Chapter 1 un Matin comme les autres ou presque...
Malam ouvrit à peine les yeux. La lumière douce du matin traversait les rideaux de sa petite chambre d'étudiante. Elle se retourna dans son lit, bien décidée à grappiller encore quelques minutes de sommeil.
La porte s'ouvrit brusquement.
- Malam ! Tu dors encore ? Réveille-toi, on va être en retard !
C'était Meryem, sa meilleure amie. Toujours vive, toujours prête avant tout le monde.
Malam enfouit son visage dans l'oreiller.
- Laisse-moi dormir encore cinq minutes...
Cinq minutes ?! Il est déjà 8h20 ! s'écria Meryem.
Malam se redressa d'un bond
- Mais pourquoi tu ne m'as pas réveillée plus tôt ?!
- Parce que moi, j'étais prête à l'heure, figure-toi. Et devine quoi ? Émir m'attend déjà.
Meryem croisa les bras, faussement vexée. Malam la dévisagea, encore à moitié endormie.
- T'es sérieuse, tu pars sans moi ?
- Bien sûr que je pars sans toi ! lança Meryem avec un sourire en coin. Émir déteste attendre.
En entendant le prénom d'Émir, Malam sentit une petite voix dans sa tête
Je ne comprends pas pourquoi... quand deux personnes s'aiment, elles doivent toujours être ensemble. Pourquoi c'est si important ?
Elle soupira en attrapant ses vêtements. Son ensemble bleu glissa de la chaise où elle l'avait préparé la veille : un large pantalon élégant, une tunique assortie, sa petite ceinture noire et blanche, et son voile blanc. Malgré son retard, elle soigna chaque pli, chaque détail. Elle enfila ses chaussettes blanches, attacha sa ceinture et sortit en vitesse.
En bas de la résidence, Meryem attendait. Émir était déjà là, appuyé contre sa voiture. Meryem, toute souriante, avait pris soin de se faire belle.
- Alors ma princesse ? lança Émir pour la taquiner. Toujours aussi mignonne avec ton gros nez de Pinocchio.
Meryem ouvrit de grands yeux
- Mon nez ? Mais t'as vu ton énorme front, toi ?
- N'importe quoi ! répondit Émir en riant.
Un léger vent passa, faisant bouger ses cheveux. Meryem éclata de rire.
- Mais t'es sérieux avec ta mèche rebelle, là
Émir lui plaqua la main sur la bouche.
- Je rigole, ma princesse... Tu es la plus belle. J'adore ton petit nez.
Ils montèrent dans la voiture, laissant Malam derrière eux, qui sortait enfin en courant. Elle rejoignit l'arrêt de bus à deux kilomètres, essoufflée. Mais juste devant elle, une flaque d'eau couvrait le trottoir. Elle hésita... et c'est à ce moment qu'une voiture noire passa à toute vitesse.
Splash !
Toute l'eau jaillit sur Malam, trempant son ensemble bleu
- EH ! VOUS ! REVENEZ ICI !!! cria-t-elle, furieuse.
La voiture noire ne ralentit pas. À l'intérieur, seul un sourire se dessina dans l'ombre d'un jeune homme. Puis la voiture disparut.
Malam, dégoulinante, soupira. Derrière elle, des passants la regardaient, mi‑amusés, mi‑choqués. Elle monta dans le bus, toujours énervée. Elle posa son front contre la vitre et regarda la rue défiler.
Encore des couples...
- pourquoi le monde est-il rempli d'amour ? Pourquoi tout le monde semble comprendre ça sauf moi ?
À la fac, les couloirs bourdonnaient de voix et de rires. Meryem papotait déjà avec Jasmine et Hacéra.
- Alors, Meryem, comment ça se passe avec Émir, hein ? demanda Jasmine avec un sourire
- taquin. Meryem rougit, les yeux pétillants.
Ça se passe très bien... et je ne vous ai pas dit, les filles !
- Bah vas-y, accouche ! lança Hacéra, les bras croisés.
- Il va m'emmener au Japon pendant les vacances !
- Ah. fit Hacéra, blasée. Je croyais que c'était un truc incroyable.
- Oh toi, t'es jamais contente... répondit Meryem, vexée.
- Moi je veux un fiancé aussi... soupira Jasmine.
- Regarde derrière toi, y en a peut-être un qui te mate ! lança Hacéra en riant. Ou peut-être qu'il n'a jamais vu une créature pareille !
Les deux amies se chamaillaient encore quand Malam entra, trempée. La prof leva les yeux
- Pourquoi tes vêtements sont mouillés ?
Malam ouvrit la bouche pour répondre,
mais la prof leva la main
- Je ne veux pas savoir. File me chercher un billet de retard.
Malam, épuisée, soupira et partit au bureau. Dans le couloir, un garçon courut sans faire attention et la bouscula. Elle tomba, il ne se retourna même pas.
- EH ! TOI, REVIENS ICI !!! cria-t-elle en se relevant.
Elle se lança à sa poursuite jusqu'à la salle de classe. Le garçon ouvrit la porte et entra, Malam juste derrière.
- TOI LÀ !!! lança-t-elle.
Toute la classe se tourna vers elle. La prof fronça les sourcils
- Ton billet de retard, Mademoiselle !
- Mais il m'a poussée dans le couloir ! protesta Malam.
Le garçon se retourna enfin. Un sourire énigmatique illumina son visage. Malam le fixa, les sourcils froncés, agacée par son air tranquille.
Désolé jeune homme,
- dit la prof, tu es le bienvenu. Tu peux te présenter.
Le garçon posa calmement son sac
- Je m'appelle Ziad. J'ai 20 ans. Je suis Coréen-indonésien.
Un murmure parcourut la classe. Jasmine chuchota :
- Il est canon... tu crois qu'il est célibataire ?
- Hacéra roula des yeux Pfff... encore un homme. Je les aime pas, moi.
Malam détourna le regard, sèche. Pas question de lui sourire.
Cette nuit-là, après une longue journée...
Malam fit sa prière du soir. À voix basse, elle murmura.
- Mon Dieu... montre-moi ce que ça fait... d'aimer vraiment quelqu'un.
Elle ferma les yeux et se laissa bercer par le sommeil.
Le monde autour d'elle s'effaça, les sons devinrent lointains. Puis, doucement, un décor nouveau apparut dans son esprit : un ciel orangé, un vent léger... et quelque part, au loin, la silhouette floue d'un garçon.
Malam avança dans ce rêve étrange. Son cœur battait plus vite, sans qu'elle comprenne pourquoi.
- Qui es-tu... ? murmura-t-elle.
La silhouette ne répondit pas. Elle resta là, immobile, à la regarder.
Et Malam sentit pour la première fois... un frisson doux, étrange... comme un papillon qui se réveille dans sa poitrine.