Chapitre 1
Dans la ville ensoleillée de Halmstad, un jeune homme regardait dans le vide devant lui, ses cheveux blonds au vent. Il avait une vue sur le quartier qui était à côté de la gare et était comme perdu et intrigué par ce qu’il regardait. À cet endroit, déconnecté de toute réalité, il avait l’impression de s’éloigner de la vie de la ville un moment. Il s’ennuyait et ne trouvait jamais comment passer son temps, il n’appréciait pas la ville, le nombre de personnes présentes au mètre carré et ne souhaitait surtout pas développer une quelconque relation avec les gens. Le jeune homme était quelque peu externe à tout ça, il ne travaillait pas et n’allait pas en cours malgré son âge, c’était assez inquiétant ce manque d’implication mais il savait bien de toute façon que sa vie était ratée. Elle n’avait pas bien commencé, elle ne continuait pas mieux alors pourquoi finirait-elle d’une bonne façon ?
Il alluma une cigarette inspirant longuement et expirant la fumée toxique qui en sortait, faisant machinalement le geste appris par cœur. Il ne savait pas combien de temps ça faisait qu’il errait comme ça, dans des endroits de la ville abandonnés. Parfois il allait sur la montagne d’à côté et parfois à la gare, toujours en solitaire. Ça n’était pas pour voir la vue à vrai dire, c’était plus une attirance face au danger.
Seulement, aujourd’hui, après peut-être une heure, il entendit des pas. Il ne se retourna pas tout de suite mais quand il le fit, il ne reconnut pas l’homme qui se trouvait en face de lui. C’était un homme grand rasé avec des tattoos avec un bandana en guise de couvre-chef, on pouvait voir qu’il était rasé sur les côtés. Son style, plutôt niche, ne manquait pas d’impressionner le jeune homme blond.. Il ressemblait à un métalleux, comme lui. Leur regard se croisa et ils s’examinèrent quelques instants en silence.
Je pensais être seul, dit l’inconnu d’une mine peu enthousiaste.
Pourtant je viens toujours ici, répondit Adam.
Il n’allait tout de même pas partir d’ici alors qu’il y passait la plupart de son temps. Il n’allait plus en cours au lycée et passait son temps libre dans cet endroit reculé, ou bien un peu plus loin sur les rails du train. Il n’attendait pas qu’un train passe, non, il se poussait quand il y en avait un, il connaissait les horaires par cœur. De nombreuses fois, des passants croyaient qu’il était suicidaire et qu’il attendait que le train lui passe dessus. Pas que ça lui déplairait dans un sens, il fallait l’avouer… Il n’avait pas d’amis et il aimait se retrouver seul, encore plus dans des endroits abandonnés où peu de personnes passent. Moins il voyait de gens, plus il se sentait mieux.
Tant pis, dit l’inconnu haussant les épaules mains dans les poches s’apprêtant alors à partir.
Tu peux rester, je vais pas tarder de toute façon, répondit le jeune homme s’écrasant sa cigarette sur son bras.
S’écraser une cigarette sur son bras, quand celle-ci se finissait, était un peu malsain comme rituel, mais ça ne lui faisait pas mal et une cicatrice ou brûlure de plus ou de moins sur son bras ne changerait rien. Il en avait déjà assez. Ça le relaxait à vrai dire, il avait la sensation fugace que tout ce qu’il gardait en lui sortait par cette blessure, comme si un petit trou sur son épiderme pouvait faire partir tout ce qui était enfoui en lui. Il savait que ce n’était que placebo mais, à ce stade, il ne pouvait rien faire d’autre à part mettre au point son suicide.
Si tu veux, il s’assit donc à côté mais pas trop coller à lui.
Adam tourna quelques instants le regard en le détaillant un peu plus. Il ne l’avait probablement jamais croisé car il ne le connaissait vraiment pas, mais il avait quelque chose d’intriguant.
Adam, dit le jeune homme pour se présenter.
Nik, dit-il à son tour.
Il ne connaissait définitivement pas de Nik, ni de prénom ni de tête.
Je t’ai jamais vu.
J’habite plus loin, à part ici je vais jamais bien loin.
Adam haussa donc des épaules en guise de réponse regardant toujours dans le vide devant lui. Il n’était pas fort au niveau de la discussion, il préférait écouter que parler. Parfois on lui disait que son mutisme faisait penser qu’il ne ressentait rien, mais une personne qui ne ressentirait rien, serait-elle dans cet état mental ? Il pouvait être sûr d’une chose : il n’était absolument pas psychopathe car il ressentait tout, tout lui faisait le double de douleur.
T’es encore au lycée? lui demanda Nik.
Oui, du moins les rares fois où j’y vais.
Je vois, répondit-il simplement.
Il y eût un petit moment de silence avant qu’il se décide à lui demander en retour.
Toi aussi?
Non, ils m’ont viré et je suis pas aller voir d’autres.
Adam comprenait sa situation, s’il n’avait pas ses foutus “parents” il serait resté chez lui et non au lycée. Même quand il avait redoublé, ils n’avaient pas lâcher l’affaire, il a beau avoir 19 ans, ils l’ont réinscrit. En y pensant, Nik semblait être un peu plus âgé que lui, peut-être 21 ans ou était-ce juste une impression ? Le fait qu’il ait un bouc l’induisait en erreur.
Tu sembles avoir passé l’âge surtout.
J’ai seulement 20 ans.
Il avait donc eu presque juste.
J’aurais pensé plus.
Toi tu dois avoir 18 ans.
19, rectifia Adam.
Nik fit un léger sourire mais pas un sourire heureux, un peu comme un sourire intéressé. Il ne savait pas en quoi. En tout cas, il semblait étrange quand il souriait comme ça. C’était certain que ça changeait, depuis le début il n’avait pas souri une seule fois et avait été plutôt froid, mais ça lui allait.
C’est vrai que du côté d’Adam, il ne souriait jamais. Il n’avait pas de raison en fait ? C’était plus ça oui.
Ils restèrent un moment en silence rythmé par le train en arrière-plan qui passait. Il aimait beaucoup les trains, ils pouvaient enlever la vie mais aussi bien la porter.
Pourquoi tu viens ici? demanda Nik.
Les trains, et la vue, répondit impassiblement Adam.
Moi aussi.
Adam avait vu qu’il regardait de temps en temps ses bras, il était en t-shirt c’était voyant. Toutes ses cicatrices étaient apparentes et, même s’il n’aimait pas se montrer à découvert comme ça, il les assumait tout de même.
Tout ce qu’il avait à faire c’était faire semblant que ça n’était pas par désespoir, c’était dur à imaginer en le voyant mais il espérait qu’il ne le voyait pas comme quelqu’un de faible.
Il n’aimait pas se montrer faible, ça lui avait toujours attiré des ennuis et il n’en pouvait plus. Tout ce qu’il voulait c’était être tranquille.
Nik ne fit cependant aucune remarque dessus, pas même un air dégoûté. Comme s’il était habitué à voir ça, ou bien était-ce juste qu’il ne s’en souciait pas.
Le temps passa assez vite car, quand il regarda sa montre, il était une heure plus tard que l’heure habituelle à laquelle il rentrait.
Merde je dois y aller, dit-il se levant assez vite.
Il savait pertinemment ce qu’allait être l’heure à venir.
A une prochaine fois.
A une prochaine fois, répéta Adam.