Entre mes cicatrices

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Summary

Aino n'est plus une élève. Elle n'est plus une fille sociable, ni même une adolescente "comme les autres". Elle est un silence. Une blessure mal recousue. Une âme en chute libre dans une chambre trop pleine de pensées noires. Depuis qu'elle a quitté le lycée à cause de la phobie sociale et de la dépression, ses journées sont toutes les mêmes : silencieuses, étouffantes, douloureuses. Jusqu'au jour où Éden, un garçon de son âge, s'assoit à côté d'elle dans un parc. Il ne parle pas beaucoup. Il ne pose pas de questions. Il est juste là. Petit à petit, entre silences et regards volés, Aino va découvrir ce que ça fait, d'être vue. Aimée. Écoutée. Mais l'amour peut-il suffire, quand on a appris à vivre entre ses cicatrices

Genre
Romance
Author
Allyson
Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapter 1 : la lumière ne passe plus

Elle n'avait pas ouvert ses volets depuis trois semaines. La lumière ne passait plus. Dehors, le ciel de Los Angeles pouvait bien brûler ; dans la chambre d'Aino, il faisait toujours gris. Allongée sur son lit défait, elle fixait le plafond sans vraiment le voir. Le temps passait sans elle, et ça ne la dérangeait plus.

Son téléphone clignotait parfois. Des messages non lus. Des appels de sa mère, des notifications de l'école, des souvenirs de gens disparus... Elle les ignorait tous. Rien ne l'atteignait plus. Sur sa table de nuit, une boîte de médicaments entamée. Sur le mur, des post-it fatigués, griffonnés à la hâte : "Tu n'es pas une charge. Respire. Juste tenir jusqu'à demain" . Elle n'y croyait plus. Mais elle les laissait là, comme des vestiges d'une autre version d'elle-même.

Un bruit lointain, des rires, un bus scolaire. Elle se recroquevilla sous la couette. Fuir encore. Le mot "école" suffisait à la faire trembler. Elle n'avait pas mis le pied dehors depuis... combien de jours ? Elle avait cessé de compter. C'était plus simple. Et puis, une pensée glacée traversa son esprit : Et si je ne manquais à personne ?

Ses doigts glissèrent sur sa peau nue, là où les manches longues masquaient tout. Les anciennes traces. Les nouvelles. Chaque ligne, une pensée jamais dite à voix haute. Pourtant, ce jour-là, sans trop savoir pourquoi, elle se leva. Pas vite. Pas droite. Pas avec envie. Mais elle se leva.

Elle ouvrit la fenêtre. Juste un peu. L'air chaud effleura son visage. Elle enfila un sweat à capuche noir, glissa ses écouteurs dans les oreilles, et sortit. Le monde l'attendait. Elle n'avait rien à lui offrir. Mais il y avait un banc, là-bas, pas loin. Un endroit où s'asseoir sans croiser trop de regards.

Elle marcha lentement, chaque pas lui coûtant une part de son énergie. Capuche sur la tête, elle évitait les vitrines, les souvenirs. Le petit parc était presque vide. Quelques enfants, deux vieux sur un banc, des lycéens rieurs descendant du bus. Elle s'éloigna d'eux. Son banc à elle, c'était celui au fond, à moitié caché par un arbre. Il grinçait quand on s'y asseyait. Il n'avait rien de spécial. C'est pour ça qu'elle l'aimait.

Elle s'y assit. Bras croisés, regard vide. Et c'est là qu'elle le vit.

Un garçon. Seul. Lui aussi. Il marchait sans but. Un sac de lycée sur l'épaule, des écouteurs dans les oreilles, et ce regard un peu éteint. Pas vide. Pas triste. Juste... fatigué. Il la vit. Puis le banc. Puis elle encore. Il s'approcha.

- Je peux ? demanda-t-il, désignant la place à côté.

Aino hésita. Elle voulut dire non, mais aucun son ne sortit. Elle haussa les épaules. Il s'assit. À une distance raisonnable. Ni trop près, ni trop loin.

Silence. Le vent jouait dans les feuilles. Les rires des enfants s'étaient éloignés.

- Tu t'appelles comment ? demanda-t-il.

Elle tourna la tête. Il ne la regardait pas. Il fixait devant lui.

- Aino.

- Eden, répondit-il, avec un léger sourire.

Un silence. Pas lourd. Un silence fragile, presque doux.

- J'te vois souvent ici, dit-il. J'suis pas un stalker hein. C'est juste... je prends toujours ce bus. Et toi, t'es toujours là.

Aino baissa les yeux. Ses manches longues cachaient ses bras.

- T'as pas cours ? reprit-il après un instant.

Elle hésita, puis dit, pour une fois, la vérité.

- J'ai arrêté. Trop dur.

Eden hocha simplement la tête. Pas de question, pas de commentaire idiot. Il dit juste :

- Ouais. J'comprends.

Et dans ce simple mot, il y avait quelque chose d'inédit. Quelqu'un qui ne voulait pas la réparer. Juste rester là.

- Tu sais que j'aime pas les gens ?

C'était sorti sans prévenir. Brut. Un aveu arraché.

Eden tourna la tête, surpris, mais pas moqueur.

- Moi non plus. Enfin... pas tous.

Elle regarda ses mains croisées. Ses manches cachaient ses poignets. Tant mieux.

- J'ai arrêté l'école... à cause d'eux.

Nouveau silence. Il ne dit rien. Puis :

- T'avais des amis ?

- Non. Enfin, pas vraiment. Juste des gens qui me parlaient quand ils s'ennuyaient.

Il grimaça. Pas de pitié. Juste une compréhension silencieuse.

- Tu veux savoir un secret ? dit-il.

Elle leva les yeux.

- J'ai pas d'amis non plus.

Un rire, petit, s'échappa d'elle. Inattendu.

- Alors on est deux paumés sur un banc pourri, hein ?

Eden sourit.

- Et c'est peut-être le début d'un truc pas si pourri.

Elle le regarda. Surprise.

- Genre ?

- Genre... peut-être qu'on peut être des paumés ensemble. Juste... un peu moins seuls.

Elle ne répondit pas. Ce qu'il disait lui faisait peur. Pas lui, non. Mais ce que ça réveillait. Une envie de le revoir. Une minuscule envie. Le soleil baissait, le ciel devenait orange. Elle se leva.

- Je rentre.

Il se leva aussi.

- On se revoit demain ?

C'était doux, pas pressant. Elle hocha la tête.

Et pour la première fois depuis longtemps, elle rentra avec quelque chose en plus. Pas de l'espoir. Pas encore. Mais une fissure. Une première lumière, fine, discrète, mais là.

Le lendemain, elle se leva tard. Elle avait mal dormi. Les yeux qui piquent. Elle traîna dans sa chambre. Ouvrit la fenêtre. Le vent était frais. Elle enfila un sweat trop grand, un jean, ses écouteurs. Et sortit. Encore une fois. Sans réfléchir, ses pas la ramenèrent au banc. Le même.

Elle n'espérait pas. Elle se disait qu'il ne viendrait pas. Que c'était juste un moment, sans suite. Et puis...

- T'es en retard.

Elle releva la tête. Il était là. Deux cafés en main. Il lui tendit l'un d'eux.

- J'me suis dit que t'aimerais peut-être le genre sucré. J'ai mis du caramel.

Elle prit le gobelet, surprise.

- Merci... mais tu me connais pas.

- Je sais. Mais parfois, faut tester pour découvrir ce qu'on aime.

Elle sourit. Très légèrement.

Ils s'assirent. Le vent faisait danser les feuilles mortes. Eden posa son sac, sortit un carnet, un stylo.

- Tu fais quoi ? demanda Aino.

- Je dessine. Enfin j'essaye.

Il tourna une page. Un banc, un arbre. Des traits simples, flous, mais vivants.

- Tu me dessines aussi ?

Il leva les yeux, surpris.

- Non. Pas encore.

Elle ne savait pas pourquoi, mais ça la toucha. Comme s'il attendait qu'elle existe vraiment pour la dessiner.

Elle goûta son café. Sucré, oui. Trop. Mais elle aimait ça.

- Tu viens souvent ici ?

- Depuis que je fuis les couloirs du lycée, ouais.

- Tu fuis ?

- Je joue pas le jeu. Ceux qui parlent fort, rient fort... j'peux pas. Alors je m'échappe.

Aino hocha la tête.

- Moi aussi. Sauf que j'ai fui pour de bon.

Il la regarda. Sans poser de question.

Et c'était suffisant.

Ils restèrent là. Une heure, peut-être deux. Peu de mots. Un peu de musique. Quelques regards. Et c'était bien.

Avant de partir, Eden se leva. Hésitant.

- Tu veux que je t'écrive ?

- Hein ?

- Une lettre. Pas un message. Une vraie lettre. Juste comme ça.

- Pourquoi ?

Il rougit. Mais répondit :

- Parce que parfois, c'est plus facile d'écrire.

Elle le fixa. Son cœur battait trop fort.

- D'accord.

- Demain, même heure ?

- Oui.

Le lendemain, Aino n'avait pas touché à son téléphone. Mais elle avait guetté la boîte aux lettres. Rien. Puis, en fin d'après-midi, une enveloppe, glissée sous la porte.

Ses mains tremblaient. Son prénom, écrit à la main. Elle s'assit. Referma la porte. Et déchira doucement le papier.

Les mots d'Eden s'étalaient, à l'encre bleue s'étalaient devant ses yeux..

𝑨𝒊𝒏𝒐

« 𝑱𝒆 𝒔𝒂𝒊𝒔 𝒒𝒖𝒆 𝒕𝒖 𝒑𝒐𝒓𝒕𝒆𝒔 𝒅𝒆𝒔 𝒑𝒐𝒊𝒅𝒔 𝒒𝒖𝒆 𝒑𝒆𝒓𝒔𝒐𝒏𝒏𝒆 𝒏𝒆 𝒗𝒐𝒊𝒕 𝑸𝒖𝒆 𝒄𝒆𝒓𝒕𝒂𝒊𝒏𝒔 𝒋𝒐𝒖𝒓𝒔 𝒕𝒖 𝒕𝒆 𝒃𝒂𝒕𝒔 𝒄𝒐𝒏𝒕𝒓𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝒕𝒆𝒎𝒑𝒆𝒕𝒆𝒔 𝒊𝒏𝒗𝒊𝒔𝒊𝒃𝒍𝒆𝒔.

𝑱𝒆 𝒏𝒆 𝒗𝒆𝒖𝒙 𝒑𝒂𝒔 𝒆𝒕𝒓𝒆 𝒄𝒆𝒍𝒖𝒊 𝒒𝒖𝒊 𝒕𝒆 𝒔𝒂𝒖𝒗𝒆 𝒑𝒂𝒓𝒄𝒆 𝒒𝒖𝒆 𝒋𝒆 𝒏𝒆 𝒄𝒓𝒐𝒊𝒔 𝒑𝒂𝒔 𝒒𝒖𝒐𝒏 𝒑𝒖𝒊𝒔𝒔𝒆 𝒔𝒂𝒖𝒗𝒆𝒓 𝒒𝒖𝒆𝒍𝒒𝒖𝒖𝒏 𝑱𝒆 𝒗𝒆𝒖𝒙 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒆 𝒆𝒕𝒓𝒆 𝒍𝒂 𝑨 𝒄𝒐𝒕𝒆 𝑺𝒂𝒏𝒔 𝒃𝒓𝒖𝒊𝒕 𝑺𝒂𝒏𝒔 𝒋𝒖𝒈𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕 𝑷𝒂𝒓𝒇𝒐𝒊𝒔 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒆 𝒆𝒙𝒊𝒔𝒕𝒆𝒓 𝒆𝒏𝒔𝒆𝒎𝒃𝒍𝒆 𝒄𝒆𝒔𝒕 𝒅𝒋 𝒃𝒆𝒂𝒖𝒄𝒐𝒖𝒑

𝑱𝒂𝒊𝒎𝒆𝒓𝒂𝒊𝒔 𝒒𝒖𝒆 𝒕𝒖 𝒔𝒂𝒄𝒉𝒆𝒔 𝒒𝒖𝒆 𝒕𝒆𝒔 𝒄𝒊𝒄𝒂𝒕𝒓𝒊𝒄𝒆𝒔 𝒏𝒆 𝒕𝒆 𝒅𝒆𝒇𝒊𝒏𝒊𝒔𝒔𝒆𝒏𝒕 𝒑𝒂𝒔 𝑸𝒖𝒆𝒍𝒍𝒆𝒔 𝒔𝒐𝒏𝒕 𝒅𝒆𝒔 𝒑𝒂𝒈𝒆𝒔 𝒅𝒖𝒏 𝒍𝒊𝒗𝒓𝒆 𝒒𝒖𝒆 𝒕𝒖 𝒆𝒄𝒓𝒊𝒔 𝒄𝒉𝒂𝒒𝒖𝒆 𝒋𝒐𝒖𝒓.

𝑬𝒕 𝒎𝒆𝒎𝒆 𝒔𝒊 𝒍𝒆 𝒄𝒉𝒆𝒎𝒊𝒏 𝒆𝒔𝒕 𝒔𝒐𝒎𝒃𝒓𝒆 𝒕𝒖 𝒏𝒆𝒔 𝒑𝒂𝒔 𝒔𝒆𝒖𝒍𝒆 𝑱𝒂𝒊𝒎𝒆𝒓𝒂𝒊𝒔 𝒃𝒊𝒆𝒏 𝒒𝒖𝒆 𝒕𝒖 𝒎𝒆 𝒓𝒂𝒄𝒐𝒏𝒕𝒆𝒔 𝒒𝒖𝒂𝒏𝒅 𝒕𝒖 𝒔𝒆𝒓𝒂𝒔 𝒑𝒓𝒆𝒕𝒆, 𝑶𝒖 𝒒𝒖𝒆 𝒕𝒖 𝒏𝒆 𝒎𝒆 𝒓𝒂𝒄𝒐𝒏𝒕𝒆𝒔 𝒓𝒊𝒆𝒏 𝒅𝒖 𝒕𝒐𝒖𝒕..

𝑱𝒖𝒔𝒕𝒆 𝒓𝒆𝒔𝒕𝒆 𝒂𝒗𝒆𝒄 𝒎𝒐𝒊 𝒖𝒏 𝒑𝒆𝒖...»

- 𝑬𝒅𝒆𝒏

Les larmes roulèrent sur les joues d'Aino. Ce n'était ni une promesse, ni un plan, ni un "je t'aime". Juste un souffle fragile qui lui disait : Tu peux respirer. Tu peux être toi.

Elle serra la lettre contre sa poitrine, sentant pour la première fois depuis longtemps que la nuit pouvait attendre.

Immobilisée, elle ressentait ses cicatrices et ses peurs un peu plus légères. Pas guéries, mais moins lourdes.

Elle repensa aux mots silencieux d'Eden, à sa présence douce et sans pression, ce qui la troubla autant que la réconforta.

Le lendemain, sur leur banc, il lui offrit un bracelet en cuir, symbole d'espoir : même les feuilles tombent, mais elles repoussent toujours.

Malgré les nuits difficiles où ses cicatrices parlaient et la solitude pesait, Aino gardait ce petit talisman contre son poignet, un souffle d'espoir.

Face à son reflet, elle murmura : « Je suis là. Je lutte. Je vais essayer encore. »

Eden l'attendait, fidèle et patient, sachant que parfois, sa simple présence suffisait.

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