Les mystères de Claus Bloodfall

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Summary

Il se réveille dans un corps qui n’est pas le sien. Sans souvenirs clairs. Sans magie. Sans repères. Autrefois, il s’appelait John Clain, le plus grand des exorcistes. Aujourd’hui, on l’appelle Claus Bloodfall. Entre fragments de mémoire, visions brisées et cicatrices oubliées, il devra comprendre qui il est devenu, pourquoi il a survécu… …et surtout ce qu’il est arrivé à Sandra, la femme qu’il a aimée, et peut-être perdue à jamais. Ce corps n’est pas le sien. Cette vie non plus. Mais quelque part dans les ténèbres, la vérité l’attend. Et elle n’a rien d’humain.

Status
Ongoing
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
18+

Renaissance

Ses yeux s’ouvrirent lentement. Une pression indescriptible l’écrasait, comme si son crâne allait exploser. Mais le pire, c’était cette sensation d’étouffer, de ne plus pouvoir respirer. Il ne comprenait rien.

Ses mains étaient ligotées. Après quelques secondes d’un chaos mental, il réalisa qu’il était sous l’eau.

— Qu’est-ce que je fous là ? Je croyais être mort... Mon âme a été emportée pendant l’exorcisme...

Son corps commençait à l’abandonner. Dans un dernier élan de lucidité, il parvint à défaire les liens autour de ses poignets. Avec la maigre énergie qu’il lui restait, il nagea, luttant contre les ténèbres, jusqu’à atteindre la rive…

— Qu’est-ce qui se passe… ?

Sa tête semblait sur le point d’imploser. Des milliers de pensées confuses se livraient une guerre silencieuse dans son esprit. Dans cette nuit noire, ses yeux affaiblis ne distinguaient rien, pas même le bout de son nez. Il n’arrivait plus à réfléchir.

— Est-ce la route vers l’enfer… ou ma punition pour mes fautes… ?

Il esquissa un sourire. Puis ses yeux se fermèrent.

Ses yeux s’ouvrirent lentement. Malgré les douleurs incessantes qui parcouraient son corps, il parvint à s’asseoir. Ses pensées étaient confuses. Qu’est-ce qu’il faisait dans ce lac, ligoté, blessé ? En inspectant son corps, il découvrit des plaies profondes, comme s’il avait été torturé. Mais ce qui le troubla le plus, ce fut ce trou béant dans son ventre… en train de se refermer.

C’était à n’y rien comprendre.

Ses souvenirs étaient un chaos indescriptible, comme si sa tête s’ouvrait en deux, exposant un millier d’images brisées.

— À qui appartiennent ces souvenirs… ?

Se demanda-t-il. Des bribes incomplètes lui revenaient.

Claus Bloodfall. C’était le seul nom que ces souvenirs semblaient lui murmurer.

Dans l’écho flou de cette mémoire empruntée, il tenta de se rappeler…

— Je suis John Clain… le plus puissant des exorcistes…

C’est tout ce qu’il parvint à retrouver. John Clain, le plus grand mage exorciste. Sandra Clain, sa femme… la plus puissante des sorcières. Et cette nuit maudite… cette nuit infernale où il avait tenté d’exorciser ce qu’il croyait être un simple esprit vengeur.

Mais rien ne s’était passé comme prévu. L’horreur les avait engloutis. Et leurs âmes, aspirées par cette chose. Le néant, le vide. Le blanc total.

— Je ne suis pas mort. Et ce corps mutilé… ce corps frêle… ce n’est pas le mien. Et ces souvenirs ? Ils ne m’appartiennent pas. Claus Bloodfall… qui es-tu ?

Il rassembla ses forces, se releva avec difficulté, et se pencha au-dessus du lac. Ce qu’il y vit le glaça.

— C’est… mon corps ?

Il vit de longs cheveux d’or… Des yeux bleus, presque vides, comme morts de l’intérieur.

— Ou pas… C’est quoi ce bordel ?!

La panique s’empara de lui. Tous ses sens étaient déréglés, flous, défaillants.

— Du calme, John… calme-toi…

Il se redressa une nouvelle fois, déterminé.

— Cleoxus vergi tam !

Rien. Pas une étincelle. Troublé, il réalisa que la magie… lui était inaccessible. Non pas qu’il avait perdu l’usage… Non. C’était pire. La magie n’existait plus. Ou du moins, plus pour lui.

— Il faut que je me ressaisisse… Il faut que je comprenne où je suis…

Malgré la faiblesse de ses yeux, il tenta tant bien que mal de distinguer son environnement. Mais le brouillard était trop dense. Il ne voyait qu’à quelques mètres devant lui.

À peine debout, au rythme vacillant de ce corps qui n’était pas tout à fait le sien, il se mit à marcher. Son esprit cherchait désespérément une réponse : À qui appartient ce corps ?

Mais les informations qui lui parvenaient étaient floues. Fragmentées. Illogiques. Des milliers de questions tournoyaient dans sa tête.

Qu’est-ce que c’est que ces vêtements ? Pourquoi étais-je dans ce lac ? Depuis combien de temps suis-je là ?

Il ne le savait plus. Et à vrai dire, il n’avait plus la force d’y réfléchir.

Le temps semblait distordu. Il avançait, encore et encore, au milieu d’une mer d’arbres gigantesques. Ses pas s’alourdissaient. Ses muscles tremblaient. Sa respiration devenait plus irrégulière… Jusqu’à ce qu’il s’effondre.

Son souffle s’éteignait, lentement.

C’est alors qu’il entendit des bruits de pas. Des voix. Et… des chiens.

— Il est là, Sir Claus !

Son cœur s’accéléra.

— Qui sont ces gens ? Sont-ils là pour me tuer ?

Il voulut se relever, fuir, se défendre… Mais ses dernières forces le quittèrent. Et ses yeux, trop lourds, se fermèrent dans un dernier soupir de conscience.

Dans une pièce obscure, faiblement éclairée par la lumière vacillante de symboles magiques, on distinguait des cercles tracés au sol, des artefacts antiques, et des dizaines d’hommes encapuchonnés en noir. Ils se tenaient la main, récitant d’une voix grave des mots indescriptibles, perdus entre l’oubli et l’interdit.

Au centre du cercle, une femme à la peau claire et aux cheveux touffus gisait au sol. Elle convulsait, se tordait de douleur. Ses yeux devinrent entièrement gris. Non loin d’elle, un homme d’une trentaine d’années, aux cheveux couleur or et aux yeux d’un bleu rappelant les profondeurs marines, la tenait contre lui.

Du sang s’échappa de ses narines.

Il tremblait. Il criait.

— Sandra !

hurla-t-il de toutes ses forces.

— Sandraaaaaa !

Il se réveilla en sursaut. Ce n’était qu’un rêve... ou plutôt, un fragment de souvenirs éclatés.

À son réveil, il se trouvait allongé dans une chambre semblable à celle d’un château. Il était couché sur un grand lit aux draps de soie, d’un blanc immaculé. Face à lui, une vaste fenêtre s’ouvrait sur un ciel bleu éclatant. La pièce contenait également une grande armoire, un bureau encombré de parchemins, rédigés dans une langue étrange — dont certains mots lui semblaient pourtant familiers.

Il scrutait la pièce en silence, les pensées embrouillées.

— Comment vous sentez-vous, Monsieur Claus... ?

— Claus Bloodfall... C’est donc ce nom que je porte désormais... pensa-t-il, à voix basse.

— Je ne sais pas... Geoffrey...

Il fut lui-même surpris de prononcer ce nom aussi naturellement. Il ne parvenait pas à se rappeler qui était cet homme devant lui, un quinquagénaire élancé, vêtu d’un costume noir trois pièces. Un monocle cerclait son œil gauche. Il se tenait droit, digne, presque irréel.

— Mon corps... on dirait qu’il a été transpercé par des milliers de lames. Et dans ma tête… c’est une guerre. Chaque souvenir que j’essaie d’atteindre m’échappe aussitôt. Comme s’ils glissaient entre mes doigts…

— Je comprends, Monsieur. Et je suis sincèrement désolé de ne pas avoir pu vous protéger.

Répondit Geoffrey, le ton calme mais chargé d’émotion contenue.

— Nous vous avons cherché dès l’annonce de votre disparition. Pendant des semaines. Sans la moindre piste… Je dois vous dire que Madame Iris était au bord de la folie, Monsieur.

— Iris ?

Le nom fit vibrer quelque chose en lui. Son âme trembla.

— Oui. Votre mère, Monsieur…

Geoffrey observait Claus avec attention, une inquiétude à peine voilée dans le regard.

— Vous semblez souffrir d’une amnésie importante. Nos meilleurs alchimistes travaillent déjà à la création d’un potion pour restaurer votre mémoire. Souhaitez-vous que j’ajoute une potion de renforcement mental à la formule ?

— Faites comme bon vous semble, Geoffrey… Je suis épuisé…

— Bien, Monsieur. J’enverrai les servantes vous assister dans vos besoins. Sur ce, je me retire.

Il salua d’une légère inclinaison, puis sortit en refermant doucement la porte derrière lui.

— Qu’est-ce qui m’arrive… ? Je ne comprends plus rien…

Claus fixait son reflet dans le grand miroir plaqué sur l’armoire de sa chambre. Son regard se perdit un instant dans celui de l’homme en face de lui.

— Je me croyais mort… Et maintenant me voilà ici, dans ce corps…

Il s’approcha. Le reflet lui renvoyait l’image d’un corps nu, maigre, presque fragile. Un torse marqué de cicatrices anciennes. Une peau blafarde. Des bras trop fins. Et surtout… ces cheveux. Longs, dorés, lisses. Et ces yeux… bleus, mais presque vides, comme éteints.

— Ce corps me ressemble, et pourtant ce n’est pas le mien…

Il posa une main tremblante contre le miroir, comme pour s’assurer qu’il était bien réel. Une chaleur sourde lui montait dans le ventre. Un frisson.

— Si je suis vivant… alors… Sandra…

Ses pensées le traversèrent comme une vague violente, brutale. Ses jambes fléchirent. Ses yeux s’illuminèrent d’un éclat mêlé d’espoir et de peur. Son cœur battait à tout rompre.

Il releva la tête.

— Je dois comprendre ce que je fous ici… et retrouver Sandra.

Il recula d’un pas, inspira profondément.

— Pour l’instant… je suis Claus Bloodfall.