Les Battements d'Avia

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Summary

Entre les quatre murs d'un long couloir oublié, une jeune fille à peine sortie de l’adolescence rêve en silence. Née dans une grande famille, elle n'aspire qu'à une chose : danser. Non pas selon les règles de la cour, mais librement, suivant les battements de son cœur. Chaque soir, elle répète en secret, guidée par sa préceptrice complice. Ensemble, elles cachent cette passion aux regards, car personne ni la famille, ni la cour, ni les domestiques ne doit savoir. Dans cette cage dorée, elle étouffe. Elle rêve de s’exprimer, de respirer, de danser comme si c’était sa façon d’exister. Cette œuvre est celui d’un cœur qui refuse de se taire. Mais juste vibrer et suivre ses rêves.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 : une danse éternelle


L'histoire d'une jeune fille qui grandit a travers la danse en trois amorces narratives sa naissance, son repli, et sa renaissance.

On essaye par tous moyens de lui enlever sa lumière, mais sa ténacité triomphera toujours pour ceux et celles qui connaissaient son nom et dans les archives du royaume de Lirennwald.

Demeure de la famille Dolingam, an de grâce 1200.

Dans les couloirs silencieux du château Lington, au cœur d'un royaume niché entre les hautes montagnes et les forêts denses inspirée de l'est de l'Europe, l'ombre d'une jeune fille dansait. Sous la lumière vacillante des chandelles, ses mouvements se reflétaient sur les murs, fluides et éthérés. Elle tournait, glissait, s'élançait... telle une illusion insaisissable. Une mélodie lointaine, jouée sur un luth ancien, s'échappait d'une fenêtre ouverte, envoûtant l'air comme un sortilège discret.

Dans sa chambre, on pouvait apercevoir de loin de son balcon la jeune Avia qui était absorbée dans son monde. De longs cheveux lisses roux tenu par un ruban bleu et des yeux si profond de la même couleur que son accessoire qui les mettait bien en valeur, armé de son crayon elle traçait des silhouettes élégantes de danseuses sur du parchemin. Ses robes imaginées flottaient, tournaient, vibraient dans l'air figé de la pièce. Elle rêvait. D'étoffes virevoltantes. De scène secrète. De liberté.

Le luth commença à jouer à l'extérieur, Avia s'empressa de se lever, elle se mit a danser chaque pas qu'elle avait en tête au rythme de la musique, dans ces moments là Avia était dans son propre monde, plus rien n'existait, plus rien ne comptait, non, seulement la mélodie et elle-même.

Son rêve ne se vivait qu'à l'abris des regards, l'art de la danse Avia veut le vivre, en faire son métier, ce qui pourrait lui couter sa peau c'est le vivre devant les autres, la pratique de la danse dans son royaume étant vue comme une atteinte à la dignité et la pureté d'une femme noble, elle n'est destinée pas à suivre ce choix.

Cependant, rien n'arrête un coeur qui ne se cesse de vibrer et s'exprimer, au contraire là ou sa condition de noble l'empêche pleinement d'être libre Avia veut casser les codes en devenant la première femme danseuse venant d'une famille importante.

Mais il y a toujours un prix à payer...

— Avia !

La voix sèche de Sally la fit sursauter. Sa petite fleur glissée dans les cheveux tomba au sol. La musique s'arrêta net, comme si elle n'avait jamais existé.

— Tu as entendu ? Ne fais jamais ça encore. C'est dangereux. Très dangereux.

— Mais je n'ai rien fait, je ne faisais que dessiner et de danser, depuis quand est-ce un mal ?! protesta doucement Avia.

— Il ne suffit pas de danser pour que cela soit innocent. Tu le sais, murmura Sally en regardant la fenêtre. Et maintenant, prépare-toi. Tu dois descendre. C'est ton devoir de prendre le petit déjeuner auprès de tes parents.

Plus tard dans la matinée, habillée par les soins méticuleux de Sally, Avia descendit les escaliers du deuxième étage menant au grand salon. Sa robe bleu pâle aux broderies dorées suivait élégamment ses pas. Sa chevelure avait été remontée en une demi-coiffure retenue par un peigne en nacre.

— Que se passe-t-il ? Pourquoi cette tenue ? demanda-t-elle à Sally.

— Vous avez seize ans depuis peu, Mademoiselle, répondit la préceptrice en baissant les yeux. Aujourd'hui, vous devez consulter les profils.

— Quels profils ?

— Ceux des prétendants, bien sûr, ajouta une voix depuis le salon.

La mère d'Avia, une femme noble au port altier, cousine germaine de la reine, observait sa fille avec fermeté.

— Il est temps, Avia. Le royaume s'ouvre au progrès : tu peux choisir. Mais tu dois choisir. Nous avons reçu les propositions de familles très respectables.

— Mère, je ne veux pas choisir. Pas maintenant. Je veux... vivre. Grandir. Être libre !

— Tu es une Dolingam ! Et les Dolingam servent le royaume. Tu n'es pas une villageoise. Tu es noble. Et tu as des devoirs !

Les deux femmes se fixèrent. La tension entre elles n'était pas nouvelle, mais ce jour-là, elle était plus tranchante qu'une lame.

— Tant que tu n'as pas fait ton choix, tu ne mettras pas un pied hors de ce château. Oublie les préparatifs du bal masqué de ce soir.

Avia détourna le regard, le cœur serré. Le bal masqué... Le seul moment où elle aurait pu danser librement.

Sally, silencieuse jusqu'ici, s'approcha et lui murmura :

— Si tu choisis un homme... tu pourras danser ce soir. Sans restrictions. C'est permis lors des festivités royales, pour les 50 ans du royaume. Une danse officielle, visible... mais libre.

L'idée fit son chemin. Avia prit une inspiration.

— Très bien. Si je dois choisir, alors que ce soit celui qui pourra danser avec moi. Celui qui sera synchronisé à mes pas.

Sa mère parut soulagée.

— Voilà qui est plus raisonnable ! Tu t'es enfin remise les idées en place.

Parmi les noms proposés, Avia choisit Adrien un noble discret, de même statut social qu'elle et réputé pour son sens du rythme et ses manières raffinées.

Le soir venu, le château royal brillait de mille feux. D'immenses tentures blanches et vertes pendaient du plafond. Le thème du bal masqué, « L'éveil de la nature », inspirait les tenues : feuilles brodées, plumes, diadèmes floraux...

Avia entra dans la salle, parée d'une robe verte sombre, à son bras, Adrien, masqué, lui offrit un sourire discret.

Mais au fond d'elle, Avia bouillonnait. Elle n'était pas venue pour dîner. Ni pour faire la conversation. Elle voulait danser. Vraiment.

Lorsque sa mère fut distraite, parlant avec la reine, et que les domestiques s'affairaient autour des banquets, Avia quitta la salle principale. Elle se faufila dans les couloirs, monta des escaliers dérobés, et arriva dans une somptueuse salle parée de lustres oubliée du château, Sally l'y attendait déjà, silencieuse comme une ombre.

— Tu es venue, dit-elle simplement.

— Tu m'as promis.

Avia commença à danser. Lente au début. Puis vive. Magnifique. Sally la regardait, le cœur battant, des souvenirs remontant à la surface comme des éclats brisés. Lorsqu'Avia tourna une dernière fois, la lumière de la lune dessinant un halo autour d'elle, Sally murmura :

— Assez.

De retour dans la chambre de Avia chez les Dolingam, Sally s'assit au bord du lit, tandis qu'Avia défaisait sa coiffure.

— Tu m'avais promis que tu serais sage. Tu étais en danger ce soir. Si quelqu'un t'avait reconnue...

— Je sais. C'est pour cela que j'était masquée Sally.

— N'oublie pas ta position, tu es une Dolingam ! Beaucoup de filles tueraient pour être a ta place.

— Avia s'exclama.

— Seulement moi je n'ai pas demandé a être une Dolingam, la danse a toujours fait parti de moi, c'est en moi et personne ni-même mes parents pourront me retirer ça.

— Avia..tu ne comprend pas.

— Pourquoi Sally ? Pourquoi cherches-tu toujours a me dissuader de danser, alors oui je sais le risque que représente la danse pour une femme soi-disant qui doit être respectable, gentille, bien éduqué , obéissante et je dois tout à mes parents, je les aimes, mais moi mon coeur me dit autre chose.

— Un silence s'installa et Sally soupira avant de se lever en regardant vers la fenêtre de la chambre d'Avia et rompit enfin ce silence.

— Avia, je porte les séquelles en moi d'une époque qui as fait de moi ce que je suis devenue aujourd'hui, tu ne le sais pas encore mais un jour tu comprendras.

— Comment je peux comprendre quelque chose que tu me dis pas, tu es toujours silencieuse, malgré tout tu as toujours été honnête avec moi et une amie pour moi Sally, même si nous avons des rangs différents.

— Alors promet moi, quelque chose Sally.

— Avia s'agenouilla près de Sally.

Apprend-moi à danser. Vraiment. Je sais que tu étais comme moi avant. Ne me mens pas. Je le sens.

Alors si je parviens à danser devant tous, masquée, sans qu'aucun ne me reconnaisse, souviens toi de cette promesse :

Je suivrai le mariage choisi par mes parents.

Et plus jamais je ne danserai. Sally la fixa longtemps. Puis acquiesça.

— Sally la fixa, un tumulte d'émotions traversant son visage habituellement impassible. Elle lisait dans le regard d'Avia le reflet brûlant de son propre passé. L'hésitation la tordit, puis, lentement, elle se redressa.

— Elle posa ses mains sur les épaules d'Avia, la regarda droit dans les yeux, la promesse silencieuse nouée entre elles."Une dernière danse alors," murmura Sally, sa voix à peine audible. "Pour toi. Et pour ce que j'ai perdu."