Chapter 1: La dernière nuit de Raphaël morel
Les reflets des projecteurs se brisaient sur la coque noire du yacht amarré à Saint-Tropez. Le champagne coulait à flot, la musique électro battait comme un cœur malade, et les corps dorés se mêlaient sans pudeur sur le pont supérieur.
Raphaël Morel observait la scène, un verre de cristal à la main, costume parfaitement coupé, sourire en coin. À vingt-neuf ans, il avait déjà tout conquis. Fortune bâtie sans héritage, réseaux verrouillés, influence redoutée. Le genre d’homme que l’on ne contrarie pas
— sauf à vouloir y perdre sa place, ou sa carrière.
Il s’ennuyait.
Une brune nue jusqu’à la taille se pencha vers lui avec un rire creux.
— Tu vas encore disparaître sans dire au revoir, Raphaël ?
Il se contenta de lever son verre, sans répondre. Elle repartit aussitôt. Il avait ce pouvoir-là : faire exister ou disparaître les gens d’un simple regard.
Mais ce soir, même ce pouvoir-là ne lui suffisait plus.
**
Le lendemain, à l’aube, il décolla dans son jet privé pour Nice, seul. À peine quelques heures plus tard, on annonçait un accident sur la route de la Côte d’Azur. Une voiture de luxe, pulvérisée contre un ravin. Un corps retrouvé, méconnaissable. L'identité n'était pas confirmée, mais les médias s’enflammaient déjà : Raphaël Morel serait mort. Ou gravement blessé.
À Paris, les marchés réagirent au quart de tour. Sa holding sombra de 17% en une journée. Les rumeurs de fraude, de dette cachée, de fuite organisée prenaient feu.
C'était exactement ce qu'il voulait.
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Quarante-huit heures plus tard, dans une maison discrète au bord d’un petit village perdu, Raphaël se tenait droit dans un fauteuil roulant, habillé d’un vieux sweat trop large.
Il bougea légèrement les jambes pour s’assurer que personne ne le regardait. Il était parfaitement capable de marcher.
Mais à partir d’aujourd’hui, il ferait semblant de ne plus pouvoir.
Une paralysie inventée. Crédible, documentée, accompagnée de faux diagnostics envoyés à quelques médecins complices.
Il n’y avait qu’une seule personne au monde à connaître la vérité : Julien, son ami d’enfance, et le seul en qui il avait encore confiance.
— Alors, Nathan Valdez ? Ça fait quoi de renaître handicapé, pauvre et inconnu ? demanda Julien en s’appuyant contre le chambranle de la porte.
Raphaël leva les yeux vers lui.
— Ça fait du bien, répondit-il.
Il marqua une pause.
— Enfin… pour l’instant.
Julien haussa les sourcils, l’air de dire : tu ne sais pas dans quoi tu te lances.
— Et tu crois vraiment qu’une fille « normale » t’aimera si t’as rien ? Ni nom, ni fric, ni jambes ?
— Justement. Je veux voir ce qu’il reste. Qui je suis sans tout ça. Et qui s’approche… sans rien à prendre.
Julien soupira, un sourire las au coin des lèvres.
— T’as toujours eu le goût du drame, Raph.
— Nathan, corrigea Raphaël. À partir de maintenant, je suis Nathan Valdez. Trente ans. Accidenté. Ruiné. Personne.
Il planta ses yeux froids dans ceux de Julien.
— Et je vais voir ce que le monde fait… quand je n’ai plus rien à offrir que moi-même.