Prologue
Appel vers « Mi vida loca »
Une sonnerie, deux sonneries.
« Holà mi amor ! Ah, je pensais à toi justement, alors attends… »
J’entends Maëline de l’autre côté du téléphone, mais je ne parle pas. Je n’y arrive pas. Le vide a pris possession de moi en un temps record, et le karma me traque comme un lion qui vient d’apercevoir une gazelle. Affamé, verrouillé sur sa cible, imperturbable.
« D’ailleurs, tu pourrais me dire ce que tu penses de ce haut… »
La voilà qui continue son monologue, remarquant à peine que je ne suis pas vraiment là. C’est bien moi qui ai passé ce coup de téléphone, mais…
« Putain Lia, je m’agite comme une débile devant l’écran mais t’as pas mis la vidéo. »
Son rire. Le rire de ma meilleure amie. C’est ce qu’on peut appeler un rire communicatif, une voix douce et réconfortante capable de faire sourire le plus dur des criminels. En même temps, quand on a son charisme, son charme, son sourire…
Finalement, quand on est Maëline, c’est plutôt facile de rendre un lion doux comme un agneau, de faire rire Grincheux, de faire rougir Hulk.Mais ce soir, oh, ce soir, elle ne m’atteint pas.
Demande de vidéo
À cette mélodie que je connais trop bien, je pose le portable sur mes genoux, hésitant une seconde avant d’accepter le FaceTime.
Ploc.
« Ah, Lia, je… »
Sa phrase se coupe. Je soupçonne qu’elle ne voit que le ciel gris au-dessus de ma tête. Peut-être qu’elle a la chance de voir les petites gouttelettes tomber sur la caméra, comme dans un film.
« Lia ? Allô ? Tu m’appelles par erreur ou… ? »
Mon silence l’impatiente. Ou l’inquiète.Je n’arrive pas à savoir. De toute manière, je ne comprends plus rien.
Cette situation me dépasse.Tout est allé bien trop vite.
Me retrouver là, assise sur une valise contenant toutes mes affaires, sur le trottoir devant ce qui ressemblait encore à mon appartement il y a quelques heures.Enfin… son appartement, maintenant.
Perdue sous la pluie
Une larme dévale le long de ma joue, se fondant à la pluie battante.
Comment peut-on se sentir à la fois merdique et soulagée d’un poids ?
« Tu m’entends ? T’es où ? »
Finalement, je soupire. Je remonte le téléphone à hauteur de mon visage, offrant à ma meilleure amie ce que le carnage de toute à l’heure a laissé sur mes traits.
Et sans même que j’aie besoin de dire un mot, elle lâche :
« J’arrive. Cinq minutes. »
Puis elle raccroche.
Bip, bip, bip.
Je suis soulagée qu’elle vienne.Mais la tonalité de fin d’appel me fait m’effondrer à nouveau.
Je ne vois plus rien, tant les perles salées envahissent ma vision.
Seuls les bruits de fond me rappellent que je suis à New York.La ville où tout se joue.
Et pourtant, moi, j’ai perdu.
Mais en perdant ce soir… est-ce que je n’ai pas gagné ma liberté ?