La maladresse des coeurs

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Summary

Ana porte un fardeau invisible : la survie. Elle quitte tout pour Paris, cherchant un refuge où la vie pourrait enfin reprendre ses droits. Mais cette ville qui ne dort jamais ne fait qu'amplifier l'écho de ses démons intérieures. Les cauchemars, plus intenses et troublant que jamais, la confrontent à un passé qu'elle ne peut plus ignorer. Contre toute attente, c'est au coeur de cette marrée humaine et de ses ruelles parfois trop sombre qu'Ana pourrait trouver la force inattendue de se relever, de se pardonner et d'écrire sa propre histoire, loin des ombres de son passé.

Genre
Drama
Author
Chloé F.L
Status
Ongoing
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Le goût acre de la culpabilité était la première sensation réelle que je ressentais chaque fois que je revenais à moi suite à ce cauchemar récurrent et ce matin n’en fut pas l’exception.

L’acide remonte le long de mon oesophage jusqu’à venir caresser ma langue encore engourdit, me forçant à me tourner sur le flanc et à me redresser afin de ne pas avoir la bouche remplit de ce liquide au goût de poison. Mon corps est tout aussi engourdi que ma langue et il me faut plusieurs secondes avant de réussir à m’asseoir entièrement au milieu de mon lit. Seul mon coeur me rappelle que je suis bien trop vivante. Il bat à une vitesse anormalement élevé et semble taper si fort au creux de ma cage thoracique qu’il pourrait bien finir par en sortir. Rien ne le calmera tant que je ne me serais pas extirpé de mes draps humides, emmêlés dans mes jambes.

Assise au bord de mon matelas, seulement vêtu d’un t-shirt trop grand, je me passe les mains sur le visage et vient repousser quelques mèches qui se sont collés à mon front avec la sueur de mon cauchemar. Je reviens appuyer mes paumes contre mes yeux clos, prends une grande inspiration puis expulse l’entièreté de l’air que j’ai dans les poumons tout en poussant mes mains sur le matelas afin d’impulser mon corps vers l’avant et de me lever. Comme un robot programmé, je contourne mon lit et rentre dans ma salle de bain. Le néon clignote plusieurs fois en émettant un grésillement avant d’éclairer de façon continu la petite pièce dans le quel s’encastre une cabine de douche en face d’une vasque en pierre surmonté d’un grand miroir dont l’un des coins est brisé.

Je ne m’attarde pas sous la douche. Elle est surtout là pour défaire mon corps des marquages de ma nuit agitée et pour apaiser les battements de mon coeur. Après cinq minutes à frotter chaque parcelle de ma peau puis à me brosser les dents enrouler dans une serviette un peu trop rêche, je ressors de la petite pièce devenue trop étouffante avec les vapeurs d’eau. Le contraste avec la température de ma chambre me fait frissonner et hérisse les poils de mes bras. En passant à coté de ma commode, j’attrape le premier t-shirt et le premier sweat que je peux en haut de l’amas de vêtement joncher sur dessus de cette dernière. J’ouvre le tiroir du bas afin d’en tirer un vieux jean délavé ainsi qu’une grosse paire de chaussettes. Je laisse tomber ma serviette sur le parquet de ma chambre et enfile les vêtements sur ma peau encore un peu humide.

La porte de ma chambre émet son habituel grincement lorsque je l’ouvre. De l’autre côté, mon unique autre pièce regroupe une mini cuisine constitué d’un plan de travail sur le quel repose une plaque chauffante, un micro-onde ainsi qu’un évier débordant d’une vaisselle pas encore faite. Un frigo à peine plus grand que moi est engoncé dans un coin et un deuxième plan de travail est posé sur des rangements et sert de séparation au reste de la pièce actuellement plongé d’un silence trop lourd qui me donne mal au crâne et dont je ne supporte pas la présence.Je m’avance vers ma partie préférée de la pièce regroupant un vieux canapé recouvert de plaid, une table basse ensevelit de carnet, de stylo et d’un bric-à-brac qui menace de tomber de chaque coté de la table. En face d’elle est posée une bibliothèque bien remplit ainsi qu’une meuble télé, sans télé, sur le quel repose un tourne disque et une pile de vinyle digne de la tour de Pise et tout un tas de boite remplit de mille et une breloque. En allant vers la fenêtre, une tasse de thé de la veille dans les mains, j’appuie sur le bouton de lancement de la platine afin de briser ce silence assourdissant et de faire taire les pensées incessantes qui tournent dans ma tête.

Dehors, la vie commence doucement à prendre possession des rues. Les timides rayons du soleil essayent de percer l’étendue nuageuses qui s’étend au dessus des toits et viennent donner à la rue des couleurs automnales assez ternes. Le ciel menaçant de laisser tomber sa pluie à tout moment. Cela n’empêche cependant pas la vie de reprendre le cours du temps. Du haut de mon troisième étage, ma tasse de thé froid entre les mains, j’observe les habitants s’activer à rejoindre leur voiture, un nuage de vapeur s’échappant de leur bouche et m’indiquant que le froid est bien présent. D’autre plus courageux semblent prêt à braver le froid et à marcher le long des arbres nues de toutes feuilles afin de rejoindre leur lieu de travail. Pour ma part, rien ne m’attend. Ni voiture, ni travail pour aujourd’hui. Certainement là l’un des avantages de ne faire que des petits boulots et de tout arrêter quand l’envie me prend.

La sonnerie de mon téléphone résonne dans mon petit salon me tirant de ma réflexion matinale. Je m’adosse au cadran de ma fenêtre, observe l’intérieure de mon chez-moi balayant les possibles endroit où se trouve l’objet qui vient de briser l’atmosphère apaisante qui s’était installée. Je le repère sur le comptoir de la cuisine, l’écran est allumé et l’appareil ne cesse de jouer la sonnerie impersonnel m’indiquant un appel. Je l’observe, les yeux plissés, attendant le moment où l’écran s’éteindra en même temps que le son. Malheureusement, cela ne dure que quelques secondes. L’interlocuteur semble insistant et rappelle dans la foulé, rallumant l’écran et rejouant cette mélodie qui m’angoisse. Je dépose ma tasse sur le bord de ma fenêtre et souffle en allant récupérer l’objet du diable. Tout cela devient encore plus pénible lorsque je vois le nom de l’interlocuteur s’afficher sur mon téléphone « Maman ». Je ferme les yeux quelques instants, calme ma respiration puis décroche et apporte le téléphone à mon oreille.

— Bonjour maman, ça va ? Je demande en prenant appuie sur mon plan de travail.

— Bonjour ma fille, je m’inquiétais tu ne réponds pas depuis plusieurs jours…

Je ne sais pas quoi répondre et cela me fait culpabiliser. Une boule d’angoisse vient se loger au creux de ma gorge, m’empêchant encore plus de lui parler. Je me contente d’écouter son souffle raisonner au creux de mon oreille. Je sais que mes silences sont dures pour elles mais ses appels le sont tout autant pour moi.

— Ecoute Ana, commence-t-elle la voix remplit d’une tristesse que je lui connais bien. Je m’inquiète seulement pour toi. Cela fait quelques mois que tu es partie et je suis impressionnée par le courage dont tu fais preuve pour te lancer dans une telle aventure seule… Mais comprend qu’en tant que mère, il est dur pour moi de ne pas savoir comment tu vas, comment tu vis…

Un silence. Encore. Et cette perpétuelle vague de tristesse, de culpabilité et d’angoisse qui vient me frapper de plein fouet lorsque je l’entends me parler. Qu’importe les mots qui sortent de sa bouche, l’effet qu’ils produisent sur moi reste le même : la culpabilité de ne pas être l’enfant rêvé, la tristesse d’être toujours aussi incomprise et l’angoisse de décevoir en continue. La boule qui s’est logé dans ma gorge ne cesse de grandir, m’empêchant presque de respirer. Je sens un picotement familier s’emparer du bout de mes doigts. La crise d’angoisse fait doucement son apparition. Refusant de me laisser submerger de bon matin, encore moins après la nuit que j’ai passé, je me redresse brusquement et me décide à ouvrir la bouche.

— Je m’excuse maman, j’ai enchainé les petits travails dernièrement commençant tôt et finissant relativement tard. J’ai fait tout ça afin de pouvoir ensuite passer quelques temps sans entrave et vagabonder comme je le veux ! j’arrive finalement à débiter sans reprendre ma respiration. Je dois d’ailleurs te laisser j’ai un rendez-vous et je suis presque en retard. Je vais bien d’accord ?! Je vais faire de mon mieux pour vous appeler plus ou répondre plus souvent, mais la faut que j’y aille. Bisous à vous deux.

Je ne lui laisse pas le temps de répondre. Je décale le téléphone de mon oreille, observe ce nom sur mon écran et appuie rapidement sur le petit téléphone rouge afin de couper l’appel. Le téléphone atterrie vivement sur le plan de travail comme s’il m’avait échapper des doigts. Je pose mes mains sur la surface lisse du bois et baisse la tête en fermant les yeux. Mon coeur raisonne dans mes oreilles et je me focalise sur le battement presque régulier qu’il émet afin de retrouver une respiration stable. Il faut plusieurs minutes avant que le fourmillement qui habitait mes doigts disparaisse totalement. Ce n’est qu’en relevant la tête et en ouvrant les yeux que je réalise que je pleure. Ma vue est flou et je sens des traces mouillées le long de mes joues et qui s’étendent jusque dans mon cou.