L'Amulette de Jouvence

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Summary

En la puissante cité d’Akkad, demeurait un vil requin de la finance, plus habitué à garnir sa bourse de shekels d’argent que de garantir la qualité de vie de ses nombreux employés. Car, oui, Farhad aimait l’argent, le pouvoir et la richesse, mais une ombre planait sur ses affaires, celle de l’inéluctable vieillesse ! Et, là, Farhad ne voulait pas céder, qu’il faille remettre sa vie et son âme à la déesse des enfers, Ereshkigal. Que nenni ! Alors, comment retarder l’incontournable déclin, lorsque l’on veut posséder l’intégralité des commerces de la cité millénaire ?…

Status
Complete
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
13+

Chapitre 1

L’Amulette De Jouvence


Histoire courte

Du même auteur :

Sous Patrice Martinez

La Revanche d’Ixion

La Tombe d’Hestia

L’Univers-Dieu de Tau-Thétis

La Reine Mellifère

Baaz des Steppes

Le joueur de flûte pérégrin

*

Sous Yan Derupé

Le Grand Pavois – La Princesse Blanche

Logo Phanès-éditions : œuf orphique de Jacob Bryant, 1774.

Éditeur : Phanès-éditions

ISBN : 9791091877886

Dépôt légal : 30/08/2025

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Farhad se vêtit sans tarder du pagne aux larges franges, dont les nombreux plis renvoyaient aux yeux des indigents (comme de ses confrères de la corporation mercantile à laquelle il appartenait), sa soif d’opulence. Il s’enveloppa d’un châle défraîchi, tant il avait subi les outrages du temps, puis se couvrit la tête d’une coiffe au feutre délavé par l’ardeur du soleil implacable de Mésopotamie. Il revêtit ensuite ses plus beaux atours comme des bracelets, des colifichets et autres parures clinquantes sur ses membres velus et son cou empâté par de plantureux repas, qu’il s’essoufflait à la moindre contrariété en arpentant les allées d’Akkad où s’étalaient ses propres échoppes, dont les riches chalands venaient fructifier son compte en banque. En un autre temps, il aurait fait des étapes à chacune d’entre elles afin de se rendre compte de la balance budgétaire du ledit commerce, mais en ce jour, il avait une affaire urgente à régler, qui le contrariait au point de faire l’impasse sur les récurrentes gérances de ses fonds de commerce.

Son visage aux traits plissés se mira une dernière fois sur la surface en cuivre poli du miroir, reflétant son besoin de coquetterie. Hélas, le temps faisait son œuvre, tant les traits fanés de ce riche homme d’affaires étaient burinés de profondes rides. Il faisait lustrer sur son visage de nanti une pléthore de philtres qu’il prenait soin d’étaler jour après jour, pensant retarder les tourments inéluctables de la vieillesse.

Farhad émit un amer rictus à l’adresse de sa propre image, figée sur le miroir bosselé par l’âge, sachant pertinemment qu’aucun onguent ne pouvait retarder les affres du temps. À moins que… Qu’une idée jaillisse de sa tête, permettant de faire durer une jouvence qui échappe au plus grand avare de la cité d’Akkad.

« Que nenni. Non, je n’ai pas de temps à perdre… du temps, fit-il d’un air maniéré. J’ai tellement de responsabilités à couvrir, de consigner les nombreux échéanciers de mes débiteurs sur mes tablettes, rameuter mes fins limiers afin d’acquérir l’échoppe de mon plus virulent concurrent, qu’il faille, en plus, en perdre à cause des jours, des mois et des années qui passent inéluctablement !… »

Pour l’instant, il trottinait sur le sable tassé de l’avenue menant jusqu’aux deux ziggourats de la cité. Dressant fièrement son port de tête devant quelques menus fretins, ne pouvant subvenir à leur besoin qu’en tendant une main étique vers sa noble personne, ou hochant une tête assurée à l’adresse de l’honorable boutiquier, installé derrière sa devanture à laquelle notre vieil usurier patientait, que ledit détaillant aille bientôt remettre son dernier soupir à la déesse des enfers, Ereshkigal. En un tel cas, Farhad pourrait se frotter les deux pognes, s’assurant d’avoir réalisé une affaire juteuse.

Et tout en arpentant une avenue dont la masse des passants allait croissant au fil de sa pérégrination, il énumérait, une énième fois, le taux de ses acquis et de son capital qui s’étageaient dans son crâne de maquignon, où de fines affaires à venir pouvaient accroître sa soif insatiable de richesse.

Il parvint sur l’esplanade du temple de la Lune, où se pressait une impressionnante foule en quête de prières et d’offrandes au dieu de la Lune Sîn, alors qu’une masse informe de chalands fourmillait autour des diverses échoppes entourant l’impressionnante ziggourat, allant faire leurs emplettes de produits maraîchers, céréaliers et fruitiers. Il dut se frayer un chemin entre les nombreux chalands vaquant à leurs occupations, sous l’odeur entêtante des bêtes de somme et de la sudation de certains individus, ayant délaissé les soins du corps au profit de l’addiction à la bière. Tous ces effluves enivrants lui donnaient le tournis, au point qu’il se sentit au plus mal, masquant d’une main preste son nez tout en pressant le pas vers une sombre venelle, cloisonnée entre deux impressionnants murs en pierre de taille. Il fila dans la ruelle d’un pas rapide, tout en pivotant sa tête brièvement vers son épaule, afin de voir qu’aucun individu de sa connaissance ne l’a point vu pénétrer dans la ruelle ; car il en allait de sa réputation.

Après une vingtaine de pas, il toqua devant une porte pour la moins branlante. La plupart des panneaux de bois de l’huis étaient vétustes, réajustés avec les moyens de la maison ; en-tout-cas, ce n’était pas l’œuvre venant d’un professionnel. Il entendit le pas rapide d’une personne approcher, puis l’huis grinça, laissant poindre la silhouette d’un petit homme, la mine parcheminée de nombreux plis de vieillesse. Le nain s’écarta afin de le faire entrer.

« Bonjour, Nâder », tout en filant sur l’autre côté de la cour, ouverte sur un ciel laiteux – des nuages grisâtres défilaient au-dessus de la cité, poussés par un vent puissant.

Le nain parvint à le dépasser, puis il s’engouffra dans la maison, dont la pénombre du lieu ne laissait filtrer par une petite ouverture qu’un mince faisceau de lumière, permettant tout juste d’en apprécier le volume. Une vieille femme était assise sur un tapis usé jusqu’aux brins des contours, dont la trame s’effilait et partait en lambeaux sur le sol inégal de la demeure, tandis que le nain trottina vers une autre pièce. À ses côtés, une autre femme, bien plus jeune, filait de la laine, ne laissant rien paraître devant la venue du nanti.

Il courba l’échine devant la prêtresse, puis s’agenouilla, alors qu’elle restait de marbre à sa compagnie, qu’elle savait coutumière du lieu.

— Par notre Ishtar vénérée, tu viens encore m’importuner, fit-elle d’une voix éraillée par l’âge. Je n’ai plus rien à t’offrir, Farhad ! Je t’ai vendu tout l’arsenal de philtres et d’onguents permettant de te délivrer du mal du temps qui passe. Mais, dis-toi bien que les prières comme les liqueurs ne peuvent repousser inéluctablement la vieillesse.

— Oui, oui, Fariba, tu as entièrement raison, ajouta-t-il, tout en tremblotant comme une feuille morte sous l’emprise du vent. Mais je viens de terminer la dernière cassette à onguent que tu m’as vendue…

— À présent, je n’ai plus rien à t’offrir. Maintenant, laisse le destin faire son œuvre, que dame nature a imposée, professa-t-elle en brassant sa pogne malingre vers le seuil de la porte.

— Mère, je t’en supplie, le temps s’écoule, inéluctablement !… afin de terminer tout ce qui me reste à mettre en œuvre. J’ai tellement de travaux à exécuter, qu’une seule vie ne peut suffire à épancher ma peine.

— Non, non, ce qui t’intéresse, c’est de pouvoir entasser dans tes poches une somme colossale et de rester éternellement jeune. Pour le premier, c’est déjà fait, quant au second, ce n’est plus de mon ressort, car moi-même, je suis affectée de cette terrible maladie qu’est la vieillesse. Alors rentre chez toi et continue d’amasser. Mais dis-toi bien que l’on emporte dans sa tombe que les misères que l’on traîne derrière soi ! Que feras-tu de ta richesse lorsque ton ombre franchira les enfers du Kur ? Rien. Absolument rien.

Il resta un instant prostré, alors que la dame de compagnie jeta un regard fourbe vers la prêtresse. Fariba hocha la tête à son adresse, puis redressa son buste étriqué tout en dirigeant un regard dissimulateur vers le riche investisseur d’Akkad.

— J’ai peut-être quelque chose pour toi, fit-elle en farfouillant dans sa robe aux nombreux replis, élimée par l’usure du temps. Elle y extrait une amulette, à l’image d’un visage d’homme aux traits indistincts, mais dont le regard le pétrifia tant ses yeux globuleux sourdaient de sa face comme un démon des enfers. Puis la présenta à Farhad. Prends, et prie le génie, matin, midi, et soir, juste avant de te coucher. Après deux lunaisons, ton corps recouvrera ta vigueur d’antan. Il la regarda d’une mine douteuse.

— Et quel nom dois-je invoquer ?…

— Rabisu. Mais peu importe son nom, car ce qui me tient à cœur, c’est de lui consacrer durant deux semaines quelques prières et oraisons et de le vénérer afin qu’il acquiesce à tes invocations.

Il prit le talisman, l’observa d’un air soupçonneux et le glissa dans l’étoffe aux multiples franges.

Arrivé en sa demeure, il mit en route son rituel quotidien, prenant soin d’invoquer le dieu d’une attitude mielleuse afin d’attirer son attention ; il répéta les invocations quotidiennement, réitérant son appel pressant tout en se prosternant devant l’idole en terre cuite accrochée au mur de sa chambre. Et bien qu’il n’et point de fréquentations galantes (à part quelques prostituées), le seul attachement qu’il conservait fut sa singulière raison d’être à devenir l’homme le plus puissant de la cité. Rien ne pouvait l’arrêter, si ce n’est cette affabulation qu’il entretenait de l’aube au crépuscule, afin de jouir d’une éternelle jeunesse.

Au bout de deux semaines, il avait tant maigri, qu’il doutait que la démarche de la prêtresse fût de bonne foi, mais bien une filouterie afin de soustraire une partie de ses pécules. Au fil des jours, il négligeait ses affaires courantes, dans le but de résoudre les nombreux différends avec la clientèle : comme de prélever ses droits de baux et les bénéfices des ventes ainsi que les dus, qu’il venait régulièrement saisir à ses débiteurs. Alors, au bout d’un bon mois à implorer le génie avec insistance (afin de conjurer ces fatums que sont la vieillesse et la mortalité), ampli d’une rancœur tenace, il saisit une masse et brisa l’amulette.

La nuit fut parsemée d’éclairs, scintillants comme les escarbilles de l’enclume d’un forgeron. Le tonnerre forgeait ses armes étincelantes, foudroyant les terres de la contrée dans un chaos digne des fourneaux de la montagne du Kur. Malgré le fracas des cieux, l’esprit du rentier était englouti dans les bras de Morphée.

En ses songes demeurait un territoire confus, où nuages et brouillard se confondaient en une seule entité. De ces obscures nuées émergea la proue d’un chaland, perçant lentement les vapeurs du brouillard. Une jeune femme y dressait sa sublime silhouette, alors qu’à la poupe, un nautonier dirigeait la barque d’une main sûre, le visage enveloppé dans une large houppelande. Elle possédait un visage d’une telle beauté, qu’il l’assimila avec la sublime déesse de l’amour Inanna.

La barque accosta au flanc de l’argenté, sans qu’aucune vaguelette n’en soit pour autant perturbée.


Extrait de The Walters Art Museum :

Talisman pour éloigner le mal et augmenter la puissance de celui qui le porte. Les amulettes mésopotamiennes représentent un large éventail d’animaux originaires du Proche-Orient…

illustration libre de droit