Trace

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Summary

Quelqu'un marchait. Il faisait toujours nuit, toujours froid, et le cœur d'Amy battait toujours aussi fort. Mais quelqu'un marchait. Ce n'était pas les pas de sa mère, ou de son père. Non, c'étaient d'autres pas, qui faisaient grincer le parquet de l'étage superieur à sa façon. L'idée d'aller voir traversa l'esprit de la jeune fille, mais s'effaca dès que le corps d'Amy refusait de bouger, et que son pouls s'accélérait encore. Visiblement, son instinc la poussait à fuir. Et pour une fois, la voix de la raison se rangeait de cet avis.

Genre
Fantasy
Author
Ellana
Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

1

Amy ne put cesser de trembler. Les bougies étaient éteintes, et seuls les rayons de la lune illuminaient le salon. Le fauteuil était froid, mais Amy s’y terra quand même un peu plus. Incapable de bouger. Son souffle rauque semblait résonner dans toute la maison. La jeune fille était rentrée bien trop tard. Elle avait ignoré les recommandations de ses parents, rentrant bien après le coucher du soleil – pourtant bien tard en été.

Mais personne ne l’attendait à la maison. Ni au village, qui avait été rapide à parcourir vu sa taille. Même au lac. Personne.

Bien plus tard dans la nuit, Amy sursauta. La porte d’entrée grinca. Puis des bruits de pas. Pas ceux de ses parents. Non, l’inconnu semblait boiter, et un bruit sourd irrégulier indiquait l’existence d’une jambe de bois. L’intru tourna un peu en rond au début, et Amy reconnut l’identité du boiteux alors même qu’il ne franchissait les portes du salon.

La jeune fille se leva d’un coup. Visage émacié, yeux plissés, jambe de bois et crâne chauve, difficile de ne pas reconnaître Gelyn, vieux pêcheur du lac.

— Que fiches-tu ici ? lança-t-il la voix rauque, un tic nerveux lui traversant le sourcil.

Amy tenta de dissimuler sa peur, en vain.

— Vous n’êtes pas censé être là…

Gelyn ricana d’un ton sec :

— Ben voyons, on dirait bien que l’imprudence de tes parents a fini par payer-et tu leur faisais confiance, c’est ça ?

Amy répondit la gorge serrée :

— Vous racontez n’importe quoi, ils vont revenir…

— Non gamine, ils ne reviendront pas. Ils ont choisi.

Amy recula d’un pas.

— Entre toi et l’autre, ils ont fait leur choix. Leurs ennemis vont venir, apprendre ton existence et ton village ne pourra pas te sauver.

– Je...quoi?

— Gelyn n’a rien d’un ignorant. Il sait. Et il sait que tu ferais mieux de te sauver…

À présent il faisait vraiment peur, avec ses yeux qui reflétaient une aura de folie.

— Pars à Ish Shareas, ou péris ici.

Ish Shareas. La ville voisine. Quel autre choix avait-elle ? Mais un autre nom surgit de ses pensées à cet instant. Rydhel. Ses parents avaient un allié au nom de Rydhel. Et il vivait à Ish Shareas.

— Dans quel camp êtes-vous ? souffla la jeune fille.

Il s’avança dangereusement vers elle, mais Amy, figée, n’eut pas la force de réagir. Ces membres pétrifiés refusaient de bouger, désormais. Lorsque le boiteux fut suffisamment près d’elle, il murmura :

— De la vengeance.

— Je… je ne vous ai rien fait…

— Non, mais tu es leur fille… Alors pars. Et ne reviens pas.

C’en fut trop. La jeune fille recula, et s’enfuit en courant.

La dernière image qu’elle reçut du boiteux, ce fut son visage émacié, tordu par un sourire.

Le sourire de ceux qui ont déjà gagné.

Elle courra jusqu’à l’écurie d’Ivy, le cheval de trait de ses parents, et ne lui enfila que son licol.

— Calme-toi, souffla Amy, bien que ce ne fût plus pour elle que pour le cheval.

Elle monta sur le dos d’Ivy, et partit au galop, s’engageant dans le bois de Newid.

Ce soir-là, les habitants d’Ishel furent réveillés par l’averse qui ne cessa qu’à l’aube

***

Amy se leva alors que l’averse avait cessé, peu avant l’aube. Elle avait réussi à s’abriter sous une souche d’arbre pour la nuit, mais n’avait pas trouvé le sommeil. Elle devait être à trois ou quatre lieues d’Ish Shareas, ce qui lui ferait surement arriver un peu avant la fin de journée.

Les sabots d’Ivy s’enfonçaient dans la boue. La mousse des rochers et les feuillages laissaient trainer une odeur de fraicheur. Mais pour ne rien arranger, un épais brouillard masquait la vue de la jeune fille à plusieurs mètres devant elle.

Les branches griffaient le visage d’Amy, et elle regretta de ne pas avoir emprunté les routes principales. Cela était peut-être stupide, mais il était trop tard. Elle n’avait emporté que son châle pour la couvrir, et même si les journées étaient chaudes l’après-midi, l’air matinal lui donnait des frissons.

Au bout d’un certain temps, la forêt laissa sa place à une plaine, ou plutôt une immensité d’herbes folles dansantes au rythme du vent. Elle dégageait une odeur d’herbe mouillée et le vent s’y déchainait. Les rafales la ralentissaient, et des mèches folles lui couvraient constamment le visage. Devant la plaine sans fin, elle perdit espoir. La ville aurait dû apparaître depuis longtemps.

Elle plissa les yeux. Il lui semblait avoir aperçu un point au loin. “Les charrettes ne se déplacent pas dans la boue, mais sur des routes”, pensa-t-elle. Il lui suffirait donc de suivre la charrette pour regagner la route menant à Ish Shareas. La jeune fille dut faire avancer plus vite l’allure d’Ivy pour ne pas perdre de vue son espoir.

Plus loin, les sabots du cheval résonnèrent sur des dalles de pierre. Il ne suffisait plus que de suivre la route.

Amy se réveilla en sursaut. Ivy venait de trébucher contre une dalle de pierre. Elle s’était laissée endormir sur son encolure. Elle observa les environs, et découvrit que la journée était déjà bien entamée. Quelques maisons de fermiers et d’agriculteurs étaient désormais présentes parmi les longs champs de blé qui dominaient le paysage.

Au bout de quelque temps, les maisons se firent plus fréquentes et la route se transforma en rue. Contrairement à Ishel et ses maisons de pierre, la nouvelle ville comportait uniquement des maisons à pans de bois. Plus Amy se rapprochait du centre de la ville, plus les bâtisses étaient hautes et rapprochées, jusqu’à bientôt se coller les unes aux autres. Les rues se rendirent plus serrées et plus remplies, et il fut impossible à la cavalière de continuer d’avancer sur Ivy. Elle glissa de son dos et se mit à avancer plus lentement.

Elle croisa de nombreux marchands, et s’aperçut que les épices et les herbes aromatiques étaient très nombreuses et variées. Ce fut également le cas pour les nombreux tissus multicolores, dont Ish Shareas tenait sa réputation.

Après quelque temps, Amy dénicha une étable en plein air, où se reposaient des chevaux.

Il lui parut que l’écurie était en libre-service, ainsi elle décida d’y héberger Ivy le temps qu’il lui faudra.

— Je serai bientôt de retour… souffla-t-elle, avant de disparaitre dans la foule.

Elle zigzagua entre les boutiques et les marchands, dressant une liste de ce dont elle avait besoin. Elle prit rapidement un pain blanc aux graines de tournesol – bien différent du pain aux herbes auquel était habituée la jeune fille – et s’hydrata à la fontaine.

Elle souffla, et se lança enfin à ce pourquoi elle était là : retrouver ce Rydhel. Et vite. Elle ne connaissait pas grand-chose à propos de lui, si ce n’est qu’il avait rencontré son père assez jeune, et qu’il tenait une boutique de plantes médicinales.

Amy se mit alors à questionner les marchands, mais aucun d’entre eux ne connaissait son existence. À croire qu’il n’existait pas. En revanche, le plus sympathique d’entre eux lui dressa une rapide carte d’Ish Shareas avec toutes les boutiques de plantes médicinales qui s’y trouvaient. Ce qui, vu le nombre, découragea encore un peu plus la jeune fille.

— Commence par le nord de la ville, lui avait-il conseillé. C’est là que tu auras le plus de chances.

Elle commença alors à arpenter la ville en long et en large, mais jusqu’à présent, aucune n’était la bonne. Elle n’avait parcouru que la moitié de la liste quand elle réalisa que le soleil ne tarderait pas à se coucher. Elle se promit de vérifier une dernière boutique avant de rejoindre Ivy.

La boutique en question se nommait Le Nouveau Lys. Elle y entra, et fit ainsi sonner une clochette accrochée près de la porte.

La boutique était agréablement traversée par des rayons de soleil dorés, illuminant les étagères de plantes, situées le long des murs. Le tout donnait une odeur assez agréable de plantes, passant du souci au romarin, en passant par la menthe. Au fond de la pièce se dressait un comptoir de bois clair et solide. Et à sa gauche, un escalier en colimaçon ondulait gracieusement jusqu’à l’étage supérieur.

— De quoi as-tu besoin ?

C’était la voix d’un jeune homme. Elle ne l’avait pas remarqué plus tôt. Ses cheveux bruns

encadraient son visage avec légèreté, et ses yeux étaient si sombres qu’on distinguait à peine ses pupilles. Il ne devait pas avoir plus de quinze ans. Trop jeune pour être Rydhel, pensa tristement Amy.

— Eh bien, d’un renseignement, improvisa-t-elle comme elle put. Je me suis perdue...je cherche une étable à chevaux…

Le jeune homme fronça les sourcils, pas dupe, mais lui expliqua tout de même le chemin. Alors elle le remercia, et partit de la boutique, déçue de ne pas avoir pioché la bonne destination. Elle rejoignit ainsi Ivy, n’ayant pas trop de difficultés à retrouver l’étable.

Elle s’approcha de son cheval, lui caressa l’encolure, saisit une brosse, et lui murmura :

— On le trouvera sûrement demain.

— Tu parles à ton cheval ? fit une voix derrière elle, bien plus avec plaisanterie qu’avec moquerie.

Amy sursauta et se retourna, en répondant plus vivement qu’elle ne l’aurait voulu :

— Et alors ?

— Rien. Moi aussi je parle à mon cheval parfois… quand je suis sûr qu’il m’écoute.

Seul le regard noir qu’il reçut parut parvenir à le faire redevenir sérieux, ou presque, car ses yeux bruns clairs ne s’étaient pas débarrassés de leur vivacité. Ces cheveux assortis à ses yeux étaient quelque peu ébouriffés. Sa main droite tenait une brosse dure, et se tenait près d’un cheval, sans doute le sien. Devant l’expression d’Amy, il haussa les épaules et déclara :

— Tu ne m’as pas l’air très sociable... bien tu es de mauvaise humeur car tu es fatiguée.

— Je ne suis pas…

— Fatiguée ? Bien sûr que si, et me fusiller du regard n’y changera rien.

Elle voulut l’ignorer, et se mit à brosser fougueusement son cheval.

— Tu viens de loin ?

Elle ne sut pas pourquoi avait répondu :

— D’Ishel.

Pendant quelques instants, il la jaugea du regard, et continua :

— Et tu peux me dire pourquoi tu as décidé de venir ici ?

— Non.

Cette réponse était brève, sèche, et ne laissait aucune opportunité à son interlocuteur de tenter d’y apprendre quelque chose. Il le comprit tout de suite.

— Très bien, je n’insiste pas…

Amy était méfiante de nature. Ça avait toujours été comme ça. Mais elle ne pouvait pas laisser passer ainsi les occasions.

— Je cherche quelqu’un.

Le jeune homme plissa les yeux, et fit :

— Continue…

— J’ai parcouru la moitié de la ville pour le trouver mais…

— Il te reste donc l’autre moitié si tu veux le trouver, plaisanta-t-il. Très bien, j’arrête.

Elle soupira, et lâcha :

— Je cherche quelqu’un au nom de Rydhel.

Cela eut l’effet d’un coup de foudre. Le jeune homme articula :

— Répète…

— Rydhel. Je crois qu’il tient une boutique de plantes. Tu le connais ?

— Oui… et toi ?

— Je… non, pas encore. Mais je dois le retrouver.

Le jeune homme réfléchit quelques instants avant de déclarer :

— J’imagine que tu ne veux pas me dire pourquoi ?

La réaction impassible et déterminée d’Amy lui suffit comme réponse.

— Très bien, souffla-t-il. Tu veux y aller tout de suite ?

Amy fut partagée entre la joie d’avoir trouvé une piste, et la méfiance de partir comme ça à l’inconnue. Mais elle n’hésita pas plus longtemps :

— Allons-y.

Amy commença à reconnaitre les ruelles. Le jeune homme se dénommait en réalité Aïfos, et même après avoir un peu insisté, la jeune fille ne lui avait révélé ni son nom, ni son passé. Simple précaution. Il se racla la gorge, et déclara paisiblement :

— C’est là.

Il désignait une boutique. Le Nouveau Lys. Tout son esprit lui hurlait : ce n’est pas possible, tu es déjà passée par là…. t Aïfos remarqua son trouble :

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Rien.

Il sourit, pas dupe, mais s’abstint de commentaires.

Le soleil était désormais couché depuis longtemps et Amy fit remarquer :

— C’est fermé.

— Pour les clients, pas pour les amis.

Elle n’ajouta rien lorsqu’il poussa la porte.

La pièce était vide quand ils y entrèrent, mais assez vite, une jeune fille se fit apparaître. Elle semblait avoir quatorze ou quinze ans et ressemblait étrangement au jeune homme qu’elle avait croisé un peu plus tôt en ces lieux. Elle avait les yeux verts aux reflets dorés, et ses cheveux auburn dépassaient tout juste la longueur d’épaules.

Lorsque son regard se dirigea vers Aïfos, elle souffla :

— Pourquoi tu es là ?

— Toujours aussi aimable… marmonna. Aïfos avec mépris. Eoran est loin ?

— Je suis là, intervint une voix qu’Amy reconnut immédiatement.

Alors arriva le jeune homme de la boutique. Ils échangèrent un rapide regard, et Amy eut la certitude qu’il l’avait reconnue. Avant qu’Aïfos ne puisse dire quoi que ce soit, Eoran lança, surpris :

— Vous vous connaissez ?

Aïfos écarquilla les yeux et souffla :

— Elle a besoin de parler à Rydhel.