Prologue
Yolima, six ans
De l’école à la maison, je marche normalement pendant plus de trente minutes mais pas aujourd’hui, non. Aujourd’hui je suis obligé de courir. Aracely est toute seule à la maison avec mamá et hier on était le premier mercredi du mois. C’est le soir où mamá sort toujours pour aller acheter ses sachets blancs. Elle nous dit que c’est du sucre pour les adultes, que ça l’aide à rester éveillé mais c’est faux parce qu’elle s’endort tout le temps après. Parfois son dodo dure longtemps et je suis obligé d’aller chercher dans la rue quelqu’un de grand pour la réveiller. Quand je dois le faire, mamá finit toujours par me crier dessus et sur Aracely aussi.
Elle prend ses sachets de sucre depuis que son ancien ami, Téo est parti. Il est parti de la maison après qu’un soir, mamá l’est surpris avec Aracely derrière un de nos rideaux. Enfin, avait. Mamá l’a arraché de colère en criant fort sur son ami. Je ne me souviens pas de tous les vilains mots qu’elle lui a sortis mais depuis, il n’est pas revenu. Tant mieux en soit, je n’aimais pas le regard qu’il posait sur nous.
Le vent dans les cheveux et le cœur battant fort, je saute d’un muret de notre bario et continue à courir. Les rues du bario sont pleines de personnes à cette heure là. Les adultes rentrent chez eux fatigués, les enfants errent pour jouer ou espèrent voler un touriste qui passerai par ici. Pour certains, cela reste la seule manière de manger.
Je vois enfin la toile de ma casita, le rideau qui fait office de porte est tiré. Mamá est à la maison. Je passe sous le rideau, la respiration un peu rapide et avance dans la pièce. Notre maison comporte seulement trois pièces, toutes séparées par un rideau. Mamá est couché sur le petit canapé et semble dormir.
Je m’en doutais…
Aracely doit être dans notre chambre, comme toujours. Elle n’a pas le droit d’aller à l’école pour le moment. En poussant le tissu, je trouve ma petite sœur en train de manger un morceau de pain. Notre seul repas depuis quelques jours.
Sans rien dire, je laisse tomber ma pochette qui comporte mes crayons pour l’école et vient me coucher sur le matelas. Il est vieux et taché mais pour dormir, ça nous suffit. Les cheveux bouclés de ma sœur viennent me chatouiller le nez, m’indiquant qu’elle veut aussi dormir. Je l’enlace et alors que le soleil est encore haut dans le ciel, on ferme les yeux et nous évadons d’ici.
Une pression sur l’épaule me sort de mes rêves. Dommage, il était bien…
Je me redresse en frottant mes yeux. Il fait nuit et Aracely tient une lampe torche dans les mains.
— Mamá dort encore… j’ai faim Yolima…
Sa petite voix me force à me mettre sur mes deux pieds et à aller réveiller mamá. C’est rare qu’elle dorme aussi longtemps. Je la secoue et essaye de dégager ses long cheveux de son visage. Si ses yeux s’ouvrent, j’aurai réussi ma mission.
En écartant ses cheveux, y a quelque chose de visqueux et de puant qui se met sur mes mains. Mon nez se fronce quand je l’odeur arrive à mes narines. Beurk! Je ne sais pas sur quoi mamá s’est endormis ou ce qu’elle s’est renversé dessus mais, ça pue!
— ¡Mamá, réveille toi! Aracely a faim et moi aussi… Tu avais promis qu’on aurait de la soupe aujourd’hui…
Mais mamá ne bouge pas. Mamá préfère dormir que s’occuper de nous… Tant pis…Je vais devoir aller dans la rue. Je prend la main de ma petite sœur et sort avec elle pour trouver de l’aide.
La première porte qui s’ouvre donne sur Marlena. Une fille de seize ans qui vit seule ici. Elle soupire en voyant que c’est nous.
— Encore c’est ça?
Comme les fois précédentes, elle nous raccompagne et se penche sur maman. Elle se réveillera bientôt c’est sûr.
Pourtant, à peine Marlena a-t-elle touché mamá qu’elle recule vivement. La main posée sur sa bouche et les yeux grand ouverts.
— ¡Mierda!
Elle prend vite Aracely dans ses bras et me tire vers sa casa. En nous posant sur le canapé, elle attrape son petit téléphone et parle rapidement au téléphone alors qu’à côté de moi, Aracely demande après mamá.
Avec ma sœur tirant sur mon t-shirt et me parlant dans l’oreille, je n’arrive pas à entendre ce que Marlena dit au téléphone ni à qui.
— Sí, Sí, les deux filles sont avec moi.. Sí señor.
Elle dépose son téléphone, l’écran noir sur la table.
— Quelqu’un arrive les filles. Je vous promets que ça ira.
— ¿Et mamá? lui demandé-je incertaine.
— Elle vous a déjà parlé de los angeles? Et bien…
— Mamá est un ángel? intervient Aracely, les yeux qui commencent à se remplir de larmes.
Le hochement de tête de Marlena provoque un quelque chose dans mon cœur. Comme un pincement, ça fait mal. Mamá nous a dit que los angeles, c’est les personnes qu’on aime et que nous aiment de tout leur cœur. Quand le moment est venu, ils s’envolent vers le ciel pour veiller sur nous…et on ne les revoit jamais plus.
Aracely se met à pleurer en comprenant que jamais plus mamá ne se réveillera. Mon regard reste sur le téléphone que l’adolescente a posé il y a quelques minutes. À qui parlait-elle?
Elle nous donne à manger, espérant que ça calmera les pleurs de ma sœur et elle a raison. Aracely ne pleure presque plus maintenant qu’elle a à manger. Marlena nous installe ensuite sur le canapé avec une petite couverture. Nous murmurant de dormir pour le moment. Pourtant, aucune de nous deux n’a le temps de fermer les yeux. Quelqu’un toque à la porte. La jeune femme se lève ouvrir la porte et laisse entrer un homme en costume. C’est bizarre d’être habillé comme ça alors qu’il fait nuit.
— Merci Marlena.
L’homme s’approche de nous. Il a des cheveux sombres et des yeux qui font peur à ma sœur. Un sourire sur le visage, l’homme s’accroupit à notre hauteur et tendit sa main.
— Je suis Don Marcelo, enchanté Aracely et Yolima.
Mes sourcils se froncent lorsqu’il dit nos deux prénoms sans hésiter, comme s’ il nous connaissait.
— Je vous ai déjà vu, prononce ma petite sœur. Vous venez parler avec mamá …
Je la crois mais je ne me rappelle pas l’avoir déjà vu. Pourtant, l’homme acquiesce et son sourire s’agrandit.
— Vrai. Marlena m’a dit que votre maman n’était plus en état de s’occuper de vous. Je vais le faire à sa place maintenant et je vous fais une promesse, vous n’aurez plus jamais à manquer de quelque chose. Nunca.
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Nous voici au début d'une nouvelle histoire.
Des Triggers Warnings seront affichés à chaque début de chapitre lorsque cela sera nécessaire.
À très vite.








