CODES&LIES

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Summary

Stripteaseuse la nuit, hackeuse le jour, Jade mène une double vie dictée par la survie. Quand elle offense par inadvertance Eliot, un homme d'affaires aussi riche que sadique, leur rencontre déclenche une chasse où la proie n’est jamais celle qu’on croit. Ce qui commence comme un jeu de vengeance bascule rapidement en une partie perverse où désir, peur et soumission s’entremêlent, jusqu’à ce qu’une seule question demeure : qui survivra à cette obsession ?

Genre
Romance
Author
Mutwenzi
Status
Ongoing
Chapters
7
Rating
4.0 1 review
Age Rating
18+

Jade

Merde ! Merde ! Merde !

Je suis en retard. Encore une fois. Lys va me tuer. Je lui avais pourtant promis d’être ponctuel aujourd’hui et je le pensais vraiment. C’est la première fois qu’un client me demande spécifiquement. Enfin, pas qu’il ait cité mon nom ! Je ne suis même pas sure qu’il le connaisse. Je dois ce job à mon corps « insignifiant » comme se plaisent à me le rappeler mes collègues puisque le client a spécifié avoir besoin d’une fille « naturelle » et que parmi mes collègues, je suis la seule qui n’a pas quelque chose de refait sur son corps. Pas par choix, bien sûr. Je vois bien combien mes collègues accumulent de pourboires et de danses privées qui paient mille fois mieux. Si j’en avais les moyens ou si je pouvais me permettre le luxe, je ferais comme les autres.

Je suis cette fille qui attirerait peut-être les regards si j’étais dans le mannequinat mais qui n’a pas sa place dans le strip-tease : grande et svelte, assez athlétique pour bouger et assez souple pour gagner quelques pourboires mais pas assez tape à l’œil pour laisser derrière moi des acclamations quand je quitte la scène. Même mon visage n’a pas sa place dans le milieu dans lequel je travaille. J’obsède peut-être les plus ringard car ceux qui peuvent se les payer nous préfèrent avec de grosses fesses et des gros seins.

J’ai hérité de ma mère de ce visage ovale et parfaitement symétrique qui évoque l’équilibre naturel de ce que les autres passent des années à essayer de corriger. Mes pommettes hautes dessinent des ombres douces sur mes joues, sculptant mon visage avec une précision presque cruelle. Mes yeux, larges et profonds, sont d’un brun chaud, presque doré sous certains éclats de lumière et les longs cils qui les couvrent attestent de leur unicité. Mes lèvres pleines tracent une courbe assurée mais c’est la lèvre inférieure, plus pulpeuse, qui leur peint leur sensualité. Mon nez est discret, harmonieux, ni trop petit pour disparaître, ni trop présent pour dominer, juste ce qu’il faut pour souligner l’ensemble. Et puis, il y a mes cheveux : noirs comme l’encre, lisses comme la soie, ils encadrent mon visage comme la dernière touche d’un peintre sur un tableau réussi. On m’a souvent dit que je suis belle. Mais je n’ai jamais eu besoin qu’on me le dise. Je le sais. Je l’ai toujours su. Dommage que dans mon monde, la beauté ne paie pas et je la porte sur moi comme une malédiction.

Ainsi donc je me retrouve à courir dans les rues de Velmoor pour arriver à l’heure dans la soirée privée qui se déroule dans le Elms Heights, le quartier ultra luxueux de tout Velmoor. Quand j’arrive en sueur et à bout de souffle, un homme grand, raide comme un manche à balai et habillé d’un costume qui doit valoir mon salaire semestriel, me jauge de haut en bas avant de me demander ma carte et mon nom.

_ East Jade Richards ; je dis en lui tendant ma carte d’identité. Je suis… danseuse chez Lux.

Il me jette un regard indécis et je me dis que je n’aurais pas dû hésiter parce que danseuse et strip-teaseuse ne sont pas si différents que ça et qu’ils désignent la même chose dans mon cas. Je ne sais même pas pourquoi j’ai hésité, ce n’est pas comme si j’avais honte de mon boulot !

Il décroche un téléphone accroché sur le mur et clique sur un bouton :

_ La danseuse du Lux est arrivée.

Deux secondes d’écoute puis raccroche.

_ Quelqu’un arrive pour vous y conduire, mademoiselle ; me dit poliment le jeune homme en me remettant ma carte d’identité.

Je marmonne un merci et me tiens là, gênée, incertaine de ma posture, avec mon jean moulant, mon pull trop grand et mes baskets totalement inadaptées à un endroit aussi impeccable. Je ressemble beaucoup à une voleuse de miette dans un banquet royal.

Je sais, c’est ma faute et c’est comme si je ne prenais pas mon boulot au sérieux mais le truc est que je ne suis pas que strip-teaseuse. Je suis programmeuse et de temps en temps, j’ai un gig et je ne peux pas refuser _ni n’en ai les moyens_ de refuser de me faire quelques sous de plus. Et il se trouve qu’aujourd’hui était mon jour de chance et j’arrive directement d’un job où j’ai dû pénétrer un système d’une entreprise. Bah, oui. On se nourrit comme on peut et comme je n’ai pas de boulot respectable comme on en rêve quand on est adolescent, je me contente d’hacker quelques trucs quand l’opportunité se présente et je suis tranquille pendant quelques jours. D’autant plus qu’ils payent mieux que la danse. Mais ce sont de petits trucs qui valent pas grand-chose. Je suis tranquille et ne fais rien d’illégal ; rien qui vaille la prison, en tout cas.

Et là, je me tiens devant ce gardien silencieux, à l’entrée d’un monde où chaque détail crie richesse et pouvoir. La porte s’ouvre derrière lui et un jeune homme svelte, avec un grand sourire vient vers moi :

_ Mademoiselle Richards ; dit-il en me tendant la main et me conduisant directement dans un ascenseur. Tout le monde vous attend avec impatience. Je suis Virgil, l’assistant de monsieur Callahan. Il m’a chargé de vous montrer la chambre dans laquelle vous pourrez vous changer avant de vous conduire vers la piste. Vous avez jusqu’à une demie heure pour vous préparer.

Nous nous arrêtons devant une porte.

_ Vous trouverez tout ce qu’il vous faut ici ; dit-il en l’ouvrant.

Je suis tout de suite subjuguée par le dressing digne d’un défilé qui me fait face : des tenues étincelantes pendent sur des portants et des chaussures derniers cris sont rangés sur des étagères. Une lumière rose tamisée éclaire la pièce, la rendant presque féerique.

_ Si vous avez besoin de quelque chose d’autre, vous n’aurez qu’à presser sur un de ces boutons et dire ce que vous voulez. On vous l’apportera tout de suite. Il y a aussi du champagne si vous vous sentez nerveuse avant d’aller à la scène ; continue-t-il en repoussant une étagère pour me montrer un comptoir rempli et raffiner.

Ça doit être merveilleux d’être riche !

_ Merci beaucoup mais je préfère être sobre quand je danse.

Il m’adresse un sourire professionnel et sort en fermant la porte derrière lui. Je me hâte d’enfiler la tenue que j’ai apporté avec moi qui met en valeur ma silhouette et des escarpins qui ont attiré mon regard aussitôt que je suis entrée dans cette pièce. Je coiffe mes cheveux que je serre en que de cheval et maquille mes yeux pour qu’ils accrochent la lumière avant de me hâter de sortir. Je ne peux pas me permettre de me faire encore désirer.

Une jeune fille séduisante m’attend sur ma porte et me conduit directement vers une pièce à la lumière tamisée, assez pour distinguer les silhouettes et les masques qu’ils portent sur leurs visages et je me place sur la chaise qui m’attend en face d’eux, dans la pénombre.

Une mélodie douce et sexy monte lentement avec un peu de lumière du côté des spectateurs et j’attends nerveuse et excitée que ma lumière soit allumée pour commencer à bouger. Alors quand la lumière jaillit sur moi, illuminant ma silhouette, je sens l’extase me gagner.

La danse est mon chez moi. Il n’y a pas plus grand aphrodisiaque pour moi que de bouger mon corps et sentir toute l’attention qui m’est du. C’est pour cela que j’ai choisi le striptease. Ce sentiment d’être vulnérable, désirée et intouchable m’enivre. Derrière chaque masque, le regard passe de l’amusement à l’intérêt, de l’intérêt au désir jusqu’à ce que j’ai captivé l’intérêt de tout le monde. Sauf pour un. Je l’observe depuis que je suis arrivée sur scène mais il n’a posé sur moi que quelques regards anormalement désintéressés. Et je ne sais pas pourquoi ça me fout les jetons. Peut-être est-ce sa grande posture imposante, l’aura hautain qu’il dégage ou simplement le fait qu’il ne soit pas aussi hypnotisé que les autres mais ça me tape sur les nerfs.

Avant même d’y avoir réfléchi deux fois, je m’avance entre les tables, offrant à leurs occupants un sourire ici, un bougement de hanche là-bas, un effleurement volontairement léger sur le bras de l’autre côté… jusqu’à ce que j’arrive jusqu’à ma cible. Et chance est mienne puisque son regard est maintenant posé sur moi. Neutre et opaque, oui, mais c’est à moi qu’est toute son attention maintenant.

Je me mets à quatre pattes et avance vers lui, mes mains et mes genoux épousant le sol comme un félin traque sa proie. _et franchement, c’est d’une certaine façon comme ça que je me sens_ jusqu’à ce que je ne sois plus qu’à un mètre de ses pieds. Mon regard collé au sien, je me mets à exécuter une pirouette avec les jambes, dos arqué, à la fois vulnérable et insoumise. Un sourire mince et énigmatique détend ses lèvres et un frisson rebelle me traverse comme une décharge électrique et je ramène lentement mes pieds sur le sol en Samakonasana, jambes biens écartées, assise sur mon bassin, offrant toute l’ampleur de ma silhouette et laissant la caresse glaciale du sol grimper le long de ma peau nue comme une promesse dangereuse.

Autour de moi, j’entends les chuchotements et les acclamations étouffées qui me montre bien qu’ils adorent le spectacle que je leur offre et pourtant le regard de ma proie reste impassible. Je me remets à genoux et fais une tentative désespérée pour me rassurer que j’ai toujours les rênes et que je peux leur arracher une réaction à ces yeux de marbre. Je me penche en avant comme si je m’offrais à lui et tire directement sur sa cravate pour rapprocher son corps du mien et un hoquet surpris lui échappe tandis qu’une lueur intéressée traverse son regard.

Seigneur ! Qu’est-ce que je ne donnerais pour avoir une telle réaction encore !

Alors je deviens plus osant. D’habitude, je n’entame pas de contact avec un client et pourtant, une envie presque surnaturelle me pousse à poser ma main droite sur son torse tandis que ma main gauche desserre subtilement sa cravate. Il me faut une force surhumaine pour me rappeler que je travaille, que c’est un client, que tout ce que je dois faire c’est me concentrer sur mes mouvements et non laisser mes penser diverger sur combien ses muscles sont durs sous sa chemise, que son parfum musc boisé et épicé _avec quelque chose de sombre dont je n’arrive pas à mettre le doigt dessus et qui m’attire indéniablement_ me donne envie d’enfuir mon visage dans son cou et y demeurer pour la vie, mais surtout qu’il ne faut pas que je baisse les yeux sur son entrejambe pour voir si je lui fais de l’effet _parce que ce n’est pas pour ça que je suis ici !

Je me lève subitement et le contourne en gardant mes mains sur lui. Quand mes seins sont à la hauteur de sa nuque, je penche sa tête vers moi et me baisse comme pour l’embrasse. Il ne bronche pas, ni même quand mon nez effleure ses lèvres. Ses yeux restent posés sur moi comme pour me défier de pousser mes limites. Alors, c’est ce que je fais.

D’un geste brusque, je le pousse sur ses genoux. Il se retient sur ses mains pour ne pas atterrir face contre le sol. Je sens l’adrénaline monter dans mes veines et me secouer toute entière. Je ne peux m’empêcher de tirer encore plus sur sa cravate pour ramener sa tête en arrière, jouant le rôle de la dominante à la perfection.

Un hoquet de surprise traverse la salle et je me rends compte que j’ai dépassé les bornes par leurs yeux écarquillés derrière le masque et leurs bouches pendantes à cause du choc. J’essaie d’atténuer le choc, en me mettant directement dos sur terre en dessous de lui et commençant à balancer mon corps de façon sexy mais je me rends compte que le pire est déjà arriver et que je ne peux pas faire marche arrière. Alors, je me relève sans rien perdre de ma souplesse et retourne sur la scène qui m’est réservée où je continue à danser sur le pool jusqu’à ce que mon temps finisse. Cette fois, je n’ai pas besoin de vérifier qu’il me regarde parce que je sens son regard comme un fer brulant sur mon corps durant tout le temps qu’il me reste.

Heureusement, je réussis à remettre l’ambiance et regagner l’attention du public. Quand la musique s’éteint lentement sur une dernière pulsation grave, j’attends le cœur battant que lumière s’éteigne et je quitte la salle comme si j’avais le diable à mes trousses, laissant derrière moi des acclamations satisfaites et un regard qui me transperce le corps, lourd et dur, comme s’il choisissait déjà la façon dont il allait me détruire. J’essaie d’ignorer la façon dont cette semblant de promesse fait palpiter ma moiteur et cours jusqu’à la pièce luxueuse dans laquelle je me change rapidement.

Qu’est-ce qui m’a pris ?

Je ne reste pas une minute de plus dans ce monde qui n’est pas mien et qui vient de me le prouver, espérant seulement que je ne viens pas d’offenser un mafieux impitoyable et que ma vie ne tient plus qu’à un bout de fil.

Mais nom de dieu, qu’est-ce qui m’a pris ?