Ce que pense un ange quand il chute

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Summary

un rêve. une idée. un texte. un chapitre. une histoire. Ce recueil est un cri, un soupir, un rêve. À travers chaque histoire, c'est un fragment d'âme qui s'exprime, tantôt douce, tantôt brute, mais toujours sincère. Entre rues sombres et chambres d'enfants, entre regards perdus et éclats de rage, entre tendresse et sang, chaque page raconte ce que le monde fait résonner dans l'esprit d'un ange tombé. Celui qui observe, qui se bat, qui aime, qui se brise. C'est mon monde. Ce sont mes pensées. Ce sont peut-être les tiennes aussi. (Chaque chapitre a son histoire. Aucun ne ce suivent)

Genre
Other
Author
Eris
Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
18+

Un torrent. La haine. L'amour

Il la vit.

Elle venait de se jeter dans l’eau, sans hésiter, sans regarder en arrière. La pluie battait furieusement la surface du fleuve, le courant était violent, glacé. Et pourtant, elle avançait.

Elle avait le bras en sang, l’épaule déchirée par une blessure mal refermée, mais elle se battait contre les vagues, les dents serrées, le regard fixé sur un petit corps balloté par les remous. Un enfant.

Son cœur se serra. Il comprit que l’enfant avait un retard, une fragilité. Qu’il ne pourrait pas se débattre comme un autre. Et elle... elle luttait pour lui.

Derrière lui, des voix s’élevèrent. Des murmures venimeux, aigres, comme des coups de fouet dans l’air froid.

« Pourquoi elle est là, elle ? »

« Toujours aussi inutile. On aurait dû la corriger plus fort. »

« Trop calme... on l’a pas assez brisée. »

Il serra les poings. Il savait maintenant. C’étaient ses parents. Ou ce qu’il en restait.

Et elle, elle les ignorait. Elle plongeait, elle luttait. Ses bras tremblaient, ses lèvres étaient bleues, mais elle avait attrapé l’enfant, et elle le serrait contre elle, fort, comme pour le fusionner à son corps. Comme si elle pouvait le protéger de tout. Du froid, de la violence, des mots.

Elle avait le visage trempé, les cheveux collés à sa peau, mais ses yeux... ses yeux brûlaient de détermination.

Elle remontait à contre-courant. Chaque pas semblait la déchirer un peu plus. Mais elle ne lâchait pas.

Il n’avait jamais vu quelqu’un braver autant de choses en silence.

Il n’attendit pas une seconde de plus. Il s’élança.

Ses chaussures glissèrent sur les pierres trempées, ses vêtements s’alourdirent à mesure qu’il courait vers la rive. Il n’avait qu’une image en tête : elle, tenant l’enfant contre elle, le corps tremblant, prête à sombrer.

Sans réfléchir, il plongea.

L’eau était un couperet, glaciale, brutale. Elle lui coupa le souffle, lui brûla la peau. Mais il força ses muscles, remonta, chercha des yeux sa silhouette.

Il la vit, à quelques mètres à peine, luttant encore, l’enfant toujours collé à sa poitrine. Elle n’appelait pas à l’aide. Elle ne criait pas. Elle avançait, comme si sa vie n’avait jamais été que cela : survivre en silence.

Il la rejoignit.

— Donne-le-moi, dit-il, d’une voix rauque, tendant les bras vers l’enfant.

Elle leva les yeux vers lui, méfiante. Tremblante.

— Fais-moi confiance, murmura-t-il.

Elle hésita une fraction de seconde… puis lui tendit doucement le petit corps. Il l’attrapa, le serra contre lui, et d’un geste sûr, il commença à nager vers le bord. Quand il se retourna, elle n’avait pas bougé. Elle semblait figée.

— Viens ! cria-t-il, le cœur battant.

Mais elle ne réagissait pas. Ses bras flottaient faiblement, comme s’ils n’avaient plus de force. Son épaule blessée saignait à nouveau, diluant une traînée rouge dans l’eau noire.

— Bordel... putain, non...

Il confia l’enfant à des bras tendus à la rive, il ne vit même pas à qui, et replongea. L’eau lui râpa la gorge. Il la trouva, juste sous la surface. Ses yeux étaient ouverts. Elle ne luttait plus.

Il l’attrapa, la tira hors de l’eau, hurla son prénom, même s’il n’était pas sûr qu’elle l’entendait.

Il remonta avec elle, enragé, glacé, terrifié.

Quand il atteignit enfin la rive, il la déposa sur l’herbe détrempée. Son visage était pâle, ses lèvres bleues. Il posa une main sur sa joue, lui cria de se réveiller. Il ne savait même pas s’il pleurait ou si c’était la pluie.

— Tu te réveilles, hein ? Tu fais pas ça... Pas après tout ça.

Elle ouvrit les yeux. Lentement. Faiblement. Mais elle les ouvrit. Et dans ses yeux, malgré la douleur, malgré le froid, il y avait une lueur.

La même que dans l’eau. Celle d’une femme qui avait survécu à l’enfer.Elle était allongée, grelottante, mais vivante. Et ça, c’était tout ce qui comptait.

Il passa un bras sous sa tête, la serra doucement contre lui, comme si ça pouvait suffire à la réchauffer, à la réparer. Il sentit ses doigts accrocher un pan de sa chemise. Faiblement. Instinctivement.

Elle ne disait rien. Elle n’avait même pas la force. Mais ce silence… il n’avait rien à voir avec la faiblesse. Ce silence-là, c’était celui d’une fille qui avait appris à souffrir seule, à étouffer ses cris avant même de les penser.

Il tourna la tête. Les deux adultes qui marmonnaient plus tôt n’étaient pas loin. Les visages durs, figés, comme si ce qui venait de se passer n’était qu’un désagrément passager.

Il se leva. Lentement. Il laissa quelqu’un d’autre, un homme en veste, il s’en foutait, rester près d’elle. Il avança vers eux.

— C’est vous, ses parents ? demanda-t-il, la voix plus froide que l’eau du fleuve.

Ils hochèrent à peine la tête. Suffisamment pour confirmer.

— Vous avez entendu ce qu’elle vient de faire ? Elle a sauté dans cette merde de torrent. Avec une épaule ouverte. Pour sauver un gamin. Un gamin que vous auriez sûrement laissé se noyer, vous.

L’homme eut un petit rictus méprisant.

— Elle aurait dû le faire en silence. Sans attirer l’attention.

Il s’approcha. D’un pas. Puis d’un deuxième.

— Vous saviez qu’elle allait peut-être crever là-dedans ? Vous avez prié pour, hein ? Vous l’avez brisée depuis des années, et maintenant vous auriez presque préféré qu’elle se noie pour que ce soit fini ?

La femme essaya de dire quelque chose, mais il la coupa.

— Non. Vous ne parlez plus. Plus à elle. Plus jamais. Parce que moi, je vous jure que si je vous entends encore prononcer son prénom avec ce ton-là, y’aura pas besoin de courant pour vous enterrer.

Ses poings tremblaient. Il ne les toucha pas, mais son regard seul suffisait. Ils reculèrent.

Il se tourna. Reprit sa marche vers elle.

Le petit garçon qu’elle avait sauvé s’était approché. Il était recroquevillé contre elle, les mains agrippées à son bras. Il ne parlait pas non plus, mais il la regardait comme s’il avait vu un ange. Comme si elle était la seule chose douce dans ce monde qui hurlait.

Lui, il s’agenouilla à côté d’elle.

Il posa une main sur sa joue, puis se pencha à son oreille, sa voix plus basse, plus vraie.

— Je suis là maintenant. Je te laisserai plus jamais retourner près d’eux. T’as fait assez. T’as trop donné. Maintenant, c’est à mon tour.

Elle eut un souffle. Comme un soupir. Un merci qui n’avait pas besoin de mot.

Et ce soir-là, pour la première fois depuis longtemps, elle sentit quelqu’un rester.

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