Prologue
Il n’aurait su dire à quel moment tout bascula. Dans ses souvenir flous, il essaya de rassembler les différents éléments afin de retrouver la vérité, de la même manière qu’on assemble les pièces d’un puzzle pour en révéler une image. Dit ainsi, cela aurait pu être un jeu d’enfant. Néanmoins, cela n’en était pas un. Ou du moins pas pour lui.
Après tant d’années à briller, tant d’années à être si convaincu de son propre génie, comment ne pas craquer ? Un corbeau se jouait de lui et mettait Paris à genou par la simple rumeur de sa présence. Il se promenait de rue en rue, aiguisant à chacun de ses pas l’état de psychose qui s’insinuait petit à petit dans son esprit si organisé, tel que le ferait un chasseur qui s’apprêterait à achever une proie blessée en aiguisant une dague. Il l’avait fait si souvent avec son père lorsqu’il était adolescent, dans les clairières bordant leur maison de campagne. Jusqu’à récemment, la chasse était resté l’un de ses rare plaisir dans sa vie si mouvementée. Néanmoins, depuis ce fameux soir de novembre où il fut convoqué au théâtre du Palais Royal situé dans la rue Montpensier, la chasse ne lui plaisait plus du tout. Et pour cause, il était devenu la proie.
Les choses n’avait pas commencé mal pourtant. On lui avait simplement demandé de poser un diagnostique. Un simple diagnostique. Mais l’affaire était plus compliquée qu’il ne pensait. L’actrice qu’on lui avait demandé d’examiner délirait. Elle parlait d’un rêve qu’elle avait fait. Un rêve dans lequel elle voyait son propre meurtre. En entendant cela, la chose lui avait paru alors si simple. La jeune femme était schizophrène, point final. A force de jouer trop de personnages différents, la frontière entre le réel et la scène s’était amenuisée jusqu’à la mettre dans cet état. Il n’étais d’ailleurs pas rare que cela arrive aux gens de cette profession. Autrement dit, c’était du gâteau pour lui. Mais maintenant qu’il y repensait, il comprit qu’il valait mieux ne pas sous-estimer les fous. Ils ont souvent beaucoup de chose à apprendre aux ignorants.
Car à présent, il savait. Il savait que les esprits malades révèlent parfois de sombres vérités. Et celui d’Aurélia Fresnais en avait révélé une effroyable. Une vérité si terrible qu’elle ébranlait sa construction psychique. Une vérité qui le bouleversait du plus profond de son être. Une vérité qui permettrait au Mal d’empoisonner son esprit. Et il avait une peur viscérale de ce qui allait en ressortir. Une question se pose alors. Une question, dont il n’est pas sûr d’avoir la réponse.
Entre le Diable et l’Homme, qui est le plus monstrueux des deux ?