La maladie des mineurs

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Summary

À seize ans, Mariam Kamagaté découvre trop tôt la douleur, la trahison et le poids d’un virus silencieux : le VIH. Ce roman raconte son histoire — celle d’une jeunesse blessée, d’amitiés brisées, d’un cri étouffé dans les rues d’Agboville. Une histoire vraie pour beaucoup, mais qu’on préfère souvent ignorer. Ici, le silence tue. Et la vérité dérange. Prenez place je vous rencontre une histoire vraie….

Genre
Adventure
Author
Maho
Status
Complete
Chapters
9
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Agboville, en ce début de saison des pluies, baignait dans une chaleur moite, comme une marmite fermée trop tôt. L’air collait à la peau, les rues étaient boueuses et pleines de vie. Entre les cris des vendeuses de bananes braisées et le vacarme des moteurs fatigués, la ville vivait, respirait, luttait.

Parmi cette foule pressée, une silhouette se distinguait. Pas par ses habits — un simple jean effiloché et un tee-shirt noir — mais par son regard. Mariam Kamagaté, surnommée la vieille par ses amis du quartier Azaguié-Gare, avait seize ans et des années de souffrance dissimulées dans ses pupilles. On l’appelait la vieille parce qu’elle ne riait jamais pour rien, ne traînait pas, ne pleurnichait pas. Une fille mature, trop mature pour son âge.

Elle vivait seule avec sa tante, une vendeuse d’attiéké souvent absente. Sa mère était morte quand elle avait dix ans. Quant à son père, elle ne savait même pas à quoi il ressemblait. Elle s’était construite seule, dans un monde qui n’épargne pas les enfants.

Ce jour-là, elle sortait de la pharmacie municipale. Elle n’avait rien acheté — juste traîné un peu, pour sentir la fraîcheur de la climatisation sur son visage brûlant. Elle allait repartir quand une voiture imposante s’arrêta à quelques mètres. Un 4x4 noir, immatriculé à Abidjan, moteur ronronnant, pneus encore brillants. Les vitres descendirent lentement.

— Hé, jeune fille… monte, je vais te déposer. Il commence à pleuvoir, non ? lança une voix grave.

Mariam plissa les yeux. C’était Kama Joseph, surnommé Surga papy. Un homme bien connu dans la région. Ancien douanier, devenu riche on ne sait trop comment, toujours entouré de rumeurs : femmes, deals, politique. L’homme avait un parfum qui restait dans l’air comme un poison doux. Costume propre, montre dorée, sourire éclatant.

Elle hésita. Son cœur battait plus vite.

Mais soudain, une voix surgit derrière elle : — Ah, ma vieille, saute sur l’occasion ! On ne refuse pas une bénédiction quand elle te tend la main, dit Maëva, son amie, surnommée dame coordinatrice du bizi. Une fille fine, vive, toujours au courant des derniers « plans », habituée à conseiller les autres filles sur comment tourner les têtes sans tourner la tête.

— Tu le connais ? — C’est Surga papy, il peut changer ton mois avec une seule enveloppe.

Mariam entra.

Le cuir des sièges, le parfum de voiture neuve, l’air conditionné… tout cela contrastait violemment avec la chaleur du dehors. Kama Joseph la regardait avec attention, mais sans insister. Il parlait doucement, posait des questions comme un vieux oncle :

— Tu fais quoi dans la vie ?

— Je suis élève. Terminale oh

— C’est bien… faut travailler hein. Mais tu sais, même avec un diplôme, la vie c’est les opportunités. Et moi, j’aide les gens qui méritent…

Il lui proposa un jus dans un maquis chic de la ville. Elle accepta. Ils parlèrent. Il lui dit qu’elle était belle, qu’il aimait les filles simples. Elle sourit. Une semaine plus tard, ils se retrouvèrent à Abidjan. Hôtel de la Riviera. Champagne, draps blancs, silence pesant.

Elle ne dit rien. Elle se laissa faire.

Le lendemain, il lui donna une enveloppe. 150 000 francs. Pour elle, c’était une fortune. Elle acheta des vêtements, un nouveau téléphone, et remboursa même une dette de sa tante. Tout semblait parfait.

Jusqu’à ce jour.

Deux semaines après, elle sentit quelque chose d’étrange. Fièvre, fatigue, boutons. Elle décida de faire un test au centre de santé communautaire. Une infirmière douce lui tint la main pendant qu’elle attendait le résultat.

Le verdict tomba.

> VIH positif.

Mariam sentit le sol se dérober. Elle resta assise un long moment. L’infirmière lui parla de traitements, de courage, de suivi. Elle n’écoutait plus. Elle n’entendait qu’un seul mot résonner dans sa tête comme un tambour : trahison.

Surga papy. Ce nom-là résonnait maintenant comme une malédiction. Il l’avait détruite. Il avait volé son innocence, puis sa vie. Elle pleura en silence. Pas à cause de la maladie, non. À cause du mensonge. Du silence. De l’injustice.

Cette nuit-là, elle resta éveillée. Le regard figé au plafond.

Et dans un murmure glacial, elle prononça une phrase qui allait changer le destin de plusieurs vies :

— Ils sauront. Tous. Ils sauront ce que ça fait.