.
Elle ne savait pas ce qu’elle était, mais elle savait ce qu’elle n’était plus : normale.
Un craquement de branche.
Neva se figea. Son souffle se suspendit.
Quelqu’un approchait.
Les pas étaient trop légers pour un chasseur, trop lourds pour un cerf. Il y avait… une intention. Elle le sentait. Comme si l’air lui-même reculait.
Et alors elle le vit.
Il émergea de la brume comme un cauchemar trop beau pour être réel. Grand. Silhouette affûtée. Manteau noir. Cheveux humides qui tombaient sur un visage fait pour les péchés les plus délicieux. Et ces yeux… argent liquide, fixes sur elle comme s’il venait de retrouver un secret longtemps perdu.
Il ne dit rien pendant un long moment. Il la regarda simplement. Comme si elle lui appartenait déjà.
— Tu es plus petite que je l’imaginais, dit-il enfin, voix basse, presque moqueuse.
Neva serra les poings. Défense automatique.
— Tu me confonds avec quelqu’un d’autre.
Il sourit. Un sourire lent. Dangereux. Qui aurait pu passer pour charmant… si ce n’était ce quelque chose de féroce derrière.
— Je ne me trompe jamais.
Elle recula d’un pas, son dos heurtant un arbre humide. Elle sentait la chaleur revenir sous sa peau. Cette sensation familière… le feu.
— T’approche pas.
— Oh, Neva. Tu m’as déjà appelée.
Elle blêmit.
— Comment tu connais mon prénom ?
Il fit un pas vers elle. Puis un autre. Jusqu’à ce qu’il soit si proche qu’elle sentit son souffle chaud contre son front.
— Parce que je te cherche depuis huit ans. Et parce que ton sang… sent comme la magie interdite.