Sweet Damage

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Summary

Aëdaan et Eléa ne s’aiment pas comme il faut. Ils s’aiment comme on tombe, comme on se bat, comme on se brûle en espérant que l’autre reste. Lui, c’est le silence qui contrôle. Elle, c’est le chaos qui teste. Leur relation est un champ de tension : toxique, magnétique, fragile, brutale, où le BDSM n’est pas un jeu, mais un langage émotionnel, où chaque geste est un aveu, chaque regard une mise à nu, chaque nuit une guerre douce. Ils s’aiment mal. Mais ils s’aiment vraiment. Et c’est ce qui fait peur.

Status
Ongoing
Chapters
52
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 Eléa

Je ne voulais pas venir, franchement ça me saoule, mais bon fallait bien que je valide mon module de psychologie et impact des traumas sur le développement. Et de puis dans les autres cours il y a trop de monde, trop de bruits, pas assez de place pour le silence et la réflexion. Alors oui c’est un peu un choix par défaut, c’est vrai, au moins ici c’est calme. 15 étudiants tout ou plus, une prof qui parle doucement qui n’a pas besoin de faire régner l’ordre enfin je suppose et des mots qui flottent. 

Mémoire traumatiques, construction du soi et pensée fragmentée.

La prof, Camille Derval, elle a quelque chose d’étrange. Pas bizarre, juste… en décalage. Elle est là, mais pas tout à fait. Cheveux tirés en arrière, chignon pas trop serré, quelques mèches qui s’échappent comme si elles refusaient de se plier. Elle ne les remet jamais en place. Son tailleur noir flotte un peu sur elle, comme si elle l’avait emprunté à quelqu’un d’autre. Elle porte une chemise en soie claire, presque transparente, et un pendentif noir — une pierre mate, sans éclat, comme un souvenir qu’on garde contre la peau.

Elle parle doucement, oui, mais pas parce qu’elle est timide. Plutôt parce qu’elle sait que le silence fait partie du discours. Sa voix est grave, posée, elle ne cherche pas à convaincre. Elle énonce. Et ses yeux… gris, presque pâles, ils ne regardent pas vraiment les gens. Ils traversent. Comme si elle voyait les failles, les endroits où ça s’est cassé.

Elle dépose quelques manuels sur son bureau puis sans un regard pour son public elle enchaîne ;

« Le trauma ne s’inscrit pas dans le récit. Il s’impose. La mémoire traumatique rejoue, elle ne raconte pas. Elle fige le temps, elle dissocie le corps et la pensée. Le moi, alors, ne se construit pas — il se défend. Il se fragmente. Ce que vous appelez “pensée”, dans ces cas-là, ce sont des éclats. Des bribes. Des tentatives de relier l’irrelatable.

Le sujet traumatisé ne parle pas en phrases. Il parle en silences, en absences, en trop-pleins. Et pourtant, c’est là que naît une langue. Une langue de survie. Une langue du bord. »

Ça me parle, un peu trop peut-être, j’aime pas cette sensation. Et puis je vois que je ne suis pas la seule. Il est là, deux rangs devant moi, capuche noire. Dos droit. Livres fermés. Il ne prend pas de note, il ne bouge pas. Mais quand Camille dit « Le moi, alors, ne se construit pas — il se défend. Il se fragmente. », je le vois serrer la mâchoire.

Juste une seconde, et je comprends. Il sait.

Je baisse les yeux, comme si j’avais vu ce que je n’aurai pas dû voir. Je ne le connais pas, je ne connais même pas son prénom. Mais son corps parle plus qu’il ne le pense. Et moi je l’entends, le comprend. En même temps, ces cours vous repoussent dans vos retranchements sans que vous vous y attendiez.

Camille continue son discours, toujours sans le moindre regard, comme si elle récitait un texte sacré, une vérité ancienne gravée sur la colonne vertébrale.

« Le trauma, parfois, ne laisse pas de trace visible. Il se glisse dans les gestes, dans les choix, dans les silences qu’on ne remarque pas. Il façonne le langage, mais aussi les absences de langage. Et c’est là que le travail commence : dans ce qui ne se dit pas. »

Et là, il bouge, enfin. Juste pour se pencher un peu sur sa table, toujours la tête baissée.

Je me demande ce qu’il entend, ce qu’il pense pour avoir l’air si détaché mais si impliqué en même temps. C’est complètement contradictoire et pourtant ça a du sens. Pourquoi ça me touche autant ? J’en sais rien c’est comme si quelque chose en moi reconnaissait ce qu’elle dit sans pouvoir le nommer,

Je prends mon stylo. Je griffonne sur mon carnet : Langue du Bord. Je ne comprends pas vraiment ce que ça veut dire mais ça sonne juste. Comme un lieu fragile, un équilibre instable. Un endroit où l’on tient debout, mais pas tout à fait.

La sonnerie claque, fend le silence installé, comme une gifle, Autour de moi les chaises crissent sur le parquet, les voix s’élèvent lentement et les corps s ’agitent. Moi, je reste assise, comme si j’attendais un signal. Je range mes affaires lentement, comme si chaque geste pouvait retenir quelque chose. Quelque chose qui glisse déjà entre mes doigts.

Je le vois se lever. Je ne le regarde pas vraiment, mais je le sens.

Il ne parle à personne, il marche droit vers la porte.

Et puis il passe près de moi, trop près… Je retiens mon souffle. Son parfum prend possession de l’espace. L’odeur de musc me frôle, discret – boisé- familier. Il ne dit rien mais il ralentit, juste assez pour que je le remarque.

Mon cœur frappe fort contre ma poitrine. Je ne bouge pas. Je fais semblant de continuer à ranger mes affaires. Ça j’ai toujours bien le faire, feindre, faire croire le contraire. Mais là je suis clairement ailleurs, avec lui, et j’aime pas la sensation que ça me procure.

Il arrive à destination de la porte. Il s’arrête. Juste une seconde, comme s’il avait oublié quelque chose. Puis d’un coup il sort.

Et moi je reste là comme une débile, les mains figés sur la fermeture de mon sac. Et je me demande ce qui vient de se passer ou si c’est juste mon imagination.

Il m’a fallu quand même 15 secondes pour reprendre mes esprits. C’est du n’importe quoi ! Eléa ressaisis-toi bordel !

Je sors à mon tour. Une fois le nez dehors, je sens l’air lourd comme un avertissement de ce qui allait suivre. La pluie, l’orage peut-être.

Je ne me retourne pas même si je sens qu’il est là, pas loin. Je fais semblant d’être pressée, mais j’ai l’impression que chaque pas me ralentit un peu plus. Je le sens, il est là, quelque part. Pas comme une présence mais plutôt comme une tension dans mes épaules, une pensée qui ne veut pas s’éloigner.

Franchement, Eléa…Tu vas pas nous faire un remake dramatique. Ce n’est pas Fifty Shades, c’est un cours de psycho. Et lui, c’est juste un gars en capuche. Rien d’extraordinaire. Rien… sauf ce qu’il déclenche.

Je continue mon chemin, je traverse la rue et je passe devant la vitrine du fleuriste. Je m’arrête pour contempler ces beautés. Les pivoines dans la vitrine me regardent. Imparfaites. Sublimes. Comme ce jour-là.

Celui que je n’ai jamais raconté.

Je pousse la porte de l’appart. La lumière du salon est allumée. Ecouteurs sur la table, tasse de thé oubliée, une paire de chaussettes roulées en boules et un soutien-gorge sur le canapé. Inès dans toute sa splendeur, soit elle est là, soit elle est passé par-là. J’en sais rien et franchement je m’en fou. J’ai ni l’envie ni la force de parler. Je balance mes clés dans le petit bol en céramique, celui qu’elle a trouvé dans une brocante et qu’elle appelle « le bol à énergie cosmique ».

Je ne fais pas de bruit, j’ai pas envie de la voir et qu’elle commence à poser trop de question sur le cours d’aujourd’hui. Je ne saurais pas quoi répondre j’ai retenu que la moitié. Allez savoir pourquoi ! Pas envie de lui répondre que le cours s’est bien passé alors que je me sens toute retournée comme une vieille chemise, ou un pull à capuche noir…

Je m’empresse d’aller dans ma chambre discrètement, referme la porte doucement. Et là, le silence, le vrai. Celui qui colle, qui rassure.

Je m’assois sur mon lit, et je repense à Camille, à ce cours, à cette phrase qui m’a transpercé l’âme, le cerveau. Le moi ne se construit pas- il se défend, il se fragmente.

Je n’ai vraiment pas envie d’y penser, mais ça revient comme une vague qui ne demande pas la permission et qui vous surprend.

Je repense aux pivoines vues dans la vitrine, puis à celles sur la table.

Ce jour-là m’a détruit, je pensais pas qu’on pouvait descendre aussi bas. C’était comme si on me maintenait la tête sous l’eau et que je me débattais en sachant d’avance que c’était foutu. Un flash. Les pivoines renversées. Le bruit de l’eau qui s’écoule du vase, lancinant. Puis la peur. Et ensuite, l’effacement. Le lâcher-prise.

La voix d’Inès me ramène. Elle me sort de mes pensées, et c’est très bien comme ça. Autant parfois elle m’insupporte — j’ai besoin de ma solitude — mais combien de fois elle m’a empêchée de sombrer sans même le savoir. Je l’entends parler. Elle doit être au téléphone.

Je reste assise au bord du lit, immobile, à écouter sa voix. Elle rit. Un rire étouffé, ça doit être sa sœur ou quelqu’un qu’elle aime bien. Et moi je me laisse bercer par ce bruit de vie, ça me fait du bien même si je ne l’avouerai jamais.

Je me lève sans faire de bruit, je passe une main dans mes cheveux et je me confronte au reflet du miroir, et je souffle. C’est une image que je reconnais à peine et pourtant si bien, comme à chaque fois que ce jour-là revient. Mais ce n’est pas grave, aujourd’hui je suis là. Et Inès aussi.

Je sors de ma chambre pied nus. La voix d’Inès est plus claire maintenant, elle est dans la cuisine, téléphone coincé entre l’épaule et l’oreille, dos tourné, entrain de touiller quelque chose dans une casserole.

Ça sent bon le curry.

Je m’appuie contre l’encadrement de porte, j’aime bien la surprendre. Elle me fait mourir de rire lorsqu’elle sursaute. Mais pas cette fois.

Elle se retourne soudainement et me lance :

-Tu veux du thé ?

Je souris à peine. Elle sait ce qui me fait du bien même si je préfère clairement le café noir un peu sucré. Mais je dois avouer que le thé noir a toujours été mon favori.

— Thé noir, s’il te plaît, je murmure en m’approchant.

Inès hoche la tête sans quitter sa casserole des yeux. — Avec une goutte de miel ? — Comme d’hab.

Elle sourit, presque imperceptiblement. — Tu veux manger avec moi ou tu fais ta mystérieuse ?

Je lève les yeux au ciel, mais sans méchanceté. — Je vais rester un peu dans ma grotte. — Ok. Mais je te garde une assiette.

Je reste là une seconde de plus, sans bouger. Juste assez pour qu’elle le remarque. Puis je repars vers ma chambre, le cœur un peu plus léger. Et en refermant la porte, je me dis que parfois, c’est dans les petites choses qu’on respire à nouveau.

Je bois mon thé, assise sur mon lit en tailleur. Le goût est familier et réconfortant. Je mange rapidement sans vraiment y penser c’est plus par automatisme. Je me glisse sous les draps, demain il faudra sortir mais pour le moment je vais savourer ce moment calme. On avisera demain.