Victime de nos coups

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Summary

Une jeune femme, confrontée à une épreuve personnelle, se retrouve à devoir affronter une nouvelle tragédie. Alors qu'elle tentait de reconstruire sa vie, la mort soudaine de sa mère la plonge dans un abysse de tristesse et de questions sans réponse. Une découverte troublante, cachée dans les confidences de sa mère, l'amène à soupçonner sa propre famille d'être impliquée dans des événements sombres. Sa quête de vérité la conduit à des révélations choquantes, qui la forcent à remettre en question tout ce qu'elle croyait savoir. Le destin lui réserve un ultime rebondissement, qui change à jamais le cours de sa vie.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapter 1 — Une maison, deux nouvelles


PDV de Coumba Rassoul Sy


Ils ne comprendront jamais ce vide dans mon cœur que j’essaie, en vain, de combler.

Ils ne pourront jamais imaginer la douleur que je supporte chaque jour.

Ils ne comprendront jamais ce que je ressens, ce que je m’imagine... tout simplement parce qu’ils ne veulent pas m’écouter.


Je dérange, pensais-je.

J’essaie de parler, je veux parler, mais on ne me donne pas l’occasion. Ai-je fait quelque chose de mal ?

Je veux juste être maman. Ai-je trop demandé ? Est-ce un péché de vouloir porter son propre enfant, de le serrer dans ses bras, de l’entendre pleurer, de l’allaiter, de le voir sourire à sa maman ?

Je veux être mère.


Ce rêve, je le porte depuis l’enfance. J’ai toujours prié pour cela.

J’ai juré de tout sacrifier pour ce futur enfant.


Ce rêve tant attendu... est-il devenu impossible ?

Jamais je n’aurais cru que ça m’arriverait, même si parfois, je m’y préparais.

Mais je ne m’attendais pas à ces larmes qui inondent mon visage, à mes jambes qui ne répondent plus, à ces questions qui me déchirent l’esprit :

Aurais-je un mari un jour ? Quel homme voudra épouser une femme stérile ? Qui peut croire que ce n’est qu’un accident ?


Les minutes de larmes me paraissent des secondes, tant elles ne cessent de couler.

Tous les regards à l’hôpital sont tournés vers moi. Peut-être se demandent-ils :

“Pourquoi pleure-t-elle ? On ne voit aucune blessure sur elle.”

Mais ils ne savent pas que ma blessure est là, à l’intérieur.

Dans mon cœur, dans mon âme.


Je me retourne vers ma mère. Ses yeux brillent. Je sais que ce sont les larmes qu’elle retient qui leur donnent cet éclat.

Et même si elle ne sait rien. Elle n’était pas dans la salle quand on m’a annoncé cette affreuse nouvelle, elle pleurait avec moi.


On sort de l’hôpital, déçues.

Silence total dans la voiture. Je ne fais que fixer la route à travers la vitre.

Regardez cette dunya éphémère... pleine d’épines, de déceptions, de surprises.



Deux mois plus tôt…


La douleur ne me quitte toujours pas.

Le cœur brisé, meurtri.


C’est là que ma mère a enfin décidé de m’appeler, pour comprendre la cause de mon silence.

Mais je ne voulais en aucun cas qu’elle sache.

Je cherchais toujours un moyen de fuir, d’éviter ses questions.

Parfois, elle envoyait mon grand frère Yunus pour essayer de me faire parler.

Mais moi, je préférais garder le silence…


1 an et 11 mois plus tôt…

Presque 2 ans. Il est temps. Oui, il est temps de me relever.

D’accepter enfin cette vérité : je ne pourrai jamais être mère.

D’accepter que je ne suis pas parfaite et d’ailleurs, personne ne l’est.

« Allah n’impose à aucune âme une charge au-delà de sa capacité. »

Alors je peux supporter cette douleur.


Bref.

Aujourd’hui, c’est mon premier rendez-vous pour devenir directrice d’une crèche.

Si je ne peux pas être mère biologiquement, alors je serai mère autrement.

Mère pour des orphelins, pour l’enfant des autres, pour les enfants du monde.

Parce qu’on peut être mère sans accoucher, et j’y crois fermement.


Vous vous demandez sûrement : « Comment une crèche peut-elle accueillir des orphelins ? »

Eh bien… ça, c’est mon projet. Et vous allez en savoir plus.


Je descends saluer mes parents, qui sont un peu surpris de ce changement soudain.

Puis je monte dans un taxi, direction : mon nouveau départ.


Arrivée sur place, le secrétaire m’indique d’entrer.

Le bureau est vide.

Il doit être tout près, s’ils m’ont laissée entrer. Alors j’attends.


Quelques minutes plus tard, le monsieur arrive.

On se salue, il s’assoit, je lui tends mon dossier.

Il le feuillette. Une à deux minutes passent. Je crois qu’il est satisfait.

Puis il pose la question que j’attendais :


Le monsieur : Mademoiselle Sy, je vous rassure, je suis impressionné par votre dossier, machallah.

Mais j’ai une interrogation, dans votre projet de crèche, vous parlez d’accueillir aussi des enfants abandonnés.

Or, une crèche est généralement une garderie, un lieu destiné aux enfants en bas âge, pour pallier l’absence temporaire des parents sans s’y substituer.


Je souris doucement.


Moi : Exactement monsieur. C’est bien une crèche, mais à mes yeux… c’est bien plus.

Je la vois comme une maison familiale.

Un lieu où cohabiteront orphelins, enfants abandonnés, et enfants que les parents déposent en journée.

On peut être mère sans accoucher mais ça ne sera pas de la substitution.

La maison sera divisée en deux appartements : l’un pour les orphelins et enfants abandonnés,

l’autre pour la crèche classique.

Mais ils se verront souvent, vivront dans le même esprit.

En réalité, ce sera une maison composée d’une pouponnière et d’une crèche.



Il se met à me sourire, puis signe quelques papiers et me dit :


Le monsieur : Je n’ai aucune raison de vous retenir ici plus longtemps.

Je sais, je suis convaincu et même flatté que vous pouvez diriger cette crèche, voire bien plus encore.

Félicitations. Voici votre autorisation d’ouverture.

Ou devrais-je dire : votre maison familiale, comme vous l’appelez si bien.

Grâce à votre double formation en médecine et en psychologie, vous avez tous les outils nécessaires pour réaliser ce que vous avez présenté dans votre dossier.

Encore toutes mes félicitations. Et je vous encourage sincèrement.


Je n’en croyais pas mes yeux.

Moi, Coumba Rassoul Sy, directrice d’une crèche…

Mère et protectrice d’enfants abandonnés et orphelins.

Merci au Tout-Puissant.

Parce qu’en ce jour, j’ai compris cette vérité :

« À côté de chaque difficulté, il y a certes une facilité. »

Moi qui pleurais pour en avoir un, oubliant qu’il y avait tant d’enfants sans mère…

Étais-je égoïste ? Peut-être. Mais bref, tout cela appartient au passé maintenant.


Je ne m’étais même pas rendu compte que j’étais encore dans les bras du monsieur, par fierté, submergée par l’émotion.


Je commence doucement à me détacher.


Moi : Je suis désolée, je suis… submergée par cette émotion.


Le monsieur :

Tu n’as pas à t’excuser. Je le suis encore plus, crois-moi.


Moi : Merci… Et j’espère que vous serez là, à l’inauguration, Insh’Allah.


Le monsieur :

Avec plaisir, Insh’Allah.


Il est 27h… non je rigole, 27 minutes que je suis en route.

Mais pour moi c’est comme 27 heures, tellement je suis impatiente de raconter cette bonne nouvelle à ma mère.



Arrivée chez moi, je paye le taxi puis je cours. Vite. Très vite.


En entrant, je tombe sur oncle Abdou, assis dans le couloir, les mains sur la tête, le visage grave… triste.

De l’autre côté, tout au fond, tante Soukeyna est en larmes.

Un frisson me traverse.

Qu’est-ce qui se passe ?

Ai-je fait quelque chose ?

Je suis complètement perdue.


Dès qu’ils me voient, ils se lèvent et s’approchent de moi.


Oncle Abdou : Je veux te parler.


Encore une réunion ? Sérieusement ?

Cette famille ne me surprend plus.

Depuis que papa est mort ça fait maintenant 7 ans, oncle Abdou a pris le relais.

J’avais 14 ans.

Le jour le plus dur de ma vie.

Depuis, il est devenu notre deuxième père à Yunus et moi… mais toujours à appeler pour des réunions, conseils, discussions…


Mais pas aujourd’hui. Pas aujourd’hui.

Aujourd’hui j’ai une nouvelle à annoncer.


Moi : Oncle Abdou, après s’il te plaît… Parce que là, j’ai une superbe nouvelle pour maman et pour vous aussi ! Devinez quoi ? JE SUIS DIRECTRICE D’UNE CRÈCHE ! Et protectrice d’enfants abandonnés et…


Mais je n’ai pas le temps de finir.

Tata Soukeyna éclate en sanglots.


Et là, Yunus, mon frère, sort de la chambre de maman.

Il ne dit rien.

Il s’avance, me prend dans ses bras.

Je sens ses larmes couler sur mon dos.


Non. Non, non, non.

Ce n’est pas ce que je pense.

Je refuse de croire à ça.


Je me détache vivement de lui, les mains tremblantes.


Moi : Yunus… qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tu es dans cet état ??


Il baisse les yeux.

Il ne peut pas me regarder.

Il ne dit rien.


Je n’attends pas.

Je cours.

Je cours directement dans la chambre de maman

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