La gifle du silence
Point de vue : Aimerie-Elisabeth
Le soleil cognait comme un flic en colère.
Dans la cour du lycée Auguste Escoffier, les murs blêmes renvoyaient une chaleur suffocante, saturée de bruit et de tension. Aimerie-Elisabeth avança dans la foule comme un requin blessé, sac en bandoulière, regard tranchant. Les rumeurs avaient eu le temps de faire le tour du lycée : la fille du militaire débarquée de Hihifo, celle qui avait “cassé la mâchoire d’un prof”.
Faux. À moitié.
Elle s’alluma une clope sous les bougainvilliers. Le règlement l’interdisait, mais ici, tout le monde semblait transgresser les règles à sa manière.
— Joli début pour ton premier jour, murmura une voix grave derrière elle.
Elle se retourna lentement. Il était là. T-shirt noir, dreadlocks attachées, regard aussi sombre qu’un cyclone en approche. Niu. Il était encore plus intimidant en vrai que dans les ragots de couloir.
— T’as un badge de surveillant ? Non ? Alors barre-toi, rétorqua-t-elle en soufflant la fumée au visage.
Il ne broncha pas.
— Ici, on respecte le sol qu’on foule. T’es pas chez toi.
— Et toi, t’es pas mon chef, Kanak ou pas.
Il s’approcha, dangereusement près. Une étincelle glissa dans son regard.
— Fais gaffe, la wallisienne. Tu vas pas survivre à ce lycée en jouant les colonisatrices arrogantes.
Elle rit. Un rire sec, cassant.
— Essaie de me faire peur encore une fois. Je pourrais finir par t’aimer.
Il la fixa un instant, entre haine et fascination. Puis il partit sans un mot.
La chaleur semblait soudain plus lourde.