Chapter 1 : Le Souvenir Doré
La chaleur.
La lumière.
Les odeurs.
Je suis là, dans ce parc, le soleil caresse ma peau comme une promesse, une étreinte douce que j'avais oubliée.
Je ferme les yeux une seconde, juste une, pour mieux sentir la tiédeur de l'air glisser contre mes joues, le parfum des fleurs m'envahit, mêlé à l'herbe fraîchement coupée.
C'est le printemps et tout semble vivant. Parfait.
Un éclat de rire fuse derrière moi, mes enfants.
Je me retourne lentement, ils courent dans tous les sens, les bras tendus vers le ciel, comme s'ils essayaient de l'attraper.
Lucie, les cheveux en bataille, pousse un cri de joie.
Adam trébuche, rit à son tour. Leurs joues sont rouges, leurs petits corps pleins d'énergie. Et ce rire... Pur. Cristallin. Il me transperce le cœur.
Tout autour, le monde respire, les cris d'autres enfants, le bruissement des feuilles, le crissement discret des poussettes sur le gravier.
C'est une bulle suspendue, hors du temps. Un instant volé à la brutalité de l'existence. Et puis, mon regard se pose plus loin, de l'autre côté du parc. Il est là...
Il rit aussi. Ce rire grave et chaud qui me fais fondre.
Une petite fille s'accroche à ses jambes alors qu'il tente de courir, ses cheveux blonds volent dans tous les sens, il relève les yeux, ses yeux d'un bleu clairs à s'y perdre.
Et nos regards se croisent, il sourit, ce sourire...
Celui qui me fais oublier toutes mes peurs, mes douleurs, mes doutes. Celui qui fais battre mon cœur vite, trop vite.
Je détourne les yeux, les joues brûlantes, le ventre noué d'un amour que je croyais éternel.
Je tombe dans le vide, un vide sans fin, d'un coup... Le sol est dur, gelé.
Je n'ai pas bougé d'un centimètre, je me suis réveillée, toujours dans cette endroit.
Le choc me coupe le souffle. Mes côtes protestent, mon front heurte le métal.
Je reste là, immobile, les paupières closes...
Je voudrais rester dans le souvenir, le retenir, m'y accrocher jusqu'à disparaître dedans. Mais il s'efface déjà. Comme une brume qu'on tente de serrer entre les doigts.
Et à sa place... il n'y a plus rien. Juste le froid. Le vide. Le silence.
Je sais où je suis, je suis de retour, enfin, je n'en suis jamais partie. Dans cette cellule... Encore... Le métal glacial sous mes doigts. Les néons blafards au-dessus de moi.
L'odeur âcre du désinfectant. La poussière mêlée à la rouille.
Plus de soleil.
Plus de rires.
Plus d'enfants.
Plus de Noé.
Je me redresse difficilement. Chaque muscle me fait mal.
Mes bras tremblent sous mon propre poids. J'ai l'impression de me traîner hors d'un cauchemar, pour retomber dans un pire encore. Je m'assois, dos contre le mur, et je fixe la vitre teintée qui me fait face.
Je sais qu'ils m'observent. Je ne les vois pas. Jamais.
Mais je sens leurs yeux derrière le verre, ils ont mis des caméras aussi, ils prennent des notes, ils chuchotent sans cesse.
Parfois, une lumière rouge clignote au-dessus de la porte, et mon estomac se tord. Je suis un numéro.
Un sujet d'étude.
Un échantillon.
Depuis combien de temps je suis là ?
Je l'ignore.
J'ai cessé de compter il y a longtemps. Les traits que j'ai inscrit sur le sol ce sont effacés avec le temps, cela fait-il des mois ou des années que je suis ici ? Il n'y a plus de jours, plus de nuits, juste cette attente.
Silencieuse.
Poisseuse.
Ils viennent tous les jours, on ne les entend pas arriver, mais on les reconnaît, les verrous qui claquent, les cris., les brancards qu'on traîne. Et cette odeur...
L'odeur de la mort.
Ils nous prennent un par un, parfois, la porte s'ouvre doucement, d'autres fois, violemment, cela dépend de qui est là aujourd'hui. Mais le résultat est toujours le même.
La peur et la douleur.
Ils portent des combinaisons intégrales, et aussi des masques. Comme si nous étions contaminés ou des bêtes sans cœurs ni âmes
Des erreurs à corriger, je ne sais pas pourquoi nous sommes là.
Je ne parle plus.
Je ne crie plus, j'ai essayée de poser des questions au début, mais on ne me répondais pas.
Même mon souffle est silencieux, je sais que je suis enregistrée, jaugée, analysée.
Il y a deux jours, ils m'ont injecté un produit, le X482, je sais son nom car j'ai entendu le nouveau docteur le dire.
Un sérum de plus, un énième poison.
Je devrais être morte, comme les autres.
Mais... je suis encore là, à attendre que la mort veuille bien venir me chercher.
Depuis hier, quelque chose a changé, une chaleur étrange coule dans mes veines, mon cœur bat plus fort, mes sens sont différents, plus aiguisés ou du moins c'est l'impression que j'ai, mon cœur cogne si fort, qu'il résonne dans mes oreilles.
Et quand je ferme les yeux, je vois des choses que je ne devrais pas. Je ressens... autre chose.
Quelque chose d'animal. De sauvage. De mauvais.
Puis une voix.
Clair. Aiguë.
- { Maman, viens jouer, s'il te plaît... }
Je sursaute. Ma tête se redresse d'un coup.
Ce n'est pas réel. Je le sais. Mais mon cœur s'emballe. Mes mains tremblent.
- Adam ? Lucie ?
Je me relève en vacillant, un bruit me fait sursauter.
Des cris, d'abord lointains, puis plus proches... des hurlements, mes voisins de cellules ?
Non... Humains.
Enfaite non...
Autres choses.
Des râles, des coups, des grattements contre le métal.
Je m'approche de la porte, le souffle court. Mon ventre se tord, mon estomac me brûle, je sent l'angoisse me venir comme un ras de marée.
Mes jambes veulent fuir, mais où ?
Je n'ai nulle part où aller. Je sens que ça commence.
Je le sais. Ils sont en train de mourir,
et bientôt, ce sera mon tour...
Cours, cours petite souris...
Cette nuit-là, je rêvais d'un loup.
Immobile, dans la brume, immenses, majestueux, légèrement terrifiants, debout face à moi, ses yeux rouges, chantaient, brillaient comme deux braises vivantes dans l'obscurité, ses poils noirs comme la nuit ondulaient doucement dans un vent que je ne sentit pas, le souffle lourd.
Il n'avait pas l'air sauvage, mais il dégageait une puissance, presque sacrée. Je ne pouvais le quitter des yeux, trop éblouis par sa beauté.
Je tendit la main vers lui, il avait des yeux inquiétants, mais je ne savais pas pourquoi, mais je lui faisait confiance, le temps semblait comme suspendus.
Ses pattes massives écrasaient le sol dans un silence absolu, il fit un pas, puis un autre. J'aurais dû hurler, m'enfuir, mais je restais là, sans bouger.
Il approcha doucement sa tête, puis toucha ma main...
-
Un mal de tête sourd me vrilla les tempes.
Je crus vomir.
J'ouvris les yeux brusquement, une lumière blanche, crue, m'aveugla.
Je les refermas aussitôt, en haletant.
Ma gorge est sèche, râpeuse.
Mes muscles crispés.
Un poids sur ma poitrine, sur mes bras.
Je voulu bougée mais...
je suis allongée et attachée.
Les poignets maintenus par des sangles, les chevilles aussi.
Mon corps entier est cloué à la table.
Une voix. Lointaine. Puis...
- ...sujette stable... réaction cellulaire rapide...
-Elle a survécu à la dernière injection. C'est impossible....
-Les constantes sont anormales, regardez ça. Elle devrait être morte depuis longtemps...
Je ne comprends pas tout.
Des mots flottent, se superposent, se brouillent.
Je veux parler, mais mes lèvres restent collées.
Mes yeux pleurent sans larmes. Un visage s'approcha. Flou, masqué.
- Son rythme s'accélère... elle entend, elle à ouvert les yeux. Tout vas bien, calme toi.
Je me mis à trembler. De froid, de peur.
Mon cœur tambourine comme un animal piégé. Le visage essaya de me sourire a travers son masque, ses yeux gris fixée droit dans mes yeux, essayent de me rassurée.
Une sensation étrange me gagna les entrailles. Quelque chose bougea en moi. Un frisson sous la peau.
Comme si mon corps n'était plus tout à fait le mien.
- Elle ne tiendra pas.
- Il faut l'endormir de nouveau.
-Trop tard. Regardez ses yeux. Elle est...
Un bruit. Sourd. Lourd. Puis un hurlement, qui n'est pas humain, Quelque chose heurtait la structure. Fort. Plusieurs fois.
Des cris. Des alarmes.
Merde ! C'est trop tôt !
- Déconnectez tout !
-NON ! Pas maintenant, pas elle !
BOUM. Le sol vibra, un éclair rouge, la douleur dans mes tempes explosa. Et puis...
Le néant