ALONG YOUR WILL

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Summary

Une flèche,Un village,Un monde Personne ne pose de questions. Personne ne dort vraiment. Natasha...c'est qui?.... Ou est-elle..elle veut quoi?..

Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 : TWITCHLATCHS

Elle tousse. L’eau salée glisse le long de sa peau trempée, entre dans sa bouche. Elle agrippe quelque chose dans sa main. Une forme dure. Une pression. Une flèche ?

Ses yeux sont fermés mais ils plissent, comme par réflexe. L’odeur du pain chaud flotte dans l’air — familière, rassurante... ou pas ?

Elle entrouvre lentement les yeux. Tout est flou. Elle est allongée sur un lit de bambou. Nue. Son corps encore mouillé. Elle panique.

Dans la pièce d’à côté, un vieil homme, silhouette massive, prépare du pain dans un four traditionnel. Il se retourne en entendant sa panique.


NATASHA (haletante)

Où... où est-ce que je suis ?

Il s’approche. Pose doucement une main sur son épaule. La chaleur humaine, mais étrange, comme un gant trop lisse.

CHARLE

On vous a trouvée ce matin, au bord du lac. Vous teniez cette flèche... impossible de vous la retirer.

Elle regarde sa main. Oui, la flèche est bien là. Crispée.

NATASHA

J’étais avec mes enfants... et mon mari... je... Je crois ?

Charle fronce les sourcils, surpris.


CHARLE

Vous n’aviez ni mari, ni enfant quand on vous a trouvée.


VOIX DANS SA TÊTE (sèche, cassée)

Il ment.

Elle sursaute. Fixe la flèche. Les mots de Charle continuent en arrière-plan, mais deviennent lointains, étouffés.


NATASHA (incrédule)

Où... sommes-nous ?


Charle cligne des yeux. Confus. Presque inquiet.


CHARLE

Comment ça ? Vous vivez ici, madame. C’est votre maison.

Elle cherche une trace de souvenir dans les murs, le plancher, la lumière. Rien. C’est un gouffre.


CHARLE (un peu nerveux)

On n’entre pas ici comme ça. Et on n’en sort pas non plus… enfin, pas sans permission.


Elle tente de se lever. Ses jambes cèdent. Par la fenêtre, elle aperçoit le village. Les adultes rappellent les enfants en urgence. Les enfants pleurent, supplient, et sont trainés à l’intérieur. Pourtant, les adultes, eux, marchent lentement, tranquillement, discutant, fumant…


VOIX DANS SA TÊTE (plus claire)

Demande-le.



NATASHA (à voix haute)

Pourquoi ils font ça ? Pourquoi ils enchaînent les enfants ?


Charle ne répond pas. Il regarde vers l’entrée.


Sa femme, Maggissonne, entre, tenant leur fils de 13 ans, Erik, par la main. Il est pâle, ses yeux grands ouverts. Sans dire un mot, Charle l’attache au lit avec des chaînes épaisses. Un loquet. Un cadenas.


NATASHA (se levant d’un bond)

Mais… qu’est-ce que vous faites ?!


Maggissonne s’assoit près d’Erik. Elle lui caresse la main. Elle tremble.


Le soleil se couche, la pièce passe de l’orange au gris.


Par la fenêtre, Natasha voit que toutes les maisons éteignent leurs lumières, une à une. Pourtant, quelques adultes restent dehors, autour d’un feu.

Et puis… ce bruit.

Un cri dans le ciel, à mi-chemin entre le râle d’un vautour et une voiture enrouée. Erik bave, ses yeux deviennent tout blancs, son corps convulse légèrement.

Natasha court dehors. Elle cherche du regard.

Et là, elle les voit.

Deux formes noires, gigantesques, tournent lentement au-dessus du village, ailes tendues, silhouettes distordues.


NATASHA (à voix haute)

Qu’est-ce que c’est ?! Pourquoi les enfants sont attachés ?!

Une vieille femme, Ellen, assise près du feu, ne détourne pas les yeux.


Elle récite, d’une voix rauque, comme une comptine oubliée :


ELLEN

Quand la bougie unique danse, ferme bien ta porte,

Le chant des Twitchlatchs s’insinue, trompe l’âme de l’enfant,

Les adultes rient dehors, insensibles au frisson,

Mais l’enfant, attiré, glisse hors de sa prison.

Les chaînes au pied du lit gémissent sans espoir,

Tandis qu’un rire d’ombre l’emporte dans le noir.

Le regard figé vers le ciel, Natasha tente de comprendre.

Ces formes noires vont et viennent au-dessus du village, comme des vautours qui n’ont pas envie d’atterrir, qui n’attendent rien, mais regardent tout.

Son corps nu, trempé, grelotte. La flèche est toujours là, serrée contre sa poitrine. Mais elle l’oublie. Tout son être est suspendu à ces cris étranges —

pas des cris d’animaux…

quelque chose entre la plainte d’un enfant et le râle d’une bête en décomposition.


Elle recule, les yeux toujours levés. Ses jambes tremblent, cèdent.

Elle tombe au sol, bousculant Ellen, assise à même la terre.

La flèche heurte le sol. Natasha se redresse à moitié, affolée.


NATASHA (désorientée, haletante)

"L’enfant... le petit... là-bas… il crache, il… il va pas bien !"


Ellen ne la regarde même pas.


ELLEN (calme, les mains tendues vers le feu)

"Moi aussi je crache. Je suis vieille. Il est jeune.

Moi non plus, je vais pas bien."

Natasha la fixe, interloquée.

Ce ton. Ce détachement.

Le feu crépite. Et les cris dans le ciel s’effacent un instant, étouffés par l’absurde.


Mais déjà, un bruit de pas. Charle approche, serein, comme s’il allait simplement rallumer une bougie.


Il s’assoit près du feu. Racle sa tête du bout des ongles. Soupire.


CHARLE (désinvolte, en riant presque)

"Comme d’habitude… elle pleure.

Et maintenant elle croit qu’elle a un mari.

Le monde va mal."


Natasha reste assise, le corps tendu, nue au milieu de ce cercle de vieillards, d’indifférence et de flammes faiblissantes.

Autour, les maisons se tassent, silencieuses. Le feu vacille. Le vent se lève.


Un bruissement sourd… non…

Un grondement d’ailes.


Tous lèvent les yeux.

Du ciel noir tombent deux pattes géantes d’oiseau, aux serres épaisses, sales, ridées, comme celles d’un cadavre de rapace.

Elles ne touchent pas le sol, mais s’enfoncent lentement, derrière une maison proche.


Un silence de plomb. Puis…

Les pattes remontent, lentement, et disparaissent dans le ciel comme si rien ne s’était passé.

Mais il manque quelque chose.


Ou quelqu’un.

CHARLE (se grattant la nuque, presque gêné)

"Un de perdu cette nuit… et merde."

Natasha écarquille les yeux. La flèche tremble contre sa peau.


VOIX DANS SA TÊTE (plus pressante, sifflante)

"Ne les regarde pas dans les yeux.

Si tu veux les atteindre… ne croise pas leur regard.

Tu les connais. Ils ne te feront jamais de mal si tu ne les regardes pas."

Elle se redresse d’un coup. Court. Ne réfléchit pas.

Mais l’une des créatures descend. Devant elle.


Une masse.

Plus de six mètres de haut.

Une tête de vautour, au bec fendu.

Un corps d’autruche, énorme, sale, pesant, improbable.

Des ailes ridiculement petites battent dans le vide.

Et pourtant… elle vole.


Natasha s’arrête net.

Le monstre la fixe.

Le feu autour des autres crépite. Personne ne bouge.

Personne ne réagit.


VOIX DANS SA TÊTE (hurlement)

"PIQUE-LE !

Ne le regarde pas ! Pique-le vite ! VITE !"

Elle ne bouge pas. Fixe la créature.

L’horreur l’enlace. L’immobilise.

VOIX DANS SA TÊTE (hystérique, désespérée)

"QU’EST-CE QUE TU FAIS ?! NE REGARDE PAS SES YEUX !

PIQUE !

PIQUE-LE !!!"

L’abomination baisse lentement les yeux.

Fixe la flèche.

Recule. Bat des ailes.

Crie. Un cri long, haché, frustré.


Une deuxième créature descend à son tour.

Elle voit la flèche… et hurle aussi.

Non pas de rage.

De peur.

Alors, enfin, les adultes se retournent.

Ils la voient.


Natasha.

Seule.

Face aux monstres.

Elle recule, recroquevillée, son souffle saccadé, son ventre qui se serre.

L’angoisse pénètre en elle — comme si l’air lui-même était devenu poison.

Elle se couvre, soudain, honteuse, nue, petite, fragile.


Et s’évanouit.


La flèche, toujours, serrée dans sa main.