REVEAL BLOOD

All Rights Reserved ©

Summary

Témoin d'un meurtre mafieux, Sofia est enlevée, traquée, enfermée... mais jamais brisée. Car dans ses veines coule un secret que tous veulent s'arracher : le dernier héritage d'un père qu'elle croyait mort dans l'honneur et qui avait trahi les plus puissants. Un carnet codé. Un système verrouillé par le sang. Des noms, des comptes, des lieux. Une clé pour faire tomber un empire.Mafia napolitaine, trahisons, tortures, exécutions ciblées : Sofia n'a plus le luxe de fuir. Elle doit plonger, frapper la première, et découvrir la vérité avant qu'on ne la réduise au silence. Elle était la cible. Elle devient l'arme

Genre
Romance
Author
onyzen
Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapter 1 La ruelle

Naples, Italie - 22h06

La nuit tombait sur Naples avec une brutalité presque théâtrale. Les rues du centre historique se vidaient peu à peu, avalées par l'obscurité. Les balcons aux volets clos laissaient filtrer la lumière chaude des appartements, tandis que les pavés humides reflétaient les néons vacillants des derniers commerces encore ouverts.

Sofia Russo resserra son manteau contre elle en quittant la bibliothèque de la faculté de droit. Ses doigts étaient engourdis. Ses pensées ailleurs. Les révisions n'avaient servi qu'à camoufler le poids qu'elle sentait revenir, encore et toujours, dans sa poitrine.

Son père.

Il était mort depuis dix ans, officiellement dans un accident de voiture. Mais aucune tombe, aucune cérémonie. Rien que du silence et des souvenirs diffus. Il lui manquait. Ou plutôt, il lui manquait ce qu'il avait été avant de disparaître.

Des dernières semaines, des bribes lui revenaient. Des regards échangés entre adultes. Des murmures étouffés. Et cette phrase, prononcée une fois par sa tante dans un soupir de panique :

> - Sofia... ton père n'était pas celui que tu crois.

Puis, plus rien. Le mur. L'omerta.

Ce soir-là, en sortant tard de la fac, Sofia avait raté son bus. Elle connaissait une ruelle pour couper vers la pension étudiante. Elle y passait souvent. Elle savait qu'il ne fallait pas traîner dans les ruelles de Naples, mais elle n'avait jamais eu peur de sa ville. Jusqu'à ce soir.

Elle traversa la Via Tribunali, passa devant une boutique de pâtes fraîches déjà fermée, et s'engagea dans un étroit passage bordé de hauts immeubles.

C'est là que tout bascula.

Un bruit sec. Une voix.

Puis une supplique :

- Je vous en supplie, j'ai une famille...

Une silhouette à genoux. Un autre homme debout, massif, dominant. Il le tenait par la nuque. Une troisième ombre, plus en retrait.

Un flash de lumière. Une détonation sèche. Le corps s'effondra sur le pavés dans une mare se sang.

Sofia se figea. Elle éttoufa un cri de sa main et voulut reculer, mais ses talons glissèrent légèrement sur un pavé mouillé. Le frottement fut à peine audible, mais il suffit. Le tueur releva brusquement la tête. Il l'avait vue.

Elle croisa son regard. Noir. Glacial. Insondable.

Elle se retourna et courut. Son cœur s'emballa, cognant dans sa poitrine comme un tambour de guerre. Elle tourna à gauche, puis à droite, au hasard. Les ruelles semblaient toutes identiques. Son souffle devenait court, sa gorge brûlait.

Un bruit de moteur jaillit au coin de la rue. Un SUV noir aux vitres teintés surgit des ténèbres. Les portières s'ouvrirent brutalement.

Elle hurla. Tenta de s'échapper. Une main l'attrapa à la taille avec une force surhumaine. Elle se débattit, griffa, mordit. En vain.

Un mouchoir imbibé d'un liquide âcre se plaqua contre son visage. L'odeur chimique la prit à la gorge et peu à peu ses forces la quittèrent.

Avant de sombrer, elle vit un homme s'approcher. Lentement. Il se détachait de l'ombre comme un roi descendait de son trône.

Il était grand. Large d'épaules. Beau à en devenir dangereux. Ses cheveux bruns, ondulés, encadraient un visage dur, coupé au couteau. Une barbe mal rasée accentuait la gravité de ses traits. Son regard... un abîme.

Il la fixa sans émotion. Puis parla, d'une voix grave et nette.

- Emmenez-la.

- Elle a vu quelque chose ? demanda un autre.

- Ce n'est pas ce qu'elle a vu qui compte.

C'est qui elle est.

- Vous la connaissez ?

Il se pencha brièvement à côté du corps inconscient de Sofia, et murmura, presque pour lui-même :

- Giovanni Russo était son père.

Et on ne laisse jamais une dette de sang impayée.

La voiture roulait depuis plus d'une heure, avalant les collines napolitaines dans un silence pesant, presque religieux.Dante Morelli ne disait rien. Il n'en avait pas besoin.

Assis dans le coin arrière du SUV, les coudes appuyés sur ses genoux, il fixait la silhouette inerte à sa droite. Sofia Russo. Endormie. Ou plutôt assommée par la peur et sa camisole chimique . Il l'ignora volontairement. Et étrangement, ça ne changeait rien.

Ses poignets étaient attachés devant elle, proprement, sans brutalité. Les mains jointes comme une offrande.

Elle était là.

Enfin.

Il l'avait vue des dizaines de fois avant cet instant. Par les photos, les vidéos, les rapports de ses hommes. Elle riait dans les cafés de Naples, partageait des pizzas avec des amies d'université, relisait ses cours en terrasse en mâchant distraitement l'extrémité de son stylo. Il connaissait ses trajets, ses horaires, ses habitudes.

Mais jamais il ne l'avait vue comme maintenant.

Allongée sur ce siège de cuir noir, sa joue appuyée contre la vitre teintée, son visage détendu dans une paix presque fausse. Fragile. Intouchable.

Il la détailla.

Ses longs cheveux bruns emmêlés. Sa peau dorée. Sa bouche entrouverte.Et cette colère en lui, qui brûlait doucement.Contre elle.Contre son père.Contre lui-même, surtout.Elle ne savait rien. Elle ignorait que son père avait trahi les Morelli.Que cette trahison avait coûté la vie à des hommes de valeur.

Elle ne savait pas que son nom était devenu une dette de sang.

Et elle ignorait aussi à quel point lui, Dante, avait repoussé le moment de la faire enlever. Encore. Et encore.

Mais on n'échappe pas à la dette. Pas dans ce monde.Et pourtant, il la regardait. Comme un homme perdu.

Pas comme un mafieux. Pas comme un chef de clan.Mais comme un homme devant l'objet d'un paradoxe vivant.Elle était l'héritière d'un traître.Mais elle n'avait rien de vénéneux.Elle dormait comme une enfant qu'on aurait volée à ses rêves.

Le SUV quitta la route principale. Ils s'enfoncèrent dans les collines. Des pins, des murs de pierre, un silence enveloppant la nuit. Le véhicule se dirigea vers une grande allée bordée de cyprès. Un portail s'ouvrit automatiquement. Ils gravirent une allée bordée de cyprès

Il leva les yeux. la villa apparut.

Immense. Majestueuse. Isolée. Un mélange d'architecture traditionnelle italienne et de luxe moderne : colonnes de marbre, grandes baies vitrées, façades lumineuses. Une forteresse d'opulence perchée sur les hauteurs, surplombant tout Naples

La villa Morelli. Son fief. Son piège. Son sanctuaire

Il se redressa. Son regard retourna sur elle.

Un battement de cœur, long.Il approcha ses doigts de son visage mais se retint.Même inconsciente, elle faisait naître chez lui des contradictions qu'il n'avait jamais tolérées chez aucun autre.

- T'as pas idée de ce que tu représentes, murmura-t-il, plus pour lui que pour elle.

La voiture s'immobilisa.

Il inspira. Lentement.

Un de ses hommes ouvrit la portière, prêt à aider. Mais Dante tendit la main pour l'arrêter.

- Je m'en occupe.

Il se pencha vers elle, glissant un bras sous ses genoux, l'autre dans son dos. Elle gémit légèrement dans son sommeil, et posa sans le savoir sa tête contre sa poitrine.

Il la serra contre lui. Comme on soulève une bombe qu'on ne comprend pas encore.

Puis il la sortit du véhicule. La villa les attendait.

Et avec elle, toutes les conséquences.

Longtemps après.

Un craquement. Puis une chaleur. Le bois crépite doucement quelque part, non loin.

Sofia ouvrit les yeux avec difficulté. Sa gorge était sèche, sa tête lourde, et un goût chimique persistait sur sa langue. Elle cligna des yeux plusieurs fois avant de comprendre où elle était. Ce n'était pas une cave. Ce n'était pas un entrepôt: Un lit, des draps propres, des murs en pierre claire. Aucune fenetre. Une chambre des plus sommaire. Qui contrasté avec le luxe du reste de la villa.

Elle se redressa d'un bond, la respiration haletante. Les souvenirs l'assaillirent comme un tsunami : la ruelle, le coup de feu, la fuite, le mouchoir imbibé... et ce regard noir. Celui de l'homme.

Il m'on enlevée.

Ses jambes fléchirent un instant en posant ses pieds au sol, mais elle tint bon. Elle marcha lentement jusqu'à la porte. Fermée. Pas verrouillée. Elle hésita... et l'ouvrit.

Un long couloir s'étendait devant elle, éclairé de lampes murales en fer forgé. Elle marcha lentement sur les tapis épais. Jusqu'à une salle plus vaste, où un feu brûlait dans une cheminée monumentale.

Il était là.

Assis dans un fauteuil en cuir noir. Dos droit. Verre de whisky à la main. Il portait une chemise noire, déboutonnée au col. Ses cheveux bruns ondulaient légèrement, comme la veille. Il semblait l'attendre.

- Tu es réveillée, dit-il sans se lever.

Sofia s'arrêta à bonne distance, les poings serrés.

- Où suis-je ?

- En sécurité.

- Vous m'avez droguée, enlevée, enfermée. C'est ça votre définition de sécurité ?

Il leva lentement les yeux vers elle. Il ne souriait pas. Il n'en avait pas besoin.

- Si je t'avais laissée dans cette ruelle, tu serais morte.

- Et maintenant je suis prisonnière. Ça change quoi ?

Un silence. Le feu craqua derrière lui.

- Tu es Sofia Russo, dit-il simplement.

Elle pâlit et resta muet, bouche bée. Comment connaissait-il son nom ?

Devant son aire figée, il continua.

-Tu étais au mauvais endroit, au mauvais moment....

Elle déglutit. Pris une grande inspiration.

- -Comment connaissez- vous mon nom ? Vous connaissiez mon père ?

Il se leva enfin. Sa présence était écrasante. Il s'approcha lentement, comme un prédateur qui n'avait pas besoin de courir pour attraper sa proie. Lorsqu'il fut à moins d'un mètre d'elle, il s'arrêta.

- Giovanni Russo n'était pas un avocat comme les autres.

-Il travaillait pour la justice...

-Non. Il travaillait pour nous. Lacha t-il d'un ton qui ne laissait de place à aucun doute.

Le sol se déroba sous elle. Tout son monde venait de vaciller.

-C'est faux. Il... il m'a élevée seule, avec rien. Pas d'argent. Pas de protection. Il n'avait rien d'un mafieux.

Dante planta son regard dans le sien.

- Peut-être qu'il essayait justement de t'éloigner de ça. Peut-être qu'il voulait couper les ponts... et qu'il a payé de sa vie.

Un frisson lui glaça la colonne. La vérité s'installait, froide et implacable.

- Et moi ? Pourquoi je suis ici ? Vous allez me tuer ?

- Non.

Il recula d'un pas, comme si la tension entre eux l'amusait à peine.

-Je veux savoir ce que tu sais. Ce qu'il t'a dit. Ce que tu as peut-être hérité peut-être sans le savoir. Et ensuite, on verra.

- Je ne sais rien ! cria-t-elle.

Il s'arrêta devant la fenêtre. Un paysage magnifique se dessinait à travers les vitres : la mer, au loin, et les collines napolitaines.

- Alors il faudra que je m'en assure.

Elle le fixa, haletante.

- Vous êtes malade.

Il se tourna vers elle. Cette fois, un demi-sourire glissa sur ses lèvres. Glacial.

- Non, Sofia. Je suis Dante Morelli.

Et dans ce monde, ce nom vaut plus que toutes les lois que tu étudies.