Chapitre 1 - La visite des Veilleurs
France, 5 avril 3018, 15h42
Zone 8, Étage 15, Compartiment E8
Je suis allongée sur une palette en bois recouverte d’une simple couverture, qui nous sert de lit à mon petit frère, Thomas et à moi. Notre compartiment est un peu plus grand que les autres étant donné que nous sommes quatre à habiter dedans alors que la plupart des autres familles ne comptent que trois membres au maximum. Les murs de notre compartiment sont gris, avec sur le mur du fond une simple petite fenêtre qui montre le monde extérieur, détruit et réduit en cendre. Le gouvernement appelé le Conseil dit que c’est pour que nous puissions savoir quel jour nous sommes, moi je crois que c’est pour que nous n’oublions jamais que sans le Conseil nous n’aurions pas survécu.
Ma mère, Elizabeth, entre dans le compartiment avec Thomas alors âgé de dix ans. Cela va faire trois jours que je ne suis pas allée à la Révision Scolaire car je me suis blessée. Thomas grimpe sur ce qui nous sert de lit et me regarde, inquiet. Ma mère dépose le panier en osier sur une table.
“J’ai été voir le médecin de la Zone, il m’a donné une crème pour ta blessure. Les Veilleurs vont venir faire l’appel mensuel des résidents des différents étages pour que nous continuons à être référencés dans les dossiers du Conseil.” dit ma mère.
Ma mère sort un petit emballage en métal ainsi qu’un des morceaux de pain reçu grâce aux billets de rationnement que l’on reçoit chaque semaine pour aller à la Banque de Rationnement. Elle me donne le morceau de pain, je le récupère. Je garde le morceau de pain dans ma main, hésitant à le manger maintenant.Thomas se relève et arrange les couvertures, mon père, Pierre, entre dans le compartiment, apportant avec lui un précieux pack de quatre bouteilles d’eau.
“Ils ont renforcés les contrôles de sécurité à la Banque de Rationnement.”dit mon père en posant le pack d’eau au sol.
“Que s’est-il-passé ?” demande mon petit-frère.
“Des résidents de l’Étage 5 ont volés trois sacs de farine et cinq bouteilles d’eau.”
Un silence lourd s’abat dans le compartiment, ma mère pâlit. Elle jette un regard vers la porte, comme si elle craignait que quelqu’un ne l’ai entendu. Voler quand une Zone, peu importe laquelle même si la sentence est moins grave dans les Zones 1 et 2, est toujours sévèrement puni.
“Ils les ont retrouver ?” demande ma mère.
“Je ne crois pas.” répond mon père
À 16h piles, trois coups retentissent, c’est les Veilleurs. Ma mère va leur ouvrir la porte, je reste allongée dans le lit malgré que pendant l’appel tout le monde doit être debout. Je sais que les Veilleurs ne dirons rien car le Conseil tient trop à moi, pour une raison que je ne connais pas. Trois Veilleurs rentrent, ils sont dans leurs tenues habituelles, c’est-à-dire en combinaison noire, avec un casque de la même couleur avec une grande visière transparentes ainsi qu’une arme. Le premier Veilleur inspecte le compartiment. Le deuxième sort une petite tablette et s’approche de nous.
“Résidents du compartiment E8, veuillez déclinez vos prénoms, nom de famille et numéro d’identité.”
Ma mère s’exécute presque aussitôt, la voix calme :
“Elizabeth Mary Julia Walton, Z8-E15-CE8-EMJW, voici mon mari, Pierre Michel Etienne Walton, Z8-E15-CE8-PMEW, mon fils, Thomas Pierre Michel Walton, Z8-E15-CE8-TPMW et ma fille, Grace Elizabeth Mary Walton, Z8-E15-CE8-GEMW”
Le deuxième Veilleur note tout sur sa tablette, il pose son arme près de la porte et s’approche de mon lit. Il s’arrête à côté de mon lit et me regarde.
“Mademoiselle Walton, avez-vous besoin d’une assistance aujourd’hui ?”
“Oui, s’il vous plaît.”
Le Veilleur incline doucement ma tête en arrière pour voir la coupure à l’arrière de mon crâne. Il la nettoie délicatement.
“Une coupure profonde mais pas infectée. La crème fournie par le médecin de la Zone devrait suffire. Je vais vous mettre en dispense pour la Révision Scolaire pendant une semaine. Vous ne devrez pas faire d’efforts trop physiques pendant cette période. Avant cela, j’aurais une question à vous poser.” dit le Veilleur.
“Laquelle ?” demande-je.
“Le Conseil souhaiterait savoir si tu avais besoin d’un équipement médical, peut importe lequel.”
“Comment ça ?”
Le Veilleur se redresse légèrement et sort une petite tablette. Un écran holographique où défile mes données médicales apparaît. Il y a mon nom complet, mon âge, mon numéro d’identification et tous mes antécédents médicaux. Plus bas, une information est écrite en majuscule : SUJET PRIORITAIRE — SURVEILLANCE DEMANDÉE PAR LE CONSEIL.
“Pourquoi je suis un sujet prioritaire ?” demande-je.
“Le Conseil s’interroge sur ton état de santé sur le long terme. Tu as subi plusieurs incidents ce mois-ci, des malaises, des pertes de mémoires et de connaissances, des chutes. Ils veulent s’assurer que tu sois apte ou non de poursuivre les cours à la Révision Scolaire.”
“Comment ça ?”
“Ça peut être du matériel pour te déplacer.” dit le Veilleur.
“Comme quoi par exemple ?”
Le Veilleur acquiesce et me montre différents dispositifs depuis son écran 3D. J’arrête l’écran sur un bracelet.
“C’est quoi ce bracelet ?” demande je.
Le Veilleur zoome sur le bracelet en question et fait pivoter l’image de ce dernier pour que je puisse l’examiner sous tous les angles. Il est fin, noir et orné d’un unique filament doré qui pulse au rythme cardiaque de la personne qui le porte.
“C’est un bracelet capteur, il surveille ton rythme cardiaque, ta température, ton taux d’oxygène et ton activité cérébrale. Il alerte immédiatement l’infirmerie et les Veilleurs en cas de chute, de manque d’oxygène ou d’autres anomalies.”
“Donc je vais être suivie à la trace ?”
“Tu seras sous surveillance.”
“Et si je refuse ?”
“Alors tu seras réévaluée chaque semaine. Si ton état se dégrade, le Conseil pourrait suspendre ton accès à la Révision Scolaire donc aux cours physiques. Tu continueras à distance, depuis ton unité personelle.”
Je hausse les sourcils.
“Une unité personelle ?”
“Une chambre médicalisée connectée. Il y aura un lit, une salle de bain, une cuisine, un bureau, un écran pour suivre les cours et tout le nécessaire pour que tu puisse travailler correctement.”
“Pourrais-je voir cette chambre ?”
Il ouvre un logiciel et la chambre médicalisée se matérialise en 3D. Les murs sont d’un blanc éclatant, un lit médicalisé est dans un coin de la pièce avec un bureau qui est sur toute la longueur du mur en face. La salle de bain est dans un coin, il y a un espace pour manger pas loin du bureau.
“Tout est personnalisable, des murs jusqu’à l’ordinateur.”
“Es-ce que ça serait possible d’y aller même si je prends le bracelet ?”
“Bien sûr, même si le bracelet et la chambre représentent deux symboles très différents, le Conseil acceptera.”
“Quel symboles ?”
“Le bracelet dit que tu es prête à te reconstruire librement, la chambre dit que tu as encore besoin d’un cadre.”
“Et si je change d’avis ?” demande-je en regardant la projection 3D.
“Tu peux le faire, rien n’est figé. Le bracelet et la chambre sont des appuis.”
“Es ce que je pourrais rajouter des plantes ?” demande-je soudainement.
Le Veilleur sourit.
“Oui, autant de plantes que tu veux. Tu peux aussi avoir un système de lumière artificielle, un coin lecture, un écran pour projeter le ciel de ton choix si tu ne veux pas avoir celui réel.” Dit-il en me regardant.
“Alors, c’est pas une chambre d’hôpital ?”
“Non Haïa, c’est une chambre de soin, pour que tu aille mieux. Elle évolue avec tes besoins.”
“Elle a l’air calme. C’est dans quel Étage ?”
“C’est le but qu’elle soit calme, tu pourras y travailler, te reposer, recevoir des visites. Elle se situe à l’Étage 2, le plus près de l’infirmerie. C’est le compartiment B1.”
Je hoche lentement la tête, continuant de regarder la projection 3D de la chambre.
“Je veux y aller...”
“Nous pouvons t’installer dès ce soir. Ça te convient ?”
“Oui, ça me convient.”
“Parfait. Je te laisse la projection 3D pour que tu puisses rajouter ce qui te plaît, comme cela tu te sentiras chez toi dès que tu arrives.”
Le Veilleur prend délicatement mon poignet droit et y installe le bracelet capteur. Les Veilleurs quittent la pièce, mettant fin à leur appel. Je modifie la chambre médicalisée depuis la projection. J’ajoute une plante sur la droite du bureau. Je modifie la couleur du mur pour une couleur sable et ajoute un écran d’un ciel étoilé au plafond. Je met une lumière plus douce au lieu des néons habituels ce qui rend la pièce plus agréable et accueillante. Je modifie la pièce jusq’à ce qu’elle me plaise et que je puisse me sentir chez moi. J’ajoute une bibliothèque en bois dans un coin. Je modifie encore deux trois trucs comme les pieds et les placards du bureau, la couleur de ma table de chevet et l’emplacement de la fenêtre. Je prends un instant pour observer le résultat et modifier encore quelques détails. J’enregistre la chambre et pose la tablette sur ma table de chevet. Le bracelet capteur est légèrement froid contre ma peau mais cela reste agréable. Le filament doré de ce dernier pulse doucement à la vitesse de mon cœur signe qu’il surveille mes constantes.
Je me lève doucement et sors hors du compartiment. Je marche dans le couloir de la Zone, croisant des voisins, des camarades de classe, d’autres résidents et des Veilleurs. La plupart m’adressent un signe de tête, certains un simple sourire. Je continue d’avancer dans le couloir et me promène un peu dans l’Étage.