Prologue
Le ciel est bleu. Pas d’un bleu léger et cotonneux, non. D’un bleu éclatant, transperçant, inquiétant. Draumur, cette étoile errante et chaude que la NASA surveillait depuis maintenant trente ans est venue se greffer à notre Terre, aujourd’hui menacée. Prise dans la gravité terrestre, aucune solution n’est actuellement envisagée pour empêcher Draumur de cacher notre Soleil. Le temps est compté… Mes soeurs et frères humains… Bonne chance.
Ce fut la première annonce de ce qui s’annonça être la plus grande catastrophe que notre monde ait jamais connue. Puis vint le temps de la désolation. Celui de la sécheresse et de la mort végétale, animale puis humaine. Les océans devenaient déserts, les forêts devenaient cimetières. La chaleur était telle que respirer était devenu un luxe et sortir plus d’une heure, un suicide. Le temps faste de l’humanité était arrivé à son terme. Nous devions quitter notre belle planète mais aucune autre ne pouvait nous accueillir. Elle était notre seul foyer.
HOMAN, société partenaire de la NASA, élabora le projet Le Funambule : un vaisseau capable d’accueillir un dixième de la population, soit un milliard d’êtres humains. La sélection fut naturelle : le personnel aérospatial utile au bon fonctionnement de l’engin, ainsi que leurs familles, furent automatiquement sélectionnés. Des professeurs, des chercheurs, des botanistes, des agriculteurs faisaient aussi partie du voyage. HOMAN et la NASA sélectionnèrent les meilleurs parmi les milliers de dossiers d’extradition céleste reçus.
Les gouvernements s’attendaient à une vague de protestations et de guerres civiles mais rien de tout cela n’arriva. Il faut croire que les hommes s’étaient fait à l’idée de s’éteindre en sachant que l’espèce perdurerait dans l’espace et le temps, aux confins de l’univers. Rien ni personne ne pouvait arrêter le pouvoir dévastateur de Draumur alors pourquoi lutter ? Contre qui ? Des représentants de l’ONU se sacrifiaient au même titre que les populations les plus pauvres afin de diriger le pays jusqu’au dernier souffle agonisant de la Terre. Au final, le moment où l’on découvre le plus beau côté de l’être humain est souvent son dernier.
Tout juste cent ans avant ma naissance, Carl Sagan décrivait la Terre comme un point bleu pâle unique que nous devions protéger contre nous-même. Nous l’avons fait trop tard. La nature nous a puni en nous envoyant Draumur, étoile-déluge dont le but était de gommer notre planète de toute trace de vie et de recommencer une nouvelle ère. En l’an 2076, Le Funambule décolla de la Terre avec l’avenir de l’humanité à son bord et erra à travers le cosmos à la recherche d’une planète habitable.
Ce récit me fut conté dès ma plus tendre enfance. Pourtant une autre histoire attira mon attention. Celle d’une chose qui dépasse l’espace, le temps, la science, la mort : l’amour. On l’appelle EquinOx.