Silence étoilé, pensées emmêlées
Après sa première nuit avec Hayleen, Sylvain est sur un nuage.
Il est en couple avec sa directrice de projet chez Google, sa partenaire qui lui donne envie de tout découvrir de l’intimité partagée. Comme pour tout projet, il veut se documenter, expérimenter, exceller.. pour lui offrir tout ce qu’il a. Ce n’est plus sa soif de comprendre, de connaître, de maîtriser .. c’est un besoin viscéral de la chérir.
Sylvain
Je m’allonge. Mon lit ne m’appartient plus tout à fait. Je l’y cherche même lorsqu’elle n’y est pas..
L’odeur d’Hayleen me happe, surtout là, sur l’oreiller.Je ferme les yeux. Frissons fantômes. Cœur tambourin.
J’ai été heureux. Comblé. Et puis la peur, viscérale, bile dans la gorge...
Et si je n’avais pensé qu’à moi ?Si elle était repartie déçue, frustrée, me rangeant dans la case des hommes égoïstes ? Elle paraissait heureuse et satisfaite mais avec le recul..
Non. Non.Je veux mieux. Je veux plus lui donner.. tout ce que je peux, tout ce qui peut la faire sourire.Je veux qu’elle se sente aimée. Autant que moi.
Hayleen
Je ne dors pas. Impossible.
Je suis recroquevillée dans mon lit, un vieux t-shirt contre moi. Le sien. Celui qu’il m’a prêté hier soir, quand je grelottais. Je ne l’ai même pas plié. Juste serré. Fort. Enfouissant mon nez dedans pour le retrouver… un peu. Il pèse sur ma peau comme une présence invisible. Il sent Sylvain. Mon vertige. Mon ancre. Cette odeur m’a marquée plus sûrement qu’un tatouage.
Je souris toute seule, la gorge serrée.
Sylvain est beau. Pas seulement son corps, pas seulement ses gestes.. mais dans la façon qu’il s’est donné à moi : timide, réservé, et pourtant confiant. Aimant. Il est entier. Fragile. Vrai. Il n’a pas eu honte de se montrer tel qu’il est. Et ça… Ça, je ne l’oublierai jamais. C’est un baume pour mon âme. C’est ma définition de l’amour.
Et soudain, je le veux encore. Plus. Le souvenir de ses mains, de sa bouche, me brûle.
Je ferme les yeux. Mon corps se cambre, s’offre au vide comme s’il était là."Hmm… si doux, si bon, Sylvain… " Je me caresse, le souffle court, imaginant ses doigts, sa chaleur. Et c’est la première fois que me donner du plaisir est si simple : il suffit que je pense à lui. Me voilà cambrée sur mon lit, son nom sur les lèvres, mon esprit le visualisant entre mes jambes à jouir comme rarement..
Sylvain
Je ne cesse de penser à Hayleen et avant de m’apprêter pour me coucher, je ne peux me retenir de lui envoyer un texto.. “Douce nuit ma belle Hayleen, tu me manques déjà”
Dès que le message part, je grimace. Trop ? Puéril ? Pathétique ? Ou peut-être… juste touchant ?
Hayleen
Mon téléphone vibre en plein coît, c’est bien ma veine.. Je l’ignore d’abord, me laissant retomber, le souffle court. Encore haletante, j’attrape finalement l’appareil.
C’est un message de Sylvain. Mon cœur s’emballe à la lecture : “Douce nuit ma belle Hayleen, tu me manques déjà.” Mon Dieu… Ce qu’un simple texto peut me faire chavirer. Je souris comme une idiote, les yeux brillants. Jamais un homme ne m’a parlé comme ça. Pas de connexion vraie, jamais. Et là… je fonds.
Deviendrais-je romantique ? Ou bien est-ce ça, aimer vraiment ? Je tape aussitôt, fébrile : “Fais de beaux rêves Sylvain, j’essaierai de t’y retrouver. Demain semble si loin sinon.”
Relisant, je ris toute seule. C’est moi qui ai écrit ça ? Je fonds littéralement quand il s’agit de lui.. et j’adore ça !
Sylvain
Ces quelques minutes d’attente de sa réponse sont une torture qui emmènent mon esprit tellement loin.. Je manque de mots pour dire ce que sa réponse m’évoque. Hayleen, cette femme indépendante et forte qui me dit qu’elle veut rêver de moi parce que demain est trop loin..
J’en pousse un cri de joie, je donne des coups dans mon oreiller et me bats avec ma couette tellement j’ai un rush de pure félicité. Elle veut rêver de moi. Moi ! Je serre mon téléphone contre ma poitrine, incapable de trouver les mots pour cette félicité brute.
Et je sombre dans le sommeil, cœur battant, comme si elle était là.
Hayleen
Je me berce d’une douce torpeur tant physique après orgasme que psychique grâce à nos échanges de textos si doux. Quand je ferme les yeux, le sommeil m’accueille et me transporte dans un rêve lumineux.
Je nous vois, Sylvain et moi, à la fête annuelle de fin d’année du personnel, main dans la main, rayonnants. Ce n’est pas une controverse ou des chuchotements gênés qui nous entourent mais toute la beauté du non jugement chez Google et tout le personnel sait pour nous, il nous supporte. Nous assumons notre relation au grand jour, forts de notre amour et avec la certitude que c’est notre avenir.
Sylvain
Mon sommeil est profond, je me suis rarement senti autant en paix. Je rêve d’Hayleen, elle porte une robe d’été vaporeuse à bretelles et court dans le sable sur la plage en riant. Je la poursuis, jouant à l’attrapper.Notre complicité est belle à voir, notre intimité, perceptible.
Nous nous nourrissons mutuellement de sushis et autres délices faciles à manger avec les doigts. La nourriture n’est qu’un prétexte pour toucher ses lèvres, si douces.. Elle est tellement sensuelle alors qu’elle mordille le bout de mon index, j’en gémis.Nos jeux sont légers, subtils et pourtant de plus en plus osés.
L’alarme me tire trop tôt du rêve où je câlinais Hayleen, couvrant son cou et son épaule de tendres baisers. Je me réveille, encore envahi par son image, et ma trique matinale me rappelle à quel point ce rêve m’a troublé. Je ferme les yeux à nouveau, retrouvant mentalement ses caresses, m’imaginant qu’elle me donne le même plaisir.
“Oh Seigneur… je voudrais tant qu’elle me touche à nouveau…”
Hayleen
Le matin arrive trop vite, j’aurais bien voulu vivre plus de ma vision de vie avec Sylvain même en songe..Quand j’ouvre les yeux, mon rêve me reste en mémoire, limpide.
Je nous ai vus, Sylvain et moi, côte à côte, sans peur ni secret. Pas de sensualité, pas de feu des corps, mais une évidence tranquille : celle d’un choix assumé.
Je souris en y repensant. Ce n’est pas l’envie qui m’habite au réveil, c’est une conviction : je veux du solide, un chemin qui ne sera plus jamais solitaire car j’ai trouvé mon partenaire.
Ce n’était pas anodin. C’était mon inconscient qui me murmurait que j’avais trouvé ma voie.
Sylvain
Allongé, encore haletant après m’être soulagé en pensant à Hayleen, je reste songeur.
Mon rêve était doux, charnel, mais toujours dans la retenue : jouer avec elle, la nourrir du bout des doigts, goûter sa peau… Tout passait par la tendresse, la découverte de nos corps par nos sens..
Mon être tout entier me crie que j’ai besoin d’elle, que ce lien passe par la tendresse physique, les caresses, les baisers tout comme par l’élan de mon cœur.
Et pourtant, un doute me traverse : serai-je à la hauteur moi qu’une simple caresse intime fait rougir ? Pourrai-je la combler à tous les niveaux alors que je suis son subalterne ? Je ne suis pas qu’un corps qui pour la première fois est en manque, je veux être son partenaire, son égal.
Je me sens encore trop régulièrement parfois comme un petit garçon, intimidé par Hayleen, magnifique et talentueuse qui sait toujours où elle va. Si seulement elle pouvait lire en moi, voir à quel point je l’aime et combien j’ai besoin qu’elle me dise que je suis assez.