Chapitre 1 - Isabella
Pourquoi ai-je choisi de porter des escarpins de douze centimètres aujourd’hui ? Pourquoi ont-ils inventé cette torture pour nos pieds, à nous les femmes ? Tout ça pour paraître plus féminine ? Bref.
Aujourd’hui, au travail, on nous a demandé d’arriver une demi-heure plus tôt, car une réunion très importante est prévue avec notre directeur principal, ainsi que l’ensemble du personnel. Cela me stresse un peu, car je suis nouvelle depuis seulement quelques semaines dans cette entreprise de journalisme que j’ai réussi à intégrer. Je termine de me préparer, n’oublie pas mon thé matcha au lait d’avoine, et mon sac contenant tout mon matériel prêt à être utilisé — car je n’ai pas encore d’affaires sur place pour écrire et enregistrer.
Une fois au travail, je me rends à mon bureau et y dépose mes effets personnels. Je prends seulement mon carnet, ma boisson chaude, un stylo et mon portable, puis je me dirige vers la grande salle de réunion. À mon arrivée, une grande télévision est allumée. Les nouvelles d’une chaîne concurrente annoncent, comme toujours, la météo et les faits du jour. Je m’installe à une table et ouvre mon carnet, prête à prendre des notes.
Notre directeur fait son entrée dans la salle. C’est un homme... disons, particulier. Il est petit, chauve, légèrement en surpoids, mais il reste notre directeur, et il mérite le respect.
— Allez, s’il vous plaît, je vous demanderai à tous de vous asseoir ! crie-t-il. Vous pensez pouvoir vous reposer cette semaine ? La réponse est NON ! Je veux plus de travail, et moins de blabla dans les couloirs ! Je veux plus de rapports écrits et d’interviews ! Je veux de. vraies. nouvelles !
— Mais Monsieur Lawson… pourquoi ? Nous sommes épuisés, dit la jeune femme à côté de moi. Certains d’entre nous travaillent plus de 50 heures par semaine à la recherche d’histoires palpitantes, alors qu’il ne se passe rien dans notre petite ville. Monaco.
— Madame, répondez à ma seule question, je vous prie. Est-ce que le crime à Monaco prend deux semaines de vacances à Cuba chaque année ? rétorque-t-il, furieux.
— Non, Monsieur Lawson… répond-elle en chuchotant.
— Tu pourrais, par pitié, par… — il s’arrête net et fixe la télévision.
Une jeune femme à l’écran semble très stressée. FLASH INFO. Déjà le cinquième cette semaine…
"Alerte info à tous les Monégasques, info de dernière minute. Nous venons d’apprendre que le millionnaire Patrice Faraldo a été retrouvé mort cette nuit à son domicile, d’une balle dans la tête. Des documents et des photos accablantes le montrant abusant de mineures ont été retrouvés. Selon les premières informations, aucune effraction n’a été constatée. Un suspect est recherché, mais aucun indice n’a encore été relevé. Il s’agit du quatrième décès similaire depuis le début de la semaine. Si vous avez des informations, merci de contacter immédiatement les autorités. C’était Lucia Otto pour TV Monaco."
Silence total dans la salle. Personne n’ose parler ni bouger. Le sixième millionnaire assassiné cette semaine. Du jamais vu. Monaco, si paisible jusqu’ici… plus maintenant.
Je reprends mon carnet et commence à noter les détails du flash info. Tout cela m’intrigue. Depuis mon enfance, je suis passionnée par les histoires de tueurs en série. J’en ai toujours regardé à la télévision. Ils me fascinent. Je suis même certaine que je pourrais commettre le crime parfait sans jamais me faire attraper.
La femme à côté de moi jette un coup d’œil à mes notes.
— Merde… un sixième cette semaine… vraiment pas de chance. Un par jour. Les gens ont peur de sortir en ville. Mais avec toutes les horreurs que Faraldo a fait subir à ces jeunes filles, il méritait sa mort, non ? dit-elle en mordillant son stylo. Tu imagines si quelqu’un met la main sur ce tueur ? C’est la célébrité assurée ! T’en dis quoi ?
— Oh, je ne sais pas… Je prends juste des infos comme ça, rien de plus. Je connaissais M. Faraldo à cause de mes parents. Résoudre son meurtre, ça me motive un peu.
— OMG, tu plaisantes j’espère ? Il a violé des jeunes filles et toi, tout ce que tu veux, c’est résoudre son meurtre ? Meuf, t’as franchement un problème, je te jure.
— Non, attends deux secondes, je ne voulais pas dire ça comme ça… Je veux juste la vérité, pour lui, mais aussi pour les autres qui ont été froidement assassinés. Pour leurs familles. Tu comprends, non ?
Je suis pas une psychopathe. Je veux juste connaître la vérité.
Le directeur nous regarde, elle et moi. Il n’aime visiblement pas qu’on discute pendant la réunion.
— Euh, excusez-moi, au fond ? Je vous dérange peut-être ? demande-t-il, agacé.
— Non, pas du tout… C’est juste que Madame voudrait faire justice pour ces meurtres et… écrire. Non mais quelle tarée celle-là, dit la jeune femme.
Quelle pétasse.
— Tu peux me rappeler ton nom, et celui de ta nouvelle copine à côté ? demande le directeur.
— Moi, c’est Rose Lee, département écriture et recherche. Et elle, bah… aucune idée. Probablement journaliste people ou quelque chose du genre.
— Isabella Fox, Monsieur Lawson. Département recherche, écriture et interviews. Je suis nouvelle, je viens du New York Times.
Des murmures s’élèvent tout autour. Un homme lance :
— Mais qu’est-ce que tu fais ici, paumée dans un coin perdu ? T’as dû te tromper de direction !
Il se met à rire. Le directeur le fusille du regard.
— Lucio, je te veux dans mon bureau après la réunion. C’est clair ? Bien. Madame Lee, Madame Fox… pourquoi parliez-vous si fort de ces assassinats ? me demande-t-il, intrigué.
— Je connaissais la victime… Alors, je disais que je pourrais peut-être essayer de résoudre cette enquête.
— Et si, au lieu d’en faire un hobby bizarre — et je ne veux pas savoir les détails — je te donnais les moyens d’enquêter officiellement ? Tu pourras rédiger un article tous les deux jours à ce sujet. Considère ça comme ton test d’entrée. Et Madame Lee t’aidera à écrire les articles. Cela vous convient ?
Merde. Je vais devoir me traîner cette conne.
— Tout est parfait pour moi, Monsieur. Je ne vous décevrai pas !
Rose se lève en soupirant et ramasse ses affaires.
— J’ai le choix ? Je ne pense pas. Alors allons-y, pour une partie de cache-cache avec notre ami le tueur en série…
Je n'en reviens toujours pas, ma première vraie affaire.