L'agence : Amélia Valdez
Le soleil se couchait sur Los Angeles. La ville grouillait de voitures crissant sur le bitume et les gens s'agglutinaient dans les rues et sur les plages, avides des derniers rayons de soleil. C'était l'été 2022. La ville vibrait de couleurs, d'odeurs mêlées, d'épices du soleil venues du quartier chicanos . Les touristes s'en donnaient à coeur joie pour emporter leur souvenir de la ville qui abritait Hollywood , ses quartiers dédiés au cinéma, ses célébrités qui faisaient les beaux jours de la ville. Le Hollywood Roosevelt Hotel s'élevait, glorieux, vers le ciel, les lettres Hollywood resplendissaient. Mais le monde des paillettes côtoyait celui plus discret des petites mains qui portait le monde du cinéma. Ces petites mains, c'étaient les agences qui fabriquaient les carrières, qui permettaient aux acteurs de briller, d'obtenir des rôles. L'agence qui savait parfaitement bien faire cela, fabriquer les carrières, en briser ou faire renaître les stars, c'était l'agence Dilsey&Son, l'agence de Linden Dilsey, 40 ans, un homme strict et implacable, grande et sec, aux yeux bruns et cheveux bruns. Possédant un magnétisme brut, Linden régnait sur son agence et sa dizaine d'agents réputés et considérés comme gagnants dans le métier. Si l'un des agents de cette agence prenait un acteur sous son aile, il pouvait être assuré de ne jamais être oublié ou de ne pas travailler. Au contraire, les acteurs et actrices croulaient sous le travail et pouvaient oublier les jours de repos. C'était à cela que se bâtissait les carrières et les rôles obtenus, le travail.
Mais l'agence avait une charte de déontologie que devait respectait les acteurs et actrices qui l'intégraient.
_ J'estime que si l'un de vous cause trop de problèmes, a trop de mauvais comportements ou ne nous respecte pas, je le vire sans précédent et bon courage pour retrouver une agence , est-ce que c'est bien compris? disait ce matin-là, Linden Dilsey aux jeunes acteurs et actrices qui rejoignaient les rangs de leur agence.
L'un d'eux, un jeune talent de 28 ans du nom de Wyatt Ainsl, aux cheveux soyeux courts et blonds et aux yeux gris, plein d'un charme juvénil et ravageur, star de blockbusters dédiés aux super-héros, osa répliquer alors d'une voix charmeuse:
_ Mais, on n'est pas tous traités à la même enseigne, monsieur. Lane Bowen a le droit de tout faire et il n'a jamais été inquiété.
Les agents qui passaient par la salle de réunions, retinrent leurs souffles. Ils aimaient voir la manière dont Linden faisait taire toute velléité de rébellion aux nouveaux arrivants. Parmi les agents qui écoutaient à la porte de la salle de réunion, se trouvait Amelia Valdez, 30 ans, d'origine Chicana, cheveux châtains longs et bouclés, visage en forme de coeur, yeux bleus et lèvres pleine. Elle écoutait attentivement Linden, car c'était elle qui était l'agente de Lane Bowen. Son Lane. Son acteur, celui dont elle façonnait la carrière depuis cinq ans. Et Wyatt Ainsley était le nouvel acteur dont elle avait reçu la gestion.
Linden ne la déçut pas lorsqu'il répliqua:
_ Lane Bowen a une carrière exemplaire! Nous pouvons passer sur certains comportements! A vous de prendre le pas sur lui, Ainsley! Vous êtes sous la responsabilité d'Amélia, ne nous décevez pas.
La messe était dite. Amélia sourit légèrement et monta dans son bureau. Lane allait arriver. A trente ans, Amélia était l'agente star de l'agence Dilsey. Elle avait sous sa responsabilité, l'acteur bankable Lane Bowen. Cela faisait cinq ans qu'elle était son agente, celle qui le façonnait pour qu'il atteigne les plus hauts sommets, elle était sa dame de fer. Elle le couvait, le protégeait, savait apaiser ses colères et ses fresques. Lane l'épuisait et lui demandait toute son énergie, mais Amélia savait que c'était pour la bonne cause. Il y a cinq ans, Lane était un acteur oublié qui n'avait plus connu de succès. Il avait trente-trois ans et allait de petits rôles en petits rôles. Il n'avait jamais pu exploiter son potentiel, car son physique musculeux l'avait empêché qu'on le considère pour des rôles plus profonds. Nanti de son book, il avait quitté son précédent agent qui avait été lassé de ses colères et de ses frustrations. Puis, il avait poussé la porte de l'agence Dilsey&Son. Lorsqu'il était arrivé, son mètre90, ses cheveux noirs mi-longs et soyeux, son sourire ravageur, avait séduit les agents de Linden Dilsey. Linden l'avait accueilli, ébahi qu'un acteur de l'envergure de Lane passe le pas de son agence, mais la connexion s'était faite. Une agente avait réussi à gagner la confiance de Lane. Amélia Valdez. La séduisante Chicana avait réussi à canaliser Lane, à l'empêcher de se détruire en noyant sa frustration dans ses frasques.
Cinq ans plus tard, Lane était le joyaux d'Amélia. Elle l'avait conseillé, l'avait guidé dans ses choix vestimentaires, lui avait fait prendre des cours de diction, de maintien, l'avait accompagné dans tous ses nouveaux apprentissages. Il acceptait tout ce qu'elle disait sans concession, c'était d'ailleurs un mystère pour Linden. Mais Linden avait vu les résultats. Lane avait décroché des rôles dans des productions internationales ou il avait montré sa profondeur et sa volonté. Les producteurs et réalisateurs étaient séduits par son charisme et sa prestance. Mais, ils ne savaient pas que derrière tout ça, se cachait Amélia Valdez.
Amélia canalisait Lane. Elle l'empêchait de s'autodétruire et de répondre lorsque la frustration ou des divergences artistiques le poussaient à hurler sur un réalisateur ou un producteur. Amélia le calmait, lui montrait la marche à suivre. Sans Amélia , Lane était perdu.
Ce matin d'été 2022, lorsque Lane franchit une nouvelle fois la porte de l'agence pour trouver Amélia Valdez, jamais il n'aurait pu imaginer le secret que portait son agente, ni même ses collègues. Depuis cinq ans, Amélia portait un masque , à chaque fois qu'elle le recevait. Derrière l'agente de glace de l'agence Linden&Son, elle masquait l'amour qu'elle portait à son acteur. Lane ne s'était jamais posée la question de connaître les limites du rôle d'agente et d'acteur. Lane ne pouvait pas se passer d'Amélia. Pour lui, elle était plus qu'une agente, elle était son guide, son amie, son bouclier. Mais pour Amélia, Lane était son interdit, sa passion, l'amour qu'elle ne montrait jamais. Elle se contrôlait, car si elle montrait un seul instant de faiblesse, la carrière de Lane pourrait en pâtir. Alors, Amélia avait tout masqué et était restée l'agente, la dame de fer. Elle savait que comme cela, elle aurait plus les armes pour l'aider. Mais ce que nul ne savait, c'est qu'Amélia, tous les soirs, pleuraient toutes les larmes de son corps, dans les bras de son autre actrice, la blonde et sculpturale, star des séries Netflix, Tilly Adley. Tilly était l'autre actrice phare dont s'occupait Amélia. Tilly recueillait Amélia chaque soir depuis cinq ans, dans son appartement près de l'Hollywood Roosevelt Hotel. Amélia pleurait dans ses bras, tant Lane lui demandait d'aller au-delà de ses limites.
_ Amélia, disait Tilly, tendrement, lui caressant les cheveux. Tu ne vas pas pouvoir continuer comme ça. Lane te détruit peu à peu.
_ Il a besoin de moi. Il faut que je sois là pour le canaliser, il va se détruire, répondit l'agente en pleurant.
_ Oui, mais et toi, qui va te protéger de toi-même? demanda Tilly, compatissante, en lui caressant ses boucles.
Amélia observa Tilly et se serra plus fort contre elle, écoutant les bruits de la rue dans son appartement. Tilly soupira. Elle se disait que cette histoire finirait mal et qu'Amélia perdrait beaucoup. L