La terre et les désirs des étoiles

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Summary

Parfois, on dit que tout ira mieux demain. C'est faux. Demain, on se lèvera de notre lit, les yeux fatigués, toujours épuisés, dans un nouveau jour, mais la blessure est toujours réelle. On ressent la douleur, les conséquences, et on a mal, vraiment mal. Pour guérir, pour les plaies visibles et invisibles, le mieux, ce sont les médicaments et le temps pour cicatriser. Moi, je crois que mon mécanisme de guérison a un problème. Les coups et les blessures ne partent pas, mais moi, j'oublie. J'oublie ce qu'on m'a fait hier, avant-hier ou il y a une semaine, mais j'absorbe, et mon inconscient oublie les mots et les coups. Je me retrouve seulement avec des bleus.

Genre
Drama
Author
One
Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
13+

Chapitre 1: Ruth


Ruth poussa la porte de l’immeuble administratif avec un soupir silencieux. Le soleil de septembre illuminait les couloirs, mais son monde intérieur restait couvert de brume. Elle accrocha son manteau au vestiaire et se dirigea vers son bureau, saluant distraitement ses collègues.

— Salut Ruth ! dit Élodie, en levant les yeux de son écran. Tu as vu le nouveau planning des réunions ?

— Non… je… je n’ai pas encore regardé, répondit Ruth, la voix hésitante.

Elle se força à sourire, mais ses mains tremblaient légèrement. Depuis quelques mois, Ruth avait commencé à oublier certains détails du passé : des conversations, des rendez-vous, même des noms. Les médecins parlaient de traumatisme et d’oubli dissociatif, mais Ruth n’aimait pas les mots techniques. Tout ce qu’elle savait, c’est que quelque chose en elle refusait de se souvenir.

— Tu as l’air fatiguée, ajouta Malik, son collègue du service comptabilité. Tout va bien chez toi ?

Ruth secoua la tête.

— Oui… juste un peu de sommeil en retard, mentit-elle, avant de retourner à ses dossiers.

Elle ouvrit le tiroir de son bureau et sortit le carnet où elle essayait de noter ses souvenirs perdus, ses émotions confuses, et parfois ses rêves oubliés au réveil. Les pages étaient couvertes de mots griffonnés à la hâte : blessures, bleus, oubli, douleur… Mais aujourd’hui, elle voulait écrire autre chose. Elle voulait parler de sa vie « normale » au travail, de ses collègues, de la machine à café qui refusait de fonctionner, de Malik qui racontait ses histoires absurdes de football.

— Ruth ! Tu es là ? demanda Élodie en tapotant son épaule.

— Oui, je… je finis juste un rapport, répondit-elle.

Le rapport semblait énorme, mais chaque phrase qu’elle écrivait était un effort pour garder sa réalité intacte. Elle avait peur que, si elle baissait sa garde, ses souvenirs effacés reprennent le dessus. Elle se rappela de l’incident du mois dernier : un appel téléphonique qu’elle ne se souvenait pas avoir passé, et qui avait bouleversé un client. Depuis, elle faisait attention à chaque détail, notait chaque interaction, essayait de tenir le fil de sa vie comme on tient un fil fragile entre ses doigts.

À la pause, elle rejoignit Élodie et Malik à la cafétéria.

— Tu veux un café ? demanda Élodie.

— Oui, merci, répondit Ruth.

— Alors, raconte, comment s’est passée ta réunion avec le service juridique ? demanda Malik.

Ruth cligna des yeux. La réunion… elle se souvenait seulement de quelques visages, quelques phrases éparses. Elle fronça les sourcils.

— C’était… compliqué, murmura-t-elle, espérant que ses hésitations passent inaperçues.

— Tu devrais prendre une pause ce week-end, suggéra Élodie. Tu sembles surmenée.

Ruth hocha la tête, reconnaissant que ses collègues ne savaient rien de ce qui se passait vraiment en elle. Elle sourit, un peu, mais à l’intérieur, elle sentait encore ces bleus invisibles, ces souvenirs effacés, ces moments où elle se demandait si elle était la même personne qu’hier.

Et pourtant, malgré la fatigue et l’oubli, Ruth savait qu’elle devait continuer. Écrire, travailler, vivre… et peut-être, un jour, retrouver les morceaux perdus d’elle-même.