Bez Doma - raised by ruins

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Summary

Lada vit avec sa mère polytoxicomane à Sofia, en Bulgarie. Sa vie se résume à tenter de sauver la femme qui l'a élevée des griffes de la mort, tandis qu'à son tour, elle sombre doucement dans le confort illusoire des drogues. Du haut de ses 18 ans, elle n'a plus foi en rien. La vie lui a bien fait comprendre qu'elle lui prendrait tout, jusqu'à ce qu'elle finisse par ne plus rien ressentir. Seul son amour envers Milan est resté intact. Pourtant, le jeune homme se montre violent et destructeur envers elle. Malgré tout, elle s'accroche à cette relation comme à l'ultime espoir d'un naufragé. Toutefois, le destin offrira à Lada un échappatoire, une chance de tout abandonner pour tout reconstruire, loin des yeux éteints et du corps amaigri de sa mère, loin de celui qui creuse sa tombe chaque jour un peu plus. Cette dernière chance de survie répond au surnom de Nemiyat, membre le plus puissant des Vory v Zakone, mafieux impitoyable dont le seul objectif est de se venger du meurtre de ses parents. Aucune place pour l'amour, seules la douleur et la rage ont pris possession du cœur de cet homme. Dans un monde où les cris ont remplacé les rires, où le sang coule plus librement que les larmes, deux âmes brisées peuvent-elles survivre à l'enfer ? Ou sont-elles simplement nées pour y brûler ensemble ?

Status
Ongoing
Chapters
18
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue

Je n’entends aucun bruit lorsque je pousse la porte d’entrée de l’appartement. Il n’y a pas de lumière non plus, pas de signe de vie. J’approche doucement du minuscule salon en longeant le mur du couloir avant d’apercevoir une faible lumière orangée éclairant le canapé déchiré et vieilli. J’ai toujours une boule amère dans la gorge en rentrant chez moi. Et si cette fois, maman avait vraiment dépassé les doses d’anxiolytiques prescrits par le psychiatre ? Et si elle avait finalement décidé de boire quelques gorgées de trop ? Après tout, rien ne la retient ici. Ni même moi. Pourtant, je continue de m’occuper d’elle comme s’il y avait encore un soupçon d’espoir. Mais je sais bien qu’elle est trop malheureuse pour vivre. C’est comme ça. Certaines personnes ne sont pas viables simplement parce qu’elles ont décidé de ne pas l’être.

J’aperçois sa main qui pend près du canapé, une cigarette en est tombée et brûle peu à peu le tapis aussi sale qu’un trottoir pris d’assaut par les camés d’une grande ville.

“Maman ?”, j’ose appeler. Aucune réponse. Je m’approche lentement, de peur de découvrir son corps inerte. J’écrase la cigarette du bout de ma Converse usée et ne prend même pas la peine de la ramasser. Après tout, cet endroit est à l’abandon depuis tant d’années qu’un mégot de plus ou de moins n’y changera rien du tout. Maman a la bouche ouverte, les yeux mi-clos et le corps encore plus maigre que ce matin, lorsque je suis partie au travail. Je lui tapote la main, sans succès. Je tente de l’appeler en chuchotant, priant intérieurement pour qu’elle ne soit pas morte, pas maintenant. Je n’ai que 18 ans, je viens de commencer mon premier travail, j’ai besoin d’une mère. Certes, une mère alcoolique, dépressive et absolument absente n’est pas nécessairement vital dans la vie d’une jeune femme, mais c’est ma mère. Je n’ai pas envie de la perdre.

Je secoue son bras énergiquement en l’appelant plus fort, et elle finit enfin par ouvrir les yeux, même si cette action a l’air douloureusement difficile pour elle.

– Lada ? Mais où étais-tu, bon sang ? Je t’ai attendue toute la journée, j’ai cru qu’il t’était arrivé quelque chose, geint-elle.

Je soupire. Je sais pertinemment qu’elle ne m’a pas attendue, elle n’a sûrement même pas pensé à moi une seconde, mais je la laisse jouer son numéro de mère inquiète en plissant les yeux pour essayer de deviner combien de grammes d’alcool elle doit encore avoir dans le sang.

– Je travaillais, maman. Tu le sais, je te l’ai dit de nombreuses fois. Je te le répète chaque jour, en fait.

– Mais oui, je m’en souviens. Ma fille est femme de mènage dans un putain d’hôtel de bourge. Tu mérites tellement mieux que de jouer aux larbins, Lada. Quitte Milan et trouve toi un mari riche, fondez la plus merveilleuse des familles et laissez-moi crever, tu veux ?

Sa voix cassée témoigne de l’épuisement de son corps. Je ne sais même pas comment son cœur peut encore battre à l’heure qu’il est. La fabuleuse machine qu’est le corps humain m’impressionne de jour en jour.

– Oui maman, promis, bientôt tu pourras crever en paix si c’est vraiment ce que tu veux. Mais pour l’instant, t’es toujours là, et tu me détruis chaque jour un peu plus.

Je ravale la larme qui tente de s’échapper de mon œil et sort un joint déjà roulé de la poche de mon sweat.

– Arrête de promettre, je t’ai déjà dit que c’était mal, ajoute-t-elle, comme pour enfoncer un peu plus la dague déjà plantée dans mon cœur depuis longtemps.

Je n’ai jamais cru aux promesses, tout comme je ne crois jamais à ce que les gens me disent. Même la plus insignifiante des informations me paraît fausse. Et ça m’est complètement égal. J’ai moi-même appris à mentir pour cacher au monde la réalité de ma vie pourrie, et c’est devenu une habitude. Ou une addiction. Ou un moyen de défense. En fait, j’en sais foutre rien, mais je mens sans arrêt. Je suis capable d’inventer une discussion qui n’a jamais eu lieu simplement par habitude. Le mensonge est ma seconde peau, mon ombre, et certainement ce qui finira par foutre en l’air le peu de légèreté qui reste dans ma vie.

Maman m’embrasse sur le front, me glisse un “Je t’aime ma fille.” qui sonne comme une insulte et se serre un énième verre de whisky, qu’elle vide d’une traite sans même esquisser la moindre grimace. La taffe que je tire en réponse me brûle la gorge, mais c’est tout ce que j’attends de sa part. Si seulement cette merde pouvait aussi anesthésier mes émotions, mes souvenirs. Seulement, le cannabis ne me fait plus rien, seule la drogue dure est capable de faire taire mes pensées et de me rendre ma joie, celle de quand maman n’était pas encore malade. Du moins, pas à ce point. Milan l’a bien compris, et me rejoint tous les soirs avec quelques traits de cocaïne sur lui. Je sais qu’il veut que je parte d’ici, que je laisse ma mère se gérer seule et que je quitte ce vieux quartier dortoir pour construire ma vie ailleurs, avec lui. Mais ma décision est prise. Je partirai d’ici seulement lorsque ma mère sera guérie, ou morte. Alors en attendant, j’essaie d’économiser l’argent que je gagne pour lui offrir une clinique privée. Il y en a peu en Bulgarie, et elles sont très chères, mais c’est ma seule chance de quitter cette ville et ces vieux bâtiments gris de l’ère communiste. J’aime Milan tellement fort. Il est la seule personne à pouvoir m’écouter parler pendant une nuit entière sans jamais me couper la parole, et en ne me lâchant pas une seule fois du regard. Un regard froid, mais toujours plus rassurant que celui d’une mère malade et d’un père absent.

Milan peut être violent, quand il est trop sobre, ou simplement énervé. Je sais bien que je ne devrais pas m’ouvrir à ce point à quelqu’un capable de me coller son poing dans la mâchoire lorsqu’il n’a pas assez fumé, mais je suis follement amoureuse de lui.

Puis malgré tout, lui non plus n’a pas une vie facile, même s’il refuse d’en parler à qui que ce soit. Ses parents l’ont abandonné jeune, il a vécu toute sa vie dans un foyer de protection de l’enfance, et n’a jamais connu le bonheur d’appeler quelqu’un “maman” ou “papa”. J’aimerai lui offrir un bel avenir, un foyer réconfortant et une famille épanouie. Mais comment deux âmes si bousillées peuvent agir autrement qu’en finissant de s’achever mutuellement ? Je n’entends aucun bruit lorsque je pousse la porte d’entrée de l’appartement. Il n’y a pas de lumière non plus, pas de signe de vie. J’approche doucement du minuscule salon en longeant le mur du couloir avant d’apercevoir une faible lumière orangée éclairant le canapé déchiré et vieilli. J’ai toujours une boule amère dans la gorge en rentrant chez moi. Et si cette fois, maman avait vraiment dépassé les doses d’anxiolytiques prescrits par le psychiatre ? Et si elle avait finalement décidé de boire quelques gorgées de trop ? Après tout, rien ne la retient ici. Ni même moi. Pourtant, je continue de m’occuper d’elle comme s’il y avait encore un soupçon d’espoir. Mais je sais bien qu’elle est trop malheureuse pour vivre. C’est comme ça. Certaines personnes ne sont pas viables simplement parce qu’elles ont décidé de ne pas l’être.

J’aperçois sa main qui pend près du canapé, une cigarette en est tombée et brûle peu à peu le tapis aussi sale qu’un trottoir pris d’assaut par les camés d’une grande ville.

“Maman ?”, j’ose appeler. Aucune réponse. Je m’approche lentement, de peur de découvrir son corps inerte. J’écrase la cigarette du bout de ma Converse usée et ne prend même pas la peine de la ramasser. Après tout, cet endroit est à l’abandon depuis tant d’années qu’un mégot de plus ou de moins n’y changera rien du tout. Maman a la bouche ouverte, les yeux mi-clos et le corps encore plus maigre que ce matin, lorsque je suis partie au travail. Je lui tapote la main, sans succès. Je tente de l’appeler en chuchotant, priant intérieurement pour qu’elle ne soit pas morte, pas maintenant. Je n’ai que 18 ans, je viens de commencer mon premier travail, j’ai besoin d’une mère. Certes, une mère alcoolique, dépressive et absolument absente n’est pas nécessairement vital dans la vie d’une jeune femme, mais c’est ma mère. Je n’ai pas envie de la perdre.

Je secoue son bras énergiquement en l’appelant plus fort, et elle finit enfin par ouvrir les yeux, même si cette action a l’air douloureusement difficile pour elle.

– Lada ? Mais où étais-tu, bon sang ? Je t’ai attendue toute la journée, j’ai cru qu’il t’était arrivé quelque chose, geint-elle.

Je soupire. Je sais pertinemment qu’elle ne m’a pas attendue, elle n’a sûrement même pas pensé à moi une seconde, mais je la laisse jouer son numéro de mère inquiète en plissant les yeux pour essayer de deviner combien de grammes d’alcool elle doit encore avoir dans le sang.

– Je travaillais, maman. Tu le sais, je te l’ai dit de nombreuses fois. Je te le répète chaque jour, en fait.

– Mais oui, je m’en souviens. Ma fille est femme de mènage dans un putain d’hôtel de bourge. Tu mérites tellement mieux que de jouer aux larbins, Lada. Quitte Milan et trouve toi un mari riche, fondez la plus merveilleuse des familles et laissez-moi crever, tu veux ?

Sa voix cassée témoigne de l’épuisement de son corps. Je ne sais même pas comment son cœur peut encore battre à l’heure qu’il est. La fabuleuse machine qu’est le corps humain m’impressionne de jour en jour.

– Oui maman, promis, bientôt tu pourras crever en paix si c’est vraiment ce que tu veux. Mais pour l’instant, t’es toujours là, et tu me détruis chaque jour un peu plus.

Je ravale la larme qui tente de s’échapper de mon œil et sort un joint déjà roulé de la poche de mon sweat.

– Arrête de promettre, je t’ai déjà dit que c’était mal, ajoute-t-elle, comme pour enfoncer un peu plus la dague déjà plantée dans mon cœur depuis longtemps.

Je n’ai jamais cru aux promesses, tout comme je ne crois jamais à ce que les gens me disent. Même la plus insignifiante des informations me paraît fausse. Et ça m’est complètement égal. J’ai moi-même appris à mentir pour cacher au monde la réalité de ma vie pourrie, et c’est devenu une habitude. Ou une addiction. Ou un moyen de défense. En fait, j’en sais foutre rien, mais je mens sans arrêt. Je suis capable d’inventer une discussion qui n’a jamais eu lieu simplement par habitude. Le mensonge est ma seconde peau, mon ombre, et certainement ce qui finira par foutre en l’air le peu de légèreté qui reste dans ma vie.

Maman m’embrasse sur le front, me glisse un “Je t’aime ma fille.” qui sonne comme une insulte et se serre un énième verre de whisky, qu’elle vide d’une traite sans même esquisser la moindre grimace. La taffe que je tire en réponse me brûle la gorge, mais c’est tout ce que j’attends de sa part. Si seulement cette merde pouvait aussi anesthésier mes émotions, mes souvenirs. Seulement, le cannabis ne me fait plus rien, seule la drogue dure est capable de faire taire mes pensées et de me rendre ma joie, celle de quand maman n’était pas encore malade. Du moins, pas à ce point. Milan l’a bien compris, et me rejoint tous les soirs avec quelques traits de cocaïne sur lui. Je sais qu’il veut que je parte d’ici, que je laisse ma mère se gérer seule et que je quitte ce vieux quartier dortoir pour construire ma vie ailleurs, avec lui. Mais ma décision est prise. Je partirai d’ici seulement lorsque ma mère sera guérie, ou morte. Alors en attendant, j’essaie d’économiser l’argent que je gagne pour lui offrir une clinique privée. Il y en a peu en Bulgarie, et elles sont très chères, mais c’est ma seule chance de quitter cette ville et ces vieux bâtiments gris de l’ère communiste. J’aime Milan tellement fort. Il est la seule personne à pouvoir m’écouter parler pendant une nuit entière sans jamais me couper la parole, et en ne me lâchant pas une seule fois du regard. Un regard froid, mais toujours plus rassurant que celui d’une mère malade et d’un père absent.

Milan peut être violent, quand il est trop sobre, ou simplement énervé. Je sais bien que je ne devrais pas m’ouvrir à ce point à quelqu’un capable de me coller son poing dans la mâchoire lorsqu’il n’a pas assez fumé, mais je suis follement amoureuse de lui.

Puis malgré tout, lui non plus n’a pas une vie facile, même s’il refuse d’en parler à qui que ce soit. Ses parents l’ont abandonné jeune, il a vécu toute sa vie dans un foyer de protection de l’enfance, et n’a jamais connu le bonheur d’appeler quelqu’un “maman” ou “papa”. J’aimerai lui offrir un bel avenir, un foyer réconfortant et une famille épanouie. Mais comment deux âmes si bousillées peuvent agir autrement qu’en finissant de s’achever mutuellement ?