Prologue - Ce qu'on ne voit pas
J’avais treize ans. Peut-être quatorze. Une élève "comme les autres", en apparence. Mais il y avait déjà un poids que personne ne voyait : le mot dyslexie, inscrit sur un dossier scolaire depuis la CM2. Apprendre les tables de multiplication, retenir une leçon entière, recopier un exercice sans erreur… Pour moi, ce n’était pas difficile. C’était une montagne. Car mon cerveau fonctionne bien différemment des votres.
Au collège, les couloirs étaient trop étroits pour contenir tous ces corps, ces cris, ces regards. Et surtout, pour contenir le regard des autres quand je faisais une faute, quand je bégayais en lisant, quand j’écrivais lentement au tableau. Ma différence, je ne pouvais pas la cacher. Elle me suivait comme une ombre.
Alors ils ont commencé. Quatre. Quatre visages, quatre voix, quatre ricanements. Aux récréations d’abord. Puis pendant les cours. Ils disaient que j’étais nulle. Que je ne ferais jamais le métier que je voulais. Que je n’étais qu’une incapable, une erreur ambulante.
Je me suis tue. Puis je me suis enfermée. J’ai voulu prouver que j’étais capable. J’ai commencé à travailler jour et nuit. Sans pause. Sans répit. Avec cette voix dans ma tête : tu n’as pas le droit de rater.
Les crises d’angoisse sont venues. Une, deux, dix par jour. Je n’étais plus qu’un cœur battant trop fort dans une poitrine trop étroite. Puis est né le perfectionnisme. Maladif. Obsessionnel. Tout devait être parfait, sinon c’était l’échec. Et l’échec, c’était eux qui gagnaient.
Mais à force de chercher à tout réussir, j’ai commencé à me perdre. À m’oublier. À vivre avec un stress constant, planté comme une aiguille dans la gorge.
Ce livre, ce n’est pas juste l’histoire d’un harcèlement. C’est l’histoire d’une blessure qu’on ne voit pas. Et de la lutte, chaque jour, pour rester debout.